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guide historique
du château de Gorze à Germolles-sur-Grosne

en bleu texte de la chronique historique de Jean-Luc BURNOT
en violet ajouts tirés de l'ouvrage de Georges DUBY : La société aux XI et XII èmes siècles dans la région mâconnaise
en vert ajouts tirés de la fiche de repérage du 27 juin 1969 rédigée par Madame Oursel

le château de Gorze de Germolles-sur-Grosne le château de Gorze de Germolles-sur-Grosne

le château de Gorze avant 1900                                                               le château de Gorze aujourd'hui

Cet édifice, construit et achevé vers 1672, campé face au chef-lieu qu'il domine et demeuré assez majestueux en dépit des destructions qu'il a subies vers 1914, imprime dans le paysage la marque des chevaliers et des seigneurs qui ont vécu et régné autrefois sur les terres alentour.

Avant d'imaginer ce qui fut leur cadre de vie, esquissons une chronologie des seigneurs connus de Germolles, puis des propriétaires fonciers du château qui s'y sont succédés:

Vers 1106 : Gui et Simon de Germole, miles (du latin soldat, fonctionnaire impérial - ce sont les chevaliers médiévaux et à partir de 1220 le terme désigne les nobles adoubés) (Cartulaire Saint Vincent).
De 1146 à 1166 : Hugue de Germole et Pierre son fils (même source).
En 1200: testament de Guigonet de Germole. C'est à partir de cette date qu'intervient la possible délocalisation dans la vallée de la Saône, d'une branche de la famille Germole.
En 1225: Geofroy de Germole, miles, sans doute fils du précédent. Le fils de ce dernier, Guichard de Germole fut évêque de Mâcon (1264).
De 1232 à 1260: Guillaume de Germole, miles.
En 1511 : Guillaume de Moles seigneur de Gorze (E l60 selon Rameau).
Jusqu'à  1591 : François de Molles (B 1339 selon Rameau).
En 1591: Isabeau de la Roche femme du précédent.

A partir de 1606 et jusqu'à 1776 se succède une lignée de Berthet:

Antoine de Berthet, Hugues de Berthet, Philibert de Berthet (constructeur du château), Jean-Joseph de Berthet de Gorze (obtenteur du marquisat pour la terre de Gorze), Claude Joseph de Berthet de Gorze, son fils Constant puis la soeur de Claude, Louise-Victoire de Berthet de Gorze, veuve de Claude-Nicolas de Galland.

Seigneurs puis propriétaires fonciers du château de Gorze (1776-1997):

- Claude Philibert Bernard de la Vernette seigneur de 1776 à 1789: chevalier de Saint-Louis lieutenant du roi à Mâcon seigneur de La Vernette, Le Villard et Cloudeau, Gorze, Molle, Germolles et le Clairon...
- Abel Michel Bernard de Saint Maurice seigneur en 1790 : seigneur de la Rochette et du marquisat de Gorze, qui réside à Besançon, chevalier capitaine de cavalerie au régiment d'Orléans, lieutenant des maréchaux de France (?) et lieutenant du roi à Mâcon.

Dès 1823, et sans doute avant, la propriété passe à la famille Deschamps de la Villeneuve.
- Philippe Deschamps de la Villeneuve de Cuisery en 1839
- Arthur et Valentine Deschamps de la Villeneuve en 1886
- Robert Deschamps de la Villeneuve de Cuisery jusqu'en 1916

- A partir de cette date, François Xavier Emile GOYON, industriel à Crèches-sur-Saône (fours à chaux GENAIRON et GOYON), près de Mâcon, devient propriétaire du château. La famille GOYON morcèlera ensuite le domaine, Gorze et les Ballifays (autrefois dénommés Basse-cour du Château de Gorze) restant la propriété de Jules Maurice Adrien GOYON, son fils.
- En 1985, c'est la fille et petite fille des anciens fermiers, Catherine SANGOUARD épouse THEVENET, qui se rend propriétaire du château, et qui le revend 20 ans plus tard ...

La construction du château et les événements qui s'y sont rattachés (testaments, ventes, etc ..) ont permis de mieux connaître les vies de ses occupants, chevaliers, seigneurs, seigneurs devenus marquis, autres nobles, fermiers successifs de ces nobles, puis simples propriétaires fonciers.

Mais avant l'existence du château, que pouvait-il y avoir à son endroit? Une grosse ferme, peut-être fortifiée, résidence de chevaliers, dont Georges Duby a su décrire le statut et la vie quotidienne (La société aux XI et XII èmes siècles dans la région mâconnaise):

Le petit noble du XIIème siècle est un exploitant rural (...)

Pour s'en convaincre, il suffit de regarder vivre Guigonnet, l'un des membres de la famille noble de Germolles, qui fit son testament à la fin du siècle (vers 1200)
A Germolles, la maison qu'il habite n'est pas une 'tour', car le simple chevalier du XIIème siècle n'a pas de château, ni même de maison forte; c'est un centre de travail agricole peuplé de serviteurs et de servantes, garni du bétail nécessaire au labour, et qui abrite le vin et le blé récoltés dans l'année sur les condemines et dans le clos (...)
Et, en vérité, Guigonnet est d'abord un paysan plus riche. Il se mêle aux villageois; il n'est ni leur maître, ni leur juge, ni le gardien de leurs récoltes; comme eux il est avec ses frères membre de la confrérie paroissiale de Saint-Nicolas, son rang lui vaut seulement d'en entretenir le luminaire symbolique; comme eux, il s'intéresse aux caprices du temps, car si la saison est mauvaise, il vivra comme eux dans la gêne; nonchalante en hiver, tendue et soucieuse aux jours de fenaison, de moisson et de vendange, son existence est rythmée par le calendrier agricole.

Pourtant, Guigonnet est un paysan qui, de temps en temps, mène une autre vie.

Mieux secondé, plus à l'aise, il peut, abandonnant le labour champêtre, s'installer pour une huitaine, comme ses amis les chevaliers et les prêtres nobles, dans un refuge au milieu des grandes forêts beaujolaises et poursuivre à l'épieu la grosse bête; il n'est pas seulement paroissien de Germolles, mais aussi confrère de l'hôpital d'Aigueperse, où il retrouve périodiquement les hobereaux du voisinage, membres comme lui de cette aristocratique association de charité. Enfin et surtout, il peut quand il le veut monter le bon cheval qu'il a payé fort cher et partir au combat.

L'avènement des Berthet à Germolles change la donne, en celà qu'il ne s'agit plus d'exploitants ruraux, mais d'officiers d'armes au service du Roi de France, dans l'orbite des Bourbon-Condé, plus familiers des champs de bataille que des comices agricoles, et disposant de relations, d'appuis politiques et de ressources financières.

Ce qui fait mieux comprendre pourquoi le 3ème du nom au fief de Gorze, Philibert de Berthet, se tourne vers un architecte de renom - Paul de Royers de la Valfenière - pour construire sur ses terres un château.
C'est l'un des fils de François de Royers de la Valfenière (1575-1667), dont le nom est attaché à tous les grands chantiers de la période à Avignon et dans le Comtat-Venaissin.

Un grand château bâti "à la moderne"

(expression extraite d'un document attestant le titre de marquis pour la famille Berthet - F64 Archives Départementales de Saône-et-Loire)
le château de Gorze
Installé sur le versant occidental de la vallée, le château de Gorze a sa façade toute entière orientée au matin, perpendiculaire à un axe nord-sud presque exact.
Il a été édifié au cours de la deuxième moitié du dix-septième siècle. Nous sommes à l'époque où Louis XIV a pleinement pris en main la direction du royaume après les guerres de la Fronde et est occupé, au temps précis de la construction de Gorze en 1671 et 1672, à guerroyer en Hollande pour établir au nord, des frontières sûres au royaume.
Le château est évidemment un château d'agrément et non de défense, pourtant il présente suffisamment de force et de puissance pour marquer qu'il est celui du seigneur du lieu. Il domine à  la fois la vallée et le bourg de Germolles. Erigé en vis à vis de l'église, il la domine de quelques mètres, différence d'altitude très improbablement fortuite et qui change bien des perspectives.

De nombreuses destructions ont affecté le château depuis sa construction. Pourtant nous pouvons avoir une idée assez précise de son état initial avec les différentes reproductions photographiques anciennes que nous avons conservées. Tant celle publiée par Perraud (François PERRAUD Le Mâconnais historique, seigneurs, châteaux, tome 1) et faussement annoncée comme du dix-septième siècle que celles des anciennes cartes postales de l'infatigable éditeur Combier.
C'est en effet, là comme en bien d'autres lieux, au cours du vingtième siècle, que les principaux dommages ont été faits.
L' été de 1914 fut encore plus funeste ici qu'ailleurs. Une explosion devança à Germolles toutes celles à venir. Au plein mois de juillet retentit le fracas des mines qu'on avait placées au pavillon central du château. La réparation de celui-ci paraissait trop onéreuse au nouveau propriétaire et il préféra la destruction pure et simple d'un des éléments majeurs du château. Peut-être pensait-on reconstruire ? La guerre en décida autrement.
Certains anciens se souviennent encore qu'au milieu de la poussière et des pierres éparses, la file des tombereaux germollins s'étirait jusqu'à la Grosne, chacun attendant son tour pour récupérer des matériaux.
Ce pavillon central était légèrement plus haut que ceux du sud et du nord, légèrement en retrait aussi sur l'avant (environ d'un mètre), mais aussi plus profond à  l'arrière, du côté de la cour. C'est certainement à  la même occasion que fut supprimé cet étage, manquant aujourd'hui, et qui joignait les trois pavillons.

tour nord du château de Gorze
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On peut voir les vestiges de son ancienne toiture par la trace que le "départ" de celle-ci à  laissé sur le côté sud du pavillon nord . La hauteur de son faîtage correspondait à peu de choses près à celle du sommet de chacune des tours des pavillons.
De dimension semblable à celle que nous voyions encore au sud, une terrasse au nord a également été détruite à une époque beaucoup plus récente. Enfin le bâtiment à l'arrière du corps principal, et qui clôt la cour du château à l'ouest, a eu sa toiture et sa charpente refaite avec une inclinaison bien moindre qu'à l'origine. Le temps où les maisons nobles, ou simplement riches, avaient des toits à forte pente pour se distinguer du peuple commun, qui dans "nos pays" bâtit des couverts très plats, est bien fini; il est probable en outre, qu'à cette occasion le bâtiment ait été raccourci dans sa hauteur.
Ce sont les éléments les plus importants de l'architecture générale qui manque aujourd'hui. Cependant bien d'autres parties du château ont encore été détruites irrémédiablement et beaucoup d'autres sont en très mauvais état.

La construction du château

Le château fut construit en 1671 et 1672 sur les plans de l'architecte Paul de Royers de la Valfenière. La maçonnerie fut réalisée par Léonard Martin, un maçon de la Bussière à  Saint Léger. La charpente a été confiée à  deux artisans, Alesmanières de Beaujeu et Delarue de Charlieu. Nous connaissons ces détails par le contrat de "prix fait" qui se trouvait aux Archives Départementales. Anne Marie et Raymond Oursel le consultèrent, il y a quelques années, pour la rédaction d'une note de l'inventaire cantonal. Il a, semble-t-il été dérobé depuis...
La façade du château, longue de quarante cinq mètres, est percée de grandes fenêtres dont certaines ont été murées, et qui constituent l'originalité majeure de ce bâtiment. En effet on a utilisé non pas des pierres pour réaliser l'encadrement de celles-ci, mais des madriers de chêne (encadrements probablement peints à l'origine). Il en est de même pour les portes, et pour toutes les ouvertures du bâtiment. Ce choix architectural, tout à  fait étranger à  notre région, n'a pas été fait par mesure d'économie ou de rareté de la pierre. Celle-ci est ici abondante et de bonne qualité, il n'est que de voir les énormes blocs granitiques gris et roses assurant les équarries des pavillons pour comprendre qu'il a sans doute été plus onéreux, et en tout cas plus compliqué, de réaliser ce type de construction. On a longtemps été surpris et l'on avait de la peine à  en comprendre les motifs, avant que l'on ne découvre le nom, et la carrière, de l'architecte du château.

Un architecte lyonnais né en Avignon: Paul de Royers de la Valfenière

Il est né en 1622, issu de François et de Catherine de Tourreau. Son père est connu pour avoir construit la fontaine de la Chartreuse de Villeneuve les Avignon, le palais épiscopal de Carpentras (aujourd'hui palais de justice de la ville), l'hôtel de Simiane à Valréas (aujourd'hui l'Hôtel de Ville) et aussi restauré à partir de 1660 l'abbaye de Saint Pierre les Nonnains à Lyon (aujourd'hui palais Saint Pierre abritant le musée des Beaux-Arts) fermant au sud la place des Terreaux.
En réalité François de Valfenière, dont une rue porte le nom à Lyon dans la Presqu'Ile, âgé de plus de 80 ans à  ce moment, laissa toute l'organisation et le suivi des travaux à Paul, qui termina ce chantier en réalisant les deux ailes du même bâtiment, en 1669, deux ans à  peine avant la construction du château.

On voit que tout seigneur d'un presque cul de vallée qu'il fut, Philibert de Gorze s'était offert un architecte de premier plan. Paul de Royers de Valfenière avait épousé avant 1667, Françoise de Grosbois la fille d'un seigneur d'Ouroux. Son "recrutement" pour un chantier à  Germolles s'explique aisément dans ces conditions, et cela d'autant plus que le gentilhomme avignonnais avait hérité par ce mariage de quelques biens dans la vallée, dont une maison à Saint Mamert dans laquelle il résidait parfois et un domaine aux Saignes, depuis lequel il pouvait voir son oeuvre.
Il est certain, bien que le fait n'ait jamais été encore noté, que Valfenière résidât pendant plusieurs mois dans la région. Par l'intermédiaire des registres paroissiaux nous le voyons présent soit comme parrain, soit comme témoin, à  plusieurs occasions. A Tramayes en octobre 1671, à Saint Mamert en octobre 1673, à Ouroux en février 1682 et en novembre 1685.
signature Royer de la Valfenière
                                                signature de Paul de Royers de Valfenières sur le registre d'Ouroux

En mai 1674 sa servante originaire de Tramayes accouche d'un enfant illégitime et le 6 mai 1675 on célèbre le baptême du seul de ses enfants qui soit né saintmarron. Il "passe" encore plusieurs fermages en 1675 pour ses terres de Saint Mamert (11 3 E 2877 minutes notariales de Lardy, le cinq juin). Son fils Alphonse est encore présent en novembre 1681 dans la paroisse. La famille de Valfenière apparaitra en Haut Baujolais pour la dernière fois lors du décès de cet Alphonse de Valfenière, inhumé dans l'église de Saint Mamert le 20 août 1691.
On voit donc que l'architecte provençal et sa famille ont fait plus que passer dans la vallée de la très haute Grosne, puisqu'ils y demeurèrent à temps plus ou moins complet, plus d'une dizaine d'années. L'architecte n'en a pas craint la rudesse passagère du climat, y trouvant sans doute la lumière des justes et la proximité de son oeuvre de Gorze.

A l'intérieur du château

le portail avant 1970
le portail aujourd'hui
le blason des Berthet
.......
Pour pénétrer dans le château on emprunte un portail dont il ne reste aujourd'hui que les deux montants. Il comprenait à l'origine, un arc en plein cintre qui fut détruit au début des années soixante-dix par un camion qui pénétrait dans l'ancienne cour d'honneur du château. La surface de cette cour dépasse cinq cents mètres carrés, avec une longueur d'environ quarante deux mètres sur douze mètres de large. Ce portail avait déjà  connu une mutilation lorsque à la fin du siècle dernier, la propriétaire du château en avait fait démonter la pierre gravée sous le blason qui se situait à  son faîte.
L'article déjà  cité et qui narre la visite du château rapporte qu'il était orné de la devise des Berthet de Gorze (Qui s'y frotte s'y pique) et qu'elle fut, une fois enlevée, remontée dans le mur de la maison que possédait la propriétaire à San Rémo.
A la suite de l'incident et de la destruction du cintre du portail central, les armoiries ont été remontées et la base de la pierre, cimentée sur la petite porte à la droite de la grande entrée.
On peut encore voir dans le mur d'enceinte bordant cette entrée une meurtrière assurément réemployée dans une construction postérieure à celle du château et dont à vrai dire on n'est pas certain qu'elle vienne de Gorze. Elle parait, en effet, plus ancienne et pourrait par exemple être un des rares vestiges du château voisin, et entièrement détruit, de Nay, à moins d'un kilomètre...
Le quadrilatère de la cour d'honneur est bordé à  l'arrière, c'est à  dire à l'ouest par un bâtiment d'une cinquantaine de mètres de longueur et qui semble-t-il, fut de tout temps un bâtiment agricole. Celui était réservé à l'exploitation du domaine du château, un des plus importants, si ce n'est le plus important, du fief de la maison des Berthet de Gorze. Au total, et bâtiments compris, l'emprise au sol totale du château forme un quadrilatère dont les côtés mesurent quarante et un mètres au sud, cinquante mètres à l'est, quarante cinq mètres au nord et quarante sept mètres à l'ouest.

Pour ce qui concerne l'intérieur du château, par l'intermédiaire de deux inventaires des bâtiments nous pouvons essayer de reconstituer une partie des différentes pièces, leur disposition et leur affectation et tenter de les comparer aux vestiges qui demeurent.

L'un a déjà été exploité par Perraud et date du 7 avril 1750 (B 1307 Archives Départementales de Saône-et-Loire), il est consécutif au décès d'Elisabeth Joubert, dame de Gorze.
L'autre, à  priori inédit, date du 21 mai 1681 (3 E 3822 Archives Départementales de Saône-et-Loire) et a été fait après le décès en couches d'Isabeau de Thibaud, dame de Gorze et épouse de Philibert Berthet constructeur du château.

De ces deux textes nous pouvons déduire que les cuisines du château se trouvaient au sud du château pour partie dans le pavillon et pour partie dans une extension de celui-ci, et évidemment au rez-de-chaussée. Cet emplacement des cuisines correspond à peu près exactement au rez-de-chaussée de la maison d'habitation occupée aujourd'hui. On peut d'ailleurs y voir les traces d'une imposante cheminée, d'une portée de près de quatre mètres.
En 1681, la chambre de la dame de Gorze se situe à ce même rez-de-chaussée du pavillon sud, donc plus ou moins attenante aux cuisines. En 1750, cette chambre a été déplacée au premier étage du même pavillon. La constante restant bien sûr d'occuper la partie sud, la mieux située du château.
La chambre à l'étage du pavillon nord est celle des serviteurs en 1750, puis est dite des Récollets en 1681.
A propos de religieux, cette localisation au nord du château nous donne peut-être une indication sur l'emplacement de la chapelle dont il ne reste aucune trace. A l'exception, si l'on en croit la tradition populaire, de ce tabernacle qui se trouve aujourd'hui dans l'église paroissiale (utilisé comme baptistère) et qui proviendrait du château et donc de sa chapelle disparue.
Ce curieux monument est taillé dans une pierre très blanche et offre un style Renaissance. Cette mode vaguement néogothique fut largement utilisée dans l'ornementation durant les seizième et dix-septième siècles, et s'il est vrai, après tout, qu'il n'est pas totalement incongru dans une simple église de campagne, il parait cependant bien sophistiqué pour celle-ci. L'hypothèse de cette châtelaine origine ne nous parait donc pas impossible, bien qu'aucune source certaine ne le confirme.

vestige de moulure en plâtre

La salle d'honneur est à  présent complètement ruinée, servant de remise agricole. On peut y voir le vestige d'une moulure en plâtre entourant un miroir massif qui bien entendu n'est plus là . Il se pourrait pourtant que cette glace ou d'autres aient été récupérées et emmenées, lors des destructions de 1914, au château de la Carelle à  Ouroux. C'est en tout cas ce que des témoignages d'anciens germollais rapportent, et comme nous avons pu vérifier qu'à d'autres sujets ces mêmes témoins étaient de sûrs auxiliaires dans nos recherches, l'hypothèse peut en être retenue.
Ainsi d'un siècle à l'autre, et d'une demeure à une autre, les puissants d'aujourd'hui (François Mitterrand et autres invités par Jean Riboud propriétaire de la Carelle?) passèrent-ils peut-être devant les mêmes miroirs que la puissante famille Berthet...

Nous avons pu par contre retrouver la plaque de cheminée qui se trouvait au-dessous d'une de ces glaces. Rachetée au début du siècle, elle fut remontée par son nouveau propriétaire sur l'un des murs de sa maison de la Chapelle de Guinchay. On peut l'y voir encore.
L'escalier principal conduisant à l'étage central, à présent disparu, a connu, semble-t-il, le même sort et le même exil italien à  San Remo que la devise du portail. Il fut démonté lui aussi au début du siècle, probablement juste avant que l'on fasse sauter l'étage central qu'il desservait.



fenêtres du château de Gorze
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On doit signaler à propos de l'originalité des encadrements de fenêtres et des portes que l'anecdote d'une forêt qu'on aurait abattue pour construire ces encadrements est confirmée et complétée par des témoignages recueillis aujourd'hui. Confirmée, car l'annuaire de Saône et Loire à  la fin du siècle dernier rapportait déjà  l'anecdote. L'emplacement de cette forêt entièrement abattue se serait située au-dessus et au soir du chemin qui conduit au col de la Croix de l'Orme tout proche. Cela ne prouve pas grand chose, si ce n'est tout de même que les "histoires" ayant trait au château d'une communauté perdurent et viennent de loin... Sans doute même une ethnologie de ces légendes pourrait être dessinée et interprétée avec l'extrême récurrence qu'on leur trouve un peu partout. A ce propos Germolles ne déroge pas au contraire, en cumulant à l'anecdote de cette forêt abattue pour la construction du château, un nombre des fenêtres de celui-ci égal à  celui du nombre des jours de l'année. On raconte également l'histoire du souterrain qui permet de rejoindre depuis le château, un lieu plus ou moins éloigné; ici le lieu-dit et carrefour routier du Clairon...
Le tracé de la voie d'accès au château qui existe aujourd'hui est nouveau. Il date seulement de la fin du siècle dernier. Auparavant c'est un chemin, dont on voit la trace du parcours ancien, le long d'une "bouchure" (haie vive), en contrebas du château qui assurait la desserte. Un autre chemin, plus important, menait à la demeure seigneuriale, venant du hameau des Robins, à flanc de versant et du nord au sud. Ce chemin ne franchissait pas la Grosne avant l'ancien moulin du Verdier, c'est à dire beaucoup plus en amont qu'il ne le fait de nos jours.

Une seigneurie devenue marquisat

Ce château a été construit par et pour les seigneurs Berthet de Gorze. La famille de Berthet est originaire du Beaujolais, précisément de Beaujeu. Le premier que nous connaissions est Louis Berthet seigneur et écuyer de la Martelière et de Combe, dont le fils Antoine, par son mariage avec Jeanne de Moles, recueillit le fief de Gorze. C'était en effet une famille de Moles qui détenait celui-ci auparavant. La famille Berthet était sans doute déjà  "possessionnée" à  Germolles puisque Combe est aussi sur cette commune.
A cette époque, probablement existe-t-il déjà une maison-forte, sinon un château mais à vrai dire nous n'avons aucun document l'attestant. On évitera, à ce propos l'erreur commise par l'annuaire de Saône et Loire de 1856 rapportant à  un château situé à Germolles sur Grosne, le récit de l'attaque et de la destruction, en 1423, du château de Germolles pendant la guerre dite de cent ans, par les "Français", les Armagnacs, quelques Lombards et les Anglais.
Celui dont il est question se situe en réalité à Charnay (près de Mâcon), et si le nom est semblable, c'est qu'il vient effectivement d'une même famille dont l'antériorité de l'origine entre les fiefs de Germolles et de Charnay est difficile à  trancher avec certitude.
Nous suivrons sur ce point l'opinion de Rameau pour qui le nom de la famille Germolles vient du lieu de Germolles plutôt que l'inverse. De même nous pensons que les Germolles de Crèches, qui donnèrent au Mâconnais un évêque, sont issus de cette famille originellement de la vallée de la Grosne. La démonstration de cette chronologie nous parait également bien établie par le même auteur, concluant qu'avant le treizième siècle on ne rencontre jamais la famille possessionnée près de Mâcon, mais toujours dans une zone proche ou attenante à Germolles sur Grosne.
On doit admettre d'ailleurs une ignorance totale concernant l'étymologie de Germolles, bien que le rapprochement avec le toponyme de Molles, écart situé à  quelques centaines de mètres du chef-lieu, s'impose.

Gorze, par contre, ne pose pas de problèmes particuliers, puisque le sens originel est bien connu: il renvoie à un lieu entouré de haies aux buissons piquants (du gallo-celte gortia ou gorcia - Albert DAUZAT Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France librairie Guénégaud 1963). On trouve le même toponyme à Saint-Point, désignant cette fois un hameau.
.....
Mais revenons à la famille Berthet. Elle ne fait certes pas partie par ses origines de la grande noblesse, mais elle va, au cours du seizième siècle connaître une ascension sociale la conduisant aux premiers rangs dans le Mâconnais et le Beaujolais. Fortune assurée par les carrières militaires de ses membres, principalement celle de Philibert de Berthet. Celui-ci était capitaine d'infanterie dans le fameux régiment d'Uxelles. Il y commande une compagnie de plus de cent hommes, et participe à  de nombreuses batailles et sièges. Fait plusieurs fois prisonnier, blessé, il restera handicapé du bras et de la jambe droites.
Les Berthet de Gorze sont en effet avant tout de grands soldats, et c'est ainsi qu'il faut entendre leur radicale devise : "Qui s'y frotte, se pique" (il est écrit par ailleurs 'qui s'y frotte, s'y pique'). Comme leur goût pour ces loups qui ornent la plaque de la cheminée du château, et dont l'un est armé d'un glaive menaçant!

Cette ascension trouvera son couronnement dans les lettres royales érigeant et réunissant en 1707 les fiefs de Gorze, Germolles, Combe et Nagu (à  Ouroux) en une seule "terre": le marquisat de Berthet de Gorze.

Extrait

Reprise de fief, enregistrement des lettres d'érection en marquisat et dénombrement, du 11 mai 1707, du marquisat de Berthet de Gorze, par Jean-Joseph de Berthet, seigneur de Gorze et autres lieux, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Lazare-de-Jérusalem, gentilhomme ordinaire de S.A.S. Monseigneur le prince de Condé, et élu de la noblesse des Etats du Mâconnais.

Est joint un extrait desdites lettres patentes d'érection, en date du mois de mars 1707, par lesquelles Sa Majesté érige en marquisat en faveur dudit de Berthet la seigneurie de Gorze, sous le nom de Berthet de Gorze, avec l'union des seigneuries et fiefs de Nagu, La Combe, Germolles et partie de Nay, dont la plus grande partie est située en Beaujolais, dans lesquelles lettres est fait mention des services dudit de Berthet, de ceux de Philibert de Berthet, seigneur de Gorze, son père, qui a servi depuis 1631 jusqu'en 1667, en qualité de capitaine de cent hommes d'armes, de Hugues de Berthet, seigneur de Gorze, son aïeul, capitaine au régiment de La Grange, et d'Antoine de Berthet, seigneur de Gorze, son bisaïeul, qui a même eu l'honneur de commander les troupes dans le château de Beaujeu, et d'autres de leurs prédécesseurs qui sont morts au service après y avoir accompli des postes considérables et s'y être distingués, et que ledit Jean-Joseph de Berthet a encore un frère (*) qui est capitaine de dragons.

Ledit dénombrement ne contient que ce qui suit: ledit marquisat en toute justice, avec cens et rentes, guet et garde, et contribution d'arrière-ban qui est due par le sieur du Clairon, un château à la moderne y décrit, 200 coupées de terre, 100 coupées de pré et 100 coupées de bois, qui est tout ce qui est situé en Mâconnais.

* Claude Hyacinthe de Berthet, chevalier de Gorze et de l'ordre militaire de Saint-Louis, seigneur de Chavannes, alcade de la noblesse de Bourgogne, capitaine de Dragons dans le Régiment d'Orléans.

Enfin puisqu'il n'est de seigneur et de château sans terres, disons quelques mots sur la seigneurie "foncière", qui s'attachait au château. Outre les possessions et fiefs que pouvaient tenir les Berthet, et ils étaient nombreux et étendus, le marquis de Gorze possédait au dix-huitième siècle presque toutes les terres de la paroisse de Germolles, tant en Beaujolais qu'en Mâconnais.

Nous avons pour 1790 les différents domaines amodiés et le montant de leur "fermage":

- Combe amodié 800 livres (à Joseph Jambon),
- les Michauds amodié 600 livres (à Claude Chaintreuil),
- le Buat (à Tramayes) amodié 520 livres (à Claude Lavenir),
- Molle amodié 750 livres (à Antoine et Jean Aufranc),
- le Clairon amodié 1700 livres (à Chrisostome Vincent), il comprend outre la terre, le moulin, le pressoir à  huile, le battoir...
- le Balifet amodié 600 livres (à Antoine Lafay),
- le domaine du bourg de Germolles amodié 350 livres (à Benoit Luquet),
- le domaine du château de Gorze amodié 800 livres (à Jean Lafay et son fils) (minutes notariales de Barraud à Tramayes 3 E 3853 Archives Départementales de Saône-et-Loire).

On doit dire à ce propos qu'être fermier du marquis était plutôt une bonne position. Jean Lafay, qui est celui du château et de son domaine, deviendra au dix-neuvième siècle une sorte de petit seigneur républicain de la commune. Acheteur d'une grande partie des terres disponibles, il administrera la commune pendant de longues années. Il sera enterré dans l'ancien cimetière juste en face de la grande porte de l'église. Lors du transfert de ce cimetière à la sortie du bourg, les signes de l'ancienne puissance de Jean Lafay suivront, puisque la municipalité fera reproduire sur une plaque l'inscription se trouvant sur la sépulture originelle. La nouvelle sépulture qui est aussi la plus massive domine toutes les autres et fait face à  Gorze...
A vrai dire ces ascensions sociales des fermiers ou régisseurs des châteaux sont très fréquentes (l'autre grand et nouveau propriétaire de Germolles au 19ème siècle se nomme Combier et est le fermier du domaine et château ruiné de Nay), et elles ne sont pas sans rappeler dans un autre contexte, celles relevées par les médiévistes au douzième siècle lorsque les "intendants" tendent à  devenir aussi ou plus puissants que les chevaliers, leurs maîtres...
le château de Gorze

Marie ROBINET, égérie de Jean-Joseph BERTHET ?

Enfin, et pour terminer puisqu'il n'est d'Histoire qui parle au coeur des hommes sans histoires petites ou grandes, tristes ou merveilleuses, voici celle tout à fait véridique de la dernière châtelaine de Gorze, Marie Robinet et de son seigneur, sinon son maître.

L'aventure se passe entre 1733 et 1744.
Châtelaine en effet, bien qu'elle ne fût pas marquise, mais l'amante du marquis, Marie Robinet officiellement gouvernante, vécut à Gorze avec Jean-Joseph Berthet de la mi-juin 1735 au 10 juillet 1738.
Du temps des Berthet, ce fut en effet la dernière dame à demeurer au château. Elle l'était certes de coeur et non de droit. Si Philibert Berthet et Isabeau de Tulon avaient bien fait de Gorze leur demeure principale, déjà leur fils Jean-Joseph et son épouse Constance de Bauderon vécurent le plus souvent à Mâcon.
Ce Jean-Joseph, avant de se distinguer sur quelques champs de bataille, écuma beaucoup les estaminets de Mâcon et d'ailleurs. Il y récolta quelques mémorables querelles et procès durant sa jeunesse. Les archives judiciaires du bailliage en conservent quelques traces: en 1697, où il traite de jean-foutre un mousquetaire du roi avant de se battre avec lui, l'année suivante avec un aubergiste mâconnais, d'origine génoise et qui ne se laisse pas impressionner par ses menaces et ses coups en portant plainte contre le jeune Jean-Joseph et futur marquis de Gorze.
C'est la rencontre en 1733 de Marie Robinet qui décida Jean-Joseph veuf depuis près de trente ans, à revenir vivre au château de Gorze. On suppose que le marquis jugea que la vallée de la Grosne était propre à abriter, sinon à cacher une liaison avec une jeune femme qui eût pu être sa fille; et qui était d'une origine sociale si éloignée de la sienne. Il avait tort, et la chose fit ici aussi scandale même si l'on n'est pas bien assuré qu'il aurait eu l'ampleur qu'il prit, si la cause de sa révélation au grand jour n'avait pas été une histoire d'héritage.
En effet, lorsque Jean-Joseph meurt au château le 17 juillet 1740, le testament qu'il a laissé ainsi que les biens disponibles sur son hoirie sont jugés très défavorables par son héritier principal Claude Joseph, son fils, qui introduit une plainte auprès du bailliage à Mâcon le 10 janvier 1741 contre Marie Robinet. Dans un mémoire au ton à la fois méprisant et vengeur celui-ci accuse la jeune femme de vol et de recel.
C'est ainsi que nous connaîtrons par les archives judiciaires (série B 1305 Archives Départementales de Saône-et-Loire) cette aventure que voici:
Deux remarques préliminaires cependant: la première concerne la prudence nécessaire quant à la fiabilité des témoignages, contradictoires les uns contre les autres. Contradiction que nous ne trancherons pas, sans cependant nous priver de faire les remarques qui nous paraîtront nécessaires. L'autre remarque est que nous laisserons cette affaire en 1744, sans que nous connaissions l'issue du recours que fit, après sa condamnation par le siège présidial du bailliage, Marie Robinet auprès de la Cour du Parlement de Paris.

Enfin plutôt que de suivre la procédure qui se déroule ainsi :

- 10 janvier 1741 : plainte du fils Berthet,
- de janvier à  mai 1741 : interrogatoire des témoins,
- juin 1741 : interrogatoire de Marie Robinet,
- 1744 : mémoire de Marie Robinet contre le fils Berthet.

nous reprendrons le récit, avec ses variantes selon chaque protagoniste, dans l'ordre chronologique où les faits se sont déroulés.

Présentons les trois parties principales avant la rencontre des deux amants :

- Jean-Joseph Berthet, marquis de Gorze, seigneur de Germolles, Sennecey les Mâcon, Véré, Nay, le Clairon, Mole, chevalier de Saint-Lazare de Jérusalem, gentilhomme ordinaire de M. le Prince de Condé. Né en 1677, il est âgé de cinquante six ans lors de la rencontre avec Marie Robinet.
- Celle-ci est alors âgée d'une trentaine d'années. C'est la fille d'un cordonnier de Montluçon, devenue femme de chambre à  Moulins puis entrée au service d'une dame du Perroux à Paris.
- Claude Berthet le fils du marquis est lui âgé de trente six ans, il est capitaine de cavalerie et surtout commissaire de la noblesse du Mâconnais aux Etats de 1733 à  1739. C'est un poste de quelque importance et l'on imagine sans peine le pouvoir et surtout les appuis qu'il suppose. Il décédera sans voir l'issue de son procès au mois de février 1742; c'est son épouse Elisabeth Joubert qui en sera la dépositaire.

Voici ce que nous connaissons de l'histoire :

En 1733 Jean-Joseph Berthet rencontre à Paris à l'Hôtel de Tours où il mène sa vie habituelle de vieux et noble soldat, une jeune femme de chambre. Selon le plaignant (Claude Berthet) celle-ci est à cette époque extrêmement pauvre et quasiment une fille publique, d'ailleurs madame Du Perroux qui l'emploie est elle-même de mauvaise réputation. En fait selon Berthet "junior", toute la vie de Marie Robinet jusqu'à cette date a été indigne. Elle fût obligée de quitter Moulins à cause de sa conduite, elle a vécu ensuite avec un homme nommé Moliny, ancien soldat renvoyé, ayant trouvé ensuite à  s'employer comme comédien à la Comédie Française avant d'en être chassé...
Marie Robinet au contraire avance qu'elle n'a jamais vécu avec ce Moliny et que si elle a quitté son pays natal c'est à cause de l'infortune de son père qui dut fermer son échoppe de cordonnier à cause de mauvaises affaires. Enfin la personne qui l'employait à Paris lorsqu'elle rencontra le marquis était honorablement connue. Par la suite et comme on l'a dit, le marquis revint à Gorze au début de l'été 1735 accompagné de Marie Robinet, sa nouvelle gouvernante.
La jeune femme nie avoir été autre chose que gouvernante, reconnaissant certes un attachement mutuel entre les deux, mais n'allant pas au-delà de ce que les convenances peuvent tolérer. Au contraire, l'accusateur Claude Berthet explique qu'ils vivaient comme mari et femme, et que Marie Robinet a usé et abusé de l'ascendant qu'elle prit ainsi sur le vieil homme par sa complaisance.
Pour démontrer cette liaison coupable le fils Berthet va faire témoigner certains habitants de Germolles et des alentours.
On ne résistera au plaisir de citer un certain nombre de ces témoignages, tant ils sont pittoresques et surtout tant on sent qu'ils ont été produits sur la pression, sinon la commande expresse, du nouveau maître et seigneur Claude Berthet. L'audition de ces témoins se fait bien entendu à Mâcon ; pour deux fermiers indiquant qu'ils ne voient pas de "mauvaises actions" à porter au débit de Marie Robinet nombre d'autres n'hésitent pas à dénoncer un comportement coupable de celle-ci : Jean Gauthier charpentier travaillant au château quatre ans auparavant a vu Marie Robinet couchée dans le lit du marquis, il est vrai que l'épouse du dit Gauthier est servante chez les Berthet. Un autre domestique de la maison déclare que lorsqu'il faisait le lit chaque matin, il ne pouvait ignorer que deux personnes y avaient couché !! ; un bourgeois de Saint Mamert qui comptait parmi les invités du château montre sa gratitude à l'ancien marquis reposant auprès de l'église de Germolles, en rappelant qu'il y avait à  son point de vue une bien grande familiarité entre le défunt et la jeune femme. Un autre ancien domestique qu'on a été quérir à Charlieu raconte qu'avant son arrivée à  Gorze, Marie Robinet servait à Paris une femme d'intrigue et que d'ailleurs il fut alors renvoyé par le marquis sur l'insistance de cette dernière.
Deux autres témoignages enfin, en voulant trop démontrer, laissent une impression inverse tellement ils paraissent outrés:
- le premier émane de Jean Lefran, couvreur de Germolles, qui déclare qu'il y a environ un an et demi travaillant à  la toiture du château il entra précipitamment dans la chambre du marquis et "qu'il le surprit en posture indécente avec Marie Robinet qui estoit presque nue", le marquis honteux et fâché courut à son pistolet et Lefran explique que s'il n'avait pris ses jambes à  son cou celui-ci lui aurait tiré dessus !!
Franchement on trouve l'histoire un brin rocambolesque pour ne pas dire improbable. En effet on ne voit pas bien les us de l'époque permettre à un couvreur d'entrer aussi inopinément dans la chambre d'un marquis que dans le moulin du meunier...
- le second témoignage qui incite à la prudence vient d'un certain Montel capitaine d'infanterie dans la milice du duché de Bourgogne et qui est le fils du bourgeois de Saint Mamert qu'on a déjà  vu témoigner. Dans une déclaration confuse il parle d'une lettre à lui confiée par Marie Robinet pour porter à Paris et dans laquelle cette dernière demande des nouvelles de son petit enfant; lettre dont Montel a pu connaître le contenu car les destinataires la lui ont fait lire !!
On ne peut pas dire là non plus que la vraisemblance de l'épisode s'impose facilement à notre jugement d'aujourd'hui. En fait ce témoignage, comme les autres d'ailleurs, permet de recouper soigneusement les accusations du fils Berthet, et étant entendu que celui-ci est le nouveau maître de Gorze on ne sera pas plus longtemps étonné de la teneur de ces témoignages ainsi que de leur fragilité. Hier autant qu'aujourd'hui "l'état du droit" et sa pratique ne sont détachés des pouvoirs divers et variés qui constituent une société. Ce qui ne signifie pas qu'effectivement Berthet et Marie n'aient pas été amants, ni même que celle-ci en ait un peu profité pour asseoir sa situation.
On n'omettra pas de signaler l'aimable façon "d'ouvrir le parapluie" de sa propre responsabilité, lorsque le curé de Germolles François Crozier en une sibylline déclaration raconte comment il s'est brouillé avec le seigneur de Gorze.
"Monté" une première fois au château pour conseiller à celui-ci de cesser sa mauvaise fréquentation, il dut malgré la promesse qui lui fut faite et qui ne fut pas tenue, intervenir dans son prêche dominical pour condamner le trouble à l'ordre public que représentait la continuation de ce concubinage scandaleux. Le marquis, du coup, le battit froid jusqu'à  la veille de sa mort... Là  encore la façon dont Crozier témoigne semble davantage relever de la nécessité pour lui de se protéger en montrant clairement qu'il n'a pas toléré ce trouble à l'ordre moral et public comme le lui fait obligation sa mission de prêtre, que de la contribution à  la vérité.
Dans cette dispute et dans ce procès Marie Robinet n'est pourtant pas sans appuis; après le premier épisode du procès, chassée du château, elle est en effet recueillie par l'ami et exécuteur testamentaire du marquis: Georges Antoine Charrier, rien moins que l'ancien président en la Cour des Monnaies à Lyon. La jeune femme n'a que le col de Boubon puis celui de la Sibérie à franchir pour se retrouver à  Jullié dans ce qui reste encore aujourd'hui un des plus beaux châteaux du département du Rhône, celui de la Roche. Charrier seigneur de la Roche, Jullié, Chenas, Saint Jacques (des Arrêts) et autres lieux la recueillit-il parce qu'à son tour il succomba à son charme ou par fidélité à la mémoire de son ami défunt ? Nul ne peut le dire.
Malgré la tentation romanesque de la première hypothèse, elle n'est sans doute pas la plus probable. Antoine Charrier n'est pas encore veuf à cette époque et l'on voit paraître Marie à ses côtés, comme témoin pour un baptême dans l'église de Jullié (le 19 janvier 1743 - 4EI 793 Archives Départementales du Rhône). Elle n'y était donc sans doute pas soupçonnée d'adultère avec le chevalier... bien que rien ne soit jamais certain avec les moeurs de l'Ancien Régime.
En 1750 George Antoine Charrier décède en son château sans qu'on ait vu réapparaître mademoiselle Robinet, ni qu'on ait connu l'issue du procès.
On ne sait ce qu'elle est devenue et nous ne la retrouverons plus dans aucun document... On laissera chacun rêver à sa guise et ses goûts, imaginer comme il l'entend la destinée finale de la jeune femme. Ce que nous connaissons déjà souligne l'originalité d'une aventure de ce temps, qui transforme la fille d'un petit cordonnier montluçonnais en éphémère, mais cependant certaine, dame de Gorze pour quelques années.
Pourtant à l'aube de certains printemps, la lumière qui descend du matin et la rosée de la vallée se mêlent, et cette danse nous confie la promesse d'un jour éclatant.
C'est que du pré de la Dame (à main gauche avant le pont sur la Grosne) monte le chant de Marie Robinet disant qu'à la fin "les châteaux sont à ceux qui les aiment !"

Généalogie simplifiée des seigneurs de Berthet de Gorze

généalogie Berthet de Gorze


généalogie Berthet de Gorze


généalogie Berthet de Gorze


généalogie Berthet de Gorze
9ème degré
- Marie Louise Victoire Berthet (née le 6 mai 1735, décédée le 9 octobre 1776), marquise de Gorze, épouse de Claude Nicolas de Galland, seigneur de Chavannes en Bresse. recueille Gorze par l'héritage de son frère Brice et la cession de son neveu Constant (reprise de fief le 29 juillet 1768).

8ème degré
- Constant Louis Claude Joseph Berthet, fils des suivants, dont l'oncle Brice Amable Berthet fut le tuteur à partir de 1750, qui remet son fief et titre à sa tante Louise Berthet.

7ème degré
- Claude Joseph Berthet (né le 29 avril 1697 - décédé en février 1742), fils des suivants, chevalier, marquis de Gorze, seigneur de Veré et Sennecey les Mâcon, capitaine de cavalerie, commissaire de la noblesse du Mâconnais. épouse le 30 août 1730 Elisabeth Joubert (décédée le 10 janvier 1750), fille de Pierre Joubert, écuyer, seigneur de la Garde, et de Marie Estival.






6ème degré
- Jean-Joseph Berthet (né le 7 juin 1677- décédé le 17 juillet 1740 à Gorze), fils des suivants, écuyer, marquis de Gorze, seigneur de Nagu (Ouroux), de Germolles, de Molles, du Clairon, de Sennecey les Mâcon et de Veré, seigneur haut justicier du Clairon et de Mole (Germolles), chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Lazare de Jérusalem, gentilhomme ordinaire de M. le prince de Condé, alcade et élu de la Noblesse aux Etats de Bourgogne, capitaine dans le régiment de Piémont puis colonel d'infanterie. épouse le 10 juillet 1696 Constance (quelquefois et par erreur Claudine) Bauderon de Sennecey (décédée en 1705) fille de Brice Bauderon de Sennecey seigneur de Condemines, Veiré et Sennecey, conseiller du roi, lieutenant général au bailliage et présidial du Mâconnais et de Claudine Quiny de Malmont dame de la Serve. Constance encore soeur d'Antoine Bauderon de Sennecey écuyer, premier valet de chambre de la reine, poète d'un certain renom et dont une rue de Mâcon porte le nom.























































5ème degré
- Philibert Berthet (décédé le 31 décembre 1694 à Gorze), fils des suivants, "bâtisseur" du château actuel, écuyer, seigneur de Gorze, La Salle, Combe, Nay (Tramayes), Nagu (Ouroux) et Sacognay, coseigneur de Germolles, volontaire dans les mousquetaires du roi, sert comme enseigne et lieutenant puis capitaine (8 août 1648) d'infanterie, commandant une compagnie de cent hommes d'armes dans le régiment d'Uxelles jusqu'en 1667, participe aux batailles de Rocroy et de Marienda, prisonnier deux fois, il a été grièvement blessé. épouse le 8 août 1654 Isabeau Thibaut des Prez (décédée le 16 avril1681 à  Gorze) fille de Philibert Thibaut, écuyer, seigneur de Thulon et Isabelle de Noblet des Prez.
(voir ci-après l'inventaire de ses biens après son décès)

4ème degré
- Hugues de Berthet (décédé le 8 mars 1644 ), fils des suivants, écuyer, seigneur de Gorze, La Salle (à Lentigny prés de Roanne), Combe (Germolles), Fleuri (?), chef de paneterie de la reine, capitaine d'une compagnie du régiment de La Grange dans l'infanterie, procureur au grenier de sel de Belleville. épouse le 12 janvier 1614 Antoinette de Cray (décédée après 164?) fille de Claude de Cray, écuyer, seigneur de Royer et de Jeanne Boyer de Pluvault.

3ème degré
- Antoine Berthet (décédé entre 1614 et 1617), fils des suivants, écuyer et seigneur de Gorze et de Combes, capitaine du château de Beaujeu, acquiert une partie de la seigneurerie de Germolles en 1606. épouse le 3 novembre 1583 Angèle Charreton (décédée après 1625) fille de noble Antoine de Charreton, écuyer, seigneur de La Salle.




2ème degré
- Jean Berthet (décédé entre 1571 et 1583), fils des suivants, notaire et procureur à Beaujeu écuyer et seigneur de Combe. épouse le 15 juin 1537 Jeanne de Mole (décédée après 1583) fille de Claude de Mole écuyer, seigneur de la Roche, et nièce de l'ancien seigneur de Gorze Guillaume (1511).

1er degré
- Louis Berthet (première moitié du seizième siècle) écuyer, seigneur de la Martelière et de Combe. épouse Jeanne de Lugny


































Inventaire des effects trouvés dans le Chastel de Gorze apprès le décès de dame Isabeau Dethibaud femme de Philibert Berthet seigneur dudit Gorze et autres places

Du 20 may 1681 (expédié et délivré audit seigneur)

L'an mil six cent huictante et un et le vingtiesme jour du mois de May avant midy, à la requeste de messire Philibert Berthet, chevalier, seigneur de Gorze, la Salle, et autres places, en suitte de l'ordonnance rendue par Monseigneur maître Jacques Broulle (assesseur?) criminel lieutenant particulier et conseillier du Roy aux bailliage, siège présidial de Masconnois le cinquiesme des présents mois et an, sur l'assignation donnée à la diligence de Monsieur maître Claude Buchet seigneur de Royer et procureur du Roy ausdits sièges, en conséquence du décès arrivé de Dame dame Isabeau Dethibaud Dethulon femme dudit seigneur de Gorze dès le seizième apvril dernier.

Par moy notaire royal héréditaire au bailliage du Masconnois résidant à Tramayes soubsigné, a esté procéddé à l'inventaire tant des effects meubles, immeubles dudit seigneur que de ladite deffuncte dame ainsi que s'ensuit, en présence de messire Claude Dethibaud chevalier baron Despré, seigneur de la Tour de Tulon, des Terrau et autres places, messire Jean Dethibaud chanoine en l'églize de Mascon et prieur de Nety, Claude Dethibaud doyen d'Aygueperse, frères de ladite deffuncte dame, et de messire Estienne Demuzy chevalier seigneur de Mussy et Vauzelles.

Et ont pour cet effect estés appellés pour apprétiateurs desdits effects sieur Claude Lardy marchand de Poncharra agé d'environ soixante ans et sieur Thomas Barraud aussi marchand de Tramayes agé de trente quatre ans ou environ. Desquels le serment pris par moy notaire susdit en tel cas requis, ont promis de fidellement et en conscience faire estimation suivant les cognoissances de tous les effects qui le seront cy apprès représenté. S'est avec lesdits seigneurs parents paternels et maternels soubsignés avec ledit seigneur de Gorze et lesdits apprétiateurs.

(Signatures de Thulon Després, Thulon prieur, Thulon doyen, Vauzelle, Lassalle Gorze, F.Farraud, F.Chandy curé de Germolle, Barraud, Lardy)

Premièrement dans la chambre où est décéddée laditte Dame s'est trouvé un champlit bois noyer assé uzé garny d'une pailliasse, deux matelas, une couchette et traversin de plume, deux couvertures, l'une de thoille blanche picquée et l'autre d'indienne et des rideaux vert à  bandes de tapisserie. Le tout estimé trente livre
A la rivière dudit lict est une couchette garnye d'une couchette et coussin de balouffre (paillasse), une couverte de thoille blanche picquée estimé le tout avec le bois d'icelle à cause de leurs caduits? trois livres.
Audevant deladitte couchette est un rideau cadis (étoffe de laine de peu de valeur) vert assé uzé tirant de la muraille à  la colonne du lit de laditte dame, estimé vingt sols.
Un vieil cabine (grande armoire) à  deux estages bois noyer fermant à  clef, esvalué trois livres.
Une cuvette de rozett (cuivre rouge) avec son pied bois chesne en menuizerie le tout assé vieil, estimé cinq livres.
Une vielle table carrée bois noyer, estimée vingt sols.
Neuf grandes chèzes de tapisserie fort uzées, estimé neuf livres.
Deux coffres façons de malles, couverts l'un de peau de veau à  poil, l'autre de peau noyre fort uzés, estimés les deux quatre livres.
Deux haulmoyre (armoires) bois noyer, l'une à  deux estages et la plus grande en façon de coffre souvrant par deux vanteaux, estimées les deux dix livres.
Une vielle tapisserie de bergame avec un tapis de mesme, trois tableaux, scavoir deux Nostre Dame et Sainte Marie Magdelaine; un miroir à  cadre de caill (écaille) de tortue garny d'argent, le tout apprétié quinze livres.
Huict autres tableaux, portraits de la famille dudit seigneur, non estimé.
Deux chenets de fer à deux boules de cuivre, et la payl (pelle) de feu, apprétiés six livres.

A la chambre du pavillon du costé de vent où se retirent les servantes qui sert d'arrière chambre à celle de laditte dame, il y a deux meschants lits, l'un garny de rideaux de thoille teinte et l'autre de vieux cadis bleus, dans l'un desquels est une couchette et traversin de plume, une meschante couvert (couverture) et un laudier (couverture piquée), et dans l'autre deux couchettes et une pailliasse, l'une de balouffre et l'autre de plume avec le traversin et deux couvertes de sardy (étoffe de laine légère, unie et formant des sillons obliques) blanc, le tout estimé dix livres.

Dans la mesme chambre il y a quattre garde robbes, huict coffins? y compris celuy qui est devant la fenestre et un cabinet voulté et deux malles tous bois: sappin et chesne ferrés et fermant à clefs, tout estimé trente livres.

Dans ledit cabinet vouté entre laditte chambre et arrière chambre à laditte dame il y a deux grands bahuts, un coffre bois noyer et un petit cabinet bois noyer, le tout aussi ferré et fermant à clef.
De tous lesquels coffres, haulmoyres et buffet cy dessus estant dans les susdittes chambres et cabinet voulté, ouverture ayant été faict se sont trouvés, scavoir dans la garde robbe bois chesne qui est dans laditte arrière chambre, vingt quatre douzaines de serviettes (soit 288!) y compris celles qui servent au mesnage, trente nappes, autre trente nappes de cuysine à  bourrat (étoffe grossière faite avec du gros fil d'étoupes croisé) et vingt essuimains qui servent audit mesnage, le tout appretié six vingt douze livres (soit 132).
Dans le bahut dudit cabinet voulté se sont trouvés douze douzaines de serviette fines (soit 144), douze nappes fines, six essuimains fins et douze linceux (draps) fins de thoille d'holande, de trois thoilles chacuns et de cinq cent quarente livres.

Dans un coffre dudit cabinet se sont trouvés un plat bassin, une esguyère, une escuelle, quatre salières, scavoir deux petites mazarines, deux autres moyennes, dix huict cuillières, douze fourchettes, une tasse, un couestin ?, le tout d'argent et pezant treize livres, non apprecié .... la somme de douze cents livres, un dinoeuvre ? en pierre (signature à  côté de Lasalle Gorze).

Dans un autre coffre se sont trouvés trois manteaux à l'uzage de laditte deffuncte dame, scavoir l'un de brocard, l'autre de petit satin rayé et l'autre de crespon noir avec trois juppes, l'une de taffetas noir, l'autre de petit satin rayé et l'autre de crespon, le tout estimé cent livres.
De plus se sont trouvés dans ledit coffre quelques chemises et autres linges servant à l'uzage de laditte dame, non apprétié.

Dans une petite haulmoyre se sont trouvés les papiers suivants, scavoir le contract de mariage dudit seigneur Philibert Berthet avec laditte dame Dethibaud en datte du douziesme aoust mil six cent cinquante quatre, reçu Brac notaire royal à Beaujeu.

Un contract d'asservissage d'un moulin scitué au bourg d'Ouroux avec un pré chevrier et garenne (terre particulièrement réservée) passé à maitre Laurent Montel au prix de soixante livres par an avec le mouillage (pour le chanvre qui doit tremper) et batage de la maison dudit seigneur et de tout son équipage, payable laditte somme à chacune feste Saint- Martin d'hiver ledit contract reçu maitre Pierre Paisseaud notaire royal à Tramayes le treiziesme décembre mil six cent cinquante neuf. Autre contract d'apentionnage et amazage de la maison appellée la maison du cimetière d'Ouroux, passé à Claude Perret au prix de cinq livres de rentes annuelle, payable à chaque feste Saint Martin d'hiver (le 11 novembre), reçu Pierre Testenoyre notaire royal dudit Ouroux le vingt neuf mars mil six cent cinquante huict.

Autre contract de rente fermière passé à Philibert Delaye laboureur dudit Ouroux, icelle de trente sols par an et deux polles (poules) payables à chacune feste Saint Martin d'hiver reçu maitre Testenoyre notaire dudit Ouroux le septiesme juillet mil six cent septante deux.

Autre contract d'amazage passé à Aubin Lardet laboureur de Germolles par Hugues Berthet escuyer soubs la rente annuelle de six livres payable à chacune Saint Martin, reçu ledit Pierre Paisseaud en l'anée mil six cent quarante, au bas duquel contract est la ratiffication d'iceluy faict par ledit Lardet au proffit dudit seigneur de Gorze pardevant Lardy notaire royal à Saint Pierre le Vieux le dixiesme octobre mil six cent septante.

Autre contract d'asservissage d'une terre ou brussaille scize au près du champt de la grange pour ledit seigneur contre ledit Arbin Lardet soubs la pention annuelle de vingt sols et deux mesures d'avoyne (4,52 décalitres), reçu ledit Lardy notaire le dixiesme octobre mil six cent septante.

Autre contract d'acquest passé par ledit seigneur au proffit de Jean Janand tixier de thoille de Germolles d'une maison scituée au village des Rety contenant constitution et rente pour ledit seigneur contre ledit Janan au principal de six livres dix sols par an, dans lequel contract ledit seigneur a aussi faict rente d'une maison audit Janan au prix de trente livres soubs la rente de trente sols et quatre polet (poulets), reçu Animé notaire royal à Cluny le quinziesme novembre mil six cent soixante neuf.

Vente contenant constitution de rente passée par ledit seigneur à Jean Foré sieur Delacolonge d'une maison scituée à Beaujeux avec les fourgs (fours) bannaux appellé les Fourgs Charton au principal de deux mil quatre cent livres soubs la rente de cent vingt livres par an du, despuis ledit sieur Foré a rendu audit seigneur la cave et le magazin (entrepôt) qui est dans laditte maison pour le prix de neuf cent livres, ce qui faict que ledit sieur Foré ne cyte en principal audit seigneur que quinze cent livres soubs la rente annuelle de septante cinq livres, payable le cinquiesme juillet de chacune année, reçu Brac notaire royal à Beaujeu ledit jour cinquiesme juillet mil six cent soixante.

Constitution de rente pour ledit seigneur et ladite dame de Thibaud sa femme contre René Demaritin escuyer seigneur de Davally au principal de deux mil sept cent livres soubs la rente annuelle de cent trente cinq livres payable à chacun dixneufiesme aoust, reçu Bailly notaire royal à Cluny ledit jour dixneufiesme aoust mil six cent septante.

Un sac où sont les titres de noblesse dudit seigneur avec une bouchette (boite) de fert blanc où il y a aussi un titre de noblesse.

Dans ledit coffre bois noyer se sont aussi trouvés deux douzaines de serviettes à la venize, quatre vingt aulnes (94,56 m) en deux pièces, d'autres serviettes de mesme non coupées, six linceux à thoille neufsves blanches et trois thoilles, de longueur de trois aulnes (3,55 m) chacun, le tout estimé cent vingt deux livres.

Dans le vieux coffre bois chesne se sont trouvés trente six linceux à  trois thoilles, trente huict autres linceux à  deux thoilles, desquels l'on se sert dans le mesnage, tous de longueur chacun de trois aulnes, le tout apprétié cent vingt neuf livres.

Dans le coffre bois noyer neufsve se sont aussi trouvés vingt deux grands linceux à trois thoilles, vingt huict petits linceux de réserve à deux thoilles de longueur de trois aulnes, le tout évalué quatre vingt neuf livres.

Dans un autre coffre se sont trouvés quatre cent aulnes de thoille blanche et rousse (472 m) esvaluée douze vingt livres (soit 240). (Dans la marge: nous apprécions pour le présent article la somme de douze vingt livres. Cet ajout a été signé par les présents.)

La chambre d'alcove, il y a deux lits gris, l'un de drap et l'autre de cadis. Celuy de drapt, garni d'une couchette et traversin à plume, deux matelas, trois couvertes, scavoir l'une cathalogne (couverture de coton) et deux picquées, une pailliasse et le champt lict bois noyer est aussi garni de sa pailliasse, deux matelas, un traversin de plume, deux couvertes, l'une de sardy et l'autre cathalogne, le tout estimé cent livres.
Deux fauteuils drapt gris, huict grandes chezes de mesme, quatre chezes de tapisserie et le tapis aussi drapt gris, le tout assé uzé et estimé vingt livres.
Une table carrée bois noyer, deux chenests de cuyvre, un miroir à  cadre doré et une vielle tapisserie bergame, le tout estimé quinze livres.

La chambre du pavillon du costé de bize derrière l'alcove, il y a deux vieux champlicts bois noyer garnis l'un de rideaux de cadis verts et l'autre de bergame avec leurs pailliasses, leurs couchettes et traversins de plume et un matelas, et quatre couvertes, pour leur deux lit, l'une cathalogne blanche et les trois autres de sardy, le tout esvalué vingt six livres.

Dans la chambre du pavillon du second estage du costé de vent il y a deux lits, l'un à  rideaux rouges assé uzé, assorty de ses champlict et bois noyer, pailliasse, et couchette et traversin de plume, deux matelas et deux couvertes, l'une rouge et l'autre piquée, et l'autre lict appellé de camp, monté sur deux coffres à  rideaux d'estoffe de porte et parure de couleurs verte, blanche et rouge, est garny d'un matelas, un traversin de plume, une couverte cathalogne rouge et une autre couverte cathalogne blanche. Une petite table et trois petites chezes bois noyer, et deux chenets de fert, le tout estimé avec lesdits lits soixante livres.

Dans l'arrière chambre il y a un lit pour un valet, de peu de valeur, non estimé.

Dans la chambre d'alcove d'en haut, il y a un champlict bois noyer, garny de rideaux verts à bandes de tapisserie avec une pailliasse, une couchette et traversin de plume, deux matelas, trois couvertes assavoir deux de laines blanches et une piquée, une table bois noyer avec un tapis verd, six grandes chezes de bois et deux petits chenets à boulles de cuyvre, le tout appretié soixante et quinze livres..

Dans la chambre du pavillon appellée la chambre des recolets, il y a un champlit bois noyer assorty de rideaux gris, d'une pailliasse, deux matelas, un coussin de plume, deux couvertes, l'une blanche et l'autre verte. Une couchette garnye d'un matelas, un coussin de plume, une meschante couverte blanche, quatre petites chezes couvertes de gry verd et une petite table, le tout apprétié vingt livres.

En marge. : Dans le grenier dessus se sont trouvés vingt asnées de seigle (723 décalitres) et quatre asnées de froment mesure de Beaujeux (14,5 décalitres), le tout estimé la somme de trois cent soixante et douze livres.

Et dans la cour si sont aussi trouvés trois bottes de vin (1370 litres?) estimées quinze livres la botte montant quarante cinq livres.
Cet ajout de nouveau signé par tous les présents.

Dedans la cuysine où il y a à costé une souillarde autrement lavoir (égoutoir à fromages), il y a une grande platine (ustensile qui sert à sècher et à redresser le petit linge) pour passer le linge, huict pots de fert propres à cuyre viande, scavoir deux grands qui tiennent chacun quarante escuellées de potage, deux autres de contenue de quinze escuellées et deux autres pots, l'un de huict et l'autre de cinq escuellées et trois couvercles de fert pour lesdits pots, le tout estimé vingt livres.
De plus quatre vieux chaudrons, l'un de tenue de quatre seaux, l'autre deux et les deux autres chacun de cinq à six chauffées?. Un poissonier, une tourtière de rozette, deux autres petites tourtières, une petite marmite de cuyvre avec son couvercle de cuyvre, une peste d'hayrin (alliage cuivre-étain) pour laver les herbes (légumes), quatre casses (poêles) blanches, trois casses frassières?; trois rechaux de fert, deux griles, une escumoyre, trois brosses poil rotin?, deux hatières de fert (chenêt destiné à porter sur des crochets les broches à rôtir), deux chauffures (bassinoires à lit?), trois coquinars (bouilloires), trois cramalières (crémaillères de cheminée), deux andiers de fert (chenêts), deux pesles à  feu, un fert pour passer le linge et une couloyre (passoire) d'hayrin, le tout estimé six vingt livres (soit 120).
Finallement il y a de vaisselle d'estaing commung, cent nonante sept livres sans y comprendre les chandeliers, pot de chambres et escuelles concistant en six grands plats, douze moyens et six plus petits, huict assiettes creuzes, six douzaines d'assiettes, une esguyère et un plat à bassin pour laver les mains, estimé le tout cent livres.

S'ensuit la déclaration faicte par ledit seigneur des revenus et dépendances de la terre seigneurialle de Gorze.

Premièrement dit quelle conciste en trois domaines, un moulin, soixante et dix chards de foing de reserve avec un terrier dépendant de la seigneurie de Combe appellé le terrier fermier, un autre terrier de laditte seigneurie de Combe en deux petits volumes appellé Truchet, couvert de parchemin, et le troisiesme terrier aussi de Combe en deux volumes, l'un latin , l'autre françois couvert de bazanne rouge appellé de Charma. Le qatriesme loraire? aussi de Combe couvert de bazanne verte appellé Lardy et Testenoyre, un autre terrier appellé de la seigneurie de Germolles acquise par noble Anthoine Berthet escuyer en l'année mil six cent, signé par extraict Sodet, un autre terrier appellé de Sacogny, couvert de parchemin.

Un contract d'acquest passé au proffit dudit seigneur et de laditte deffuncte dame sa femme par le seigneur de châteautier pour des dixmes et rentes pour le prix de neuf mil deux cent livres reçu Lardy notaire royal à  Saint Pierre le Vieux le quatorziesme mars mil six cent septante huict, de laquelle acquisition dépendent les terriers cy apprès esnoncés, scavoir un extrait du terrier de Nay signé Couturier, de l'an mil six cent douze, un autre terrier de Nay signé Vernevin, de l'an mil cinq cent douze, un autre terrier signé Dé Fonté de l'an mil six cent trente quatre, un autre terrier de la terre de Nagu à  Ouroux, signé Couturier, de l'an mil trois cent huictante huict, un autre terrier de la terre de Nagu audit Ouroux, signé Franoi et Montioux, de l'an mil quatre cent septante quatre.

Extraict du mesme terrier de Nagu à Ouroux signé Vernevin et Montioux de laditte année mil quatre cent septante quatre, extraict de terrier dudit Nagu à Ouroux où les servis estoient portables à arcis ?, tiré du terrier Franoy de l'an mil quatre cent septante quatre et ensuitte renouvellé par Defonté en l'an mil cinq cent trente.

Le domaine des Cibert ? est admodié à  jean Gaty pour le prix trois cent livres, vingt mesures grosse avoyne, vingt livres d'escorce ? fine et doibt entièrement le couvert des bastiments à  ses frais en fournissant par ledit seigneur les matériaux que ledit Gaty est obligé de charrier et de rendre la dernière année de sa ferme la semance scuivante, scavoir dix asnées bled saille, deux asnées et deux mesure de froment, l'asnée estante de dix huict mesure de Beaujeux, six mesures febvres, neuf mesures grain de chanvre et douze mesures avoyne, et a de bestail six grands boeufs et quatres vaches soubs le chatail (*) de trois cent huictante livres, vingt brebis laineuses pour et pour dix livres de pourçaux nourrains, l'admodiation reçue maitre Dumont Lestang notaire à  Julyé le (blanc) mil six cent septante huict.
Jacques Lardet a escégué au domaine dudit Gorze le septiesme novembre de l'année dernière avec Pierre Cinquin cy devant granger lequel luy a remis six boeufs deux toureaux et quatre vaches soubs le chatail de trois cent cinquante livres et vingt trois brebis à  leyne dont il en a passé commande au proffit dudit seigneur par devant ledit notaire soubsigné le dixièsme jour du présent mois, laquelle ledit seigneur a en son original, a de plus ledit Lardet quatre pourçaux nourrins qui ont conservé ? trois ? huitiesmes ? qui est six livres dix sols à la part dudit seigneur. Ledit Pierre Cinquin a laissé ensemencé cent septante mesures de seille (seigle?) trente mesures de blonde (orge) trente sept mesures de froment, huict mesures fèbvres, douze mesures graine chanvre, et douze mesures avoyne.

Le domaine Balifet est admodié à  Benoid Baland trois cent livres par an, six chappons, deux moutons; doibt entretenir à  ses frais les couverts des bastiments et charrier les matériaux que ledit seigneur doibt fournir, par acte ledit soubsigné notaire les quinziesme febvrier dernier et dixiesme jour du présent mois, par laditte première admodiation il recognoist tenir à  commande quatre boeufs, deux toureaux, quatre vaches et une veylle soubs le chatail de deux cent quatre vingt cinq livres.

Le moulin de Combe est admodié à  Honoré Combier par devant ledit Dumont Lestabg le neufviesme décembre mil six cent septante neuf, au prix de cent livres par an payable à  la Saint Martin d'hiver, il le doibt entretenir avec le baptoir et la maison à  ses frais, on luy fournissaict le fert et le bois non travaillé qu'il est aussi tenu de charrier.

La maison de la Salle conciste en trois domaines et deux celiers ainsi que le déclare ledit seigneur, il y a au domaine de la Salle deux boeufs, deux toureaux et deux vaches soubs le chatail de cent quarante sept livres dix sols, et l'on y sepme par commune année onze mesures froment, quarante mesures blonde et quatre vingt et onze mesures seille.

Au domaine d' ? il y a deux boeufs et deux vaches soubs le chatail de nonante six livres et trente six brebis à  teste, cinq poulles et un coq. Il s'y sepme par commune année quatre vingt et une mesures de grains, scavoir onze de froment, neuf de blondée et soixante de seille.

Au domaine des montsaux il y a deux boeufs, deux toureaux, deux vaches et un petit toureau au chatail de cent huict livres, et lon y sepme communément cinq asnées et sept mesures de seille, et deux mesures froment.
Au celier Bourbon il y a deux vaches au chatail de quarante livres, et si sepme communément trente cinq mesures de grains, scavoir trois de froment et trente deux de seille.
Au cellier du clos il y a deux vaches à  commande au prix de quarante livres et si sepme communément vingt et une mesures grains, à  scavoir deux de froment et dix neuf de seile, et par commune année lon faict dans lesditstrois domaines, dans lesdits deux celiers, et dans les vignes qui en dépendent, et dans les terres soixante et dix ou quatre vingt bottes (mesur de capacité de liquide) de vin, à la part dudit seigneur, laquelle terre de la Salle a esté admodiée à sieur Louis Thevenet précédant fermier quinze cent livres, et présentement n'est admodiée en d'estail que mil livres.

Il y a un celier en la paroisse dudit Odenas lieu de Brully, où il y a deux vaches soubs le chatail de quarante livres où est vigneron Claude Beluze et s'y faict par communes années à  la part dudit seigneur douze à  quinze bottes de vin ;

Dans la paroisse d'Ouroux il y a trois domaines, un moulin et deux prés de reserve admodiés en destail, scavoir iceluy du Tel à  Pierre et Claude Large pour le prix soumis de trois cent trente livres, vingt mesures grosse avoyne nourris ledit seigneur avec son équipage pendant huict jours tous les ans et avec vizite ses bois et autres héritages, et entretenir tous lieux, bastiments, couverts à ses frais et tient à  titres de commande six boeufss, quatres vaches, deux toureaux et quatre veylles soubs le chatail de deux cent septante livres, vingt brebis laineuzes teste pour teste et quatre pourceaux qu'ils doibvent rendre en fin de fermié.
Le domaine du bourg d'Ouroux appellé le domaine du Pont est admodié à trois cents livres à  Jean Montel et Philibert Despres et sont tenus d'entretenir les couverts des bastiments à  leurs frais en fournissant les matériaux par ledit seigneur qui seront charriés à  leurs frais, ils ont en bestail à  commande six boeufs, quatre toureaux, six vaches et trois scuivant soubs le chatail de trois cent soixante livres, vingt brebis à  teste, et quatre pourceaux, et doibvent rendre à  la fin de leurs fermes les terres ensemencées d'onze asnées seille, dix huict mesures de froment, dix mesures avoyne.
Préjudices dont il a requis acte qui luy a esté octoyé par ledit notaire soubsigné de mesme que iceluy aussi demandé par lesdits seigneurs parents cydevant desnommés pour lesdits mineurs de la declaration et protestation faictes par eux et contraire à  celle dudit seigneur de Gorze.
Faict au chatel dudit Gorze apprès midy le vingtneufviesme jour de may mil six cent huictante, en présence messire Floris Chandy prestre curé de Germolles, messire François Farraud diacre résidant audit Gorze et Jacques Lardet et Nicolas Janans laboureurs dudit lieu, tesmoins requis, lesdits sieurs Chandy et Farraud se sont soubsignés avec lesdits seigneur de Gorze parent cydevant desnommés, et apprétiateurs et non lesdits Lardet et Jannans pour ne le scavoir de ce enquis.

(*) chatail : bail à  ferme concernant des bêtes appartenant au bailleur que le fermier entretient et nourrit. Par métonymie, le mot (transformé en cheptel aujourd'hui) ne désigne que les animaux eux-mêmes. On a eu exactement la même transformation avec les noms de grange et de ferme qui désignaient de même manière à l'origine des contrats de droit!

Notes sur l'inventaire fait en 1742 lors du décès de Claude Joseph Berthet (B1307) Archives Départementales de Saône et Loire :

Pour terminer ces descriptions des inventaires, nous nous bornerons à citer l'énumération, dans l'ordre où elle est donnée, des pièces du château :

Une grande chambre située au rez de chaussée avec vue sur la cour et qu'on appelle le salon
La cuisine à côté de ce salon
Un réduit à côté, appelé la chambre du balcon
La grande salle
Une chambre à alcôve
Un petit cabinet attenant à cette chambre
Une autre chambre à alcôve attenant à la salle
Une chambre appelée la chambre jaune
Un cabinet à côté de cette chambre

Puis lorsqu'on monte dans les "appartements d'en haut" :

La chambre de la dame défunte (où l'on découvre un lit d'enfant en osier, garni d'une garde paille, d'un matelas, d'un lit de plume et d'un traversin avec son couvre berceau)
Une autre chambre à côté appelée chambre des servis
La chambre du pavillon nord servant aux domestiques


Plus loin on cite encore la chapelle, les caves, un petit caveau, les greniers, un autre grenier au dessus de l'écurie.

ajouts tirés de la fiche de repérage du 27 juin 1969 rédigée par Madame Oursel

En 1584, Germolles était châtellenie et prévôté royale. La seigneurie de Gorze a appartenu à la famille de Vers ou Véré, qui prit le nom de Germolles et s'éteignit dans le courant du XVIe siècle.
Guillaume de Moles était seigneur de Gorze en 1511.
En 1606, Antoine Berthet acquit Germolles de 'prince du Beaujolais'; puis il devint propriétaire de Gorze et de Combes en 1611. Les de Berthet, originaires du Beaujolais, allaient garder la seigneurie jusqu'en 1785.
C'est Philibert de Berthet, capitaine d'un régiment d'infanterue, qui fit rebâtir le château de Gorze. L'architecte fut Paul de Royers de Valfenières, fils de François de la Valfenière 'qui s'était acquis une certaine notoriété par des restaurations heureuses au Collège du Roure en Avignon, par la construction de la fontaine de la Chartreuse de Villeneuve et du palais épiscopal de Carpentras'. Il avait également entrepris la reconstruction de l'abbaye des 'Dames de Saint-Pierre' à Lyon. Paul construisit les deux ailes en retour du palais Saint-Pierre donnant sur la rue Chenavard et la rue de l'Hôtel de Ville. En 1687, ces deux corps étaient réunis au corps principal, qui donne au midi et avait été terminé par lui-même, après le décès de son père en 1669.
(Pour en revenir au château de Gorze) le prix-fait pour la maçonnerie du château à reconstruire fut signé le 30 novembre 1670 entre Philibert Berthet et Léonard Martin, maçon de la Bussière. Pour la charpente, le prix-fait fut conclu le 23 décembre 1670 entre le même seigneur et deux charpentiers, Jean Alamasnière de Beaujeu, et Hippolyte Delarue de Charlieu.
Jean-Joseph de Berthet, colonel d'un régiment d'infanterie, gentilhomme ordinaire auprès d'Henri-Jules de Bourbon 5ème prince de Condé premier prince du sang (1704), élu député de la noblesse aux Etats Généraux de Bourgogne (1706), chevalier de l'Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem, obtint en mars 1707 l'érection en marquisat de la terre de Gorze, 'à raison des services militaires rendus par la famille'.
le 8 janvier 1785, Claude-Philibert de la Vernette, lieutenant du Roi en Mâconnais, héritier de la seigneurie de Gorze, reprend de fief pour Gorze, Germolles, Molles et le Clairon.
A la fin du XIXè siècle, le château appartenait au comte de la Villeneuve.

L'annuaire de 1900, sous le titre 'Germolles', en donne une bonne description d'après une visite faite au mois de mai 1899.

plan du château de Gorze
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Le château de Gorze, aujourd'hui exploitation agricole, s'inscrit dans un quadrilatère:
Au sud, portail en plein cintre sommé d'un cartouche où se voit le blason des de Berthet (d'azur à trois épis d'or mis en pal), surmonté de la couronne de marquis, avec la date 1707, qui marque l'année où la seigneurie de Gorze fut érigée en marquisat au profit de Jean-Joseph de Berthet, marié à Constance de Beauderon de Sennecé, 'chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Lazare de Jérusalem, gentilhomme du prince de Condé et élu de la noblesse des Etats du Mâconnais'.
Dans le mur de clôture qui relie le bâtiment d'un étage très allongé, qui constitue les dépendances, et le logis d'habitation proprement dit, se voient, de part et d'autre du portail, deux petites archères remployées.
L'habitation principale se compose s'un corps de logis central, accosté de deux tours de plan légèrement rectangulaire.
Ce corps central, haut de deux étages est ajouré de huit grandes fenêtres dont les encadrements de bois dessinent curieusement un faux appareil, avec linteaux appareillés de même, mais en échelon.
Au milieu, porte donnant sur les prés, au pied de laquelle s'amoncelle, en pyramide, un énorme tas de cailloux, débris de l'avant-corps médian qui a été démoli au début de ce siècle, de même que tout l'étage supérieur du logis. Une gravure du XVIIème siècle montre à quel point le château a été profondément mutilé depuis l'époque de sa construction, vraisemblablement au début de ce siècle, puisque sa façade orientale s'élevait sur deux étages, avec un avant-corps faisant saillie au centre, coiffé d'une toiture à quatre pans, comme les deux tours des extrémités, et se détachant sur la toiture plus basse et allongée du corps de logis central.
L'étage, aujourd'hui unique, s'élève sur un soubassement éclairé d'une rangée de six fenêtres plus larges que hautes, aux encadrements de bois identiques à ceux de toutes les autres baies, y compris celles des deux tours qui accostent la partie médiane.
Ces deux tours, élevées sur soubassement oblique, s'élèvent sur deux étages percés de grandes fenêtres. A l'intérieur de la tour nord, les pièces visibles montrent de beaux plafonds à la française, avec d'énormes poutraisons. A la partie supérieure des tours, de petites meurtrières, sous les toits actuels, correspondent peut-être à des toitures plus débordantes, portées par des corbeaux de bois.
Tout l'édifice est construit de grès et granit grisâtre. Sa grande originalité, en dépit de son état de vétusté, est constituée par ces placages de bois de chêne, artifice totalement étranger à l'architecture régionale.

labours d'automne à Gorze labour au brabant tiré à 4 boeufs au-dessus du château de Germolles (fermier Claude Marie SANGOUARD avec son commis)

BIBLIOGRAPHIE ET SOURCES

Charvet Léon : Les de Royers De la Valfenière pages 1 à  5, 45 à  47, 118 à  123 (Lyon, Librairie Glairon-Mondet 1870).
Duby Georges : La société aux XI et XII èmes siècles dans la région mâconnaise, page 327, 328 dans la réédition de 1988. (Edition de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales 1971).
Jeannet André : Glossaire du langage populaire de Saône et Loire, 14ème / 19ème siècles (1996).
Lex Léonce : Les fiefs du Mâconnais, page 132 et 133.
De la Roche La Carelle Ferdinand : Histoire du Beaujolais et des sires de Beaujeu (Louis Perrin-Lyon 1853 ; Archives départementales du Rhône : Fonds Galle C50 et C51).
Monfalcon : Histoire monumentale de Lyon 1866, tome 2, page 210.
Oursel Anne Marie et Raymond : Inventaire départemental des monuments et richesses d'art (1974), pages 36 à  42.
Pelletier André (sous la direction) : Grande Encyclopédie de Lyon et des communes du Rhône, (Horvath 1982) pour le château de Jullié.
Perrat Charles : Palais et église Saint Pierre in Congrès archéologique de France, 1935, pages 126 à  145.
Perraud François : Le Mâconnais historique, Seigneurs, châteaux tome 1 : pages 301 à  311 (Protat 1912).
Rameau : Anciens fiefs, pages 31 (terrier Germole), 39 (Germole de Crèches), 122 et 123 (fief de Germolles) (Archives Départementales de Saône et Loire).
Rameau : Nobiliaires mâconnais : familles et blasons : pages 31 (famille Bauderon), 37 et 38 (famille Berthet), 117 et 118 (famille Germole), 224 (Verrey), 229 (Molles) (Archives Départementales de Saône et Loire).
Rameau : Paroisses, pages 112 et 113 (Archives Départementales de Saône et Loire).
Annuaire de Saône et Loire 1900, pages 211 à  214.
Annuaire de Saône et Loire 1856.
Cahiers paroissiaux de Germolles et Tramayes (Archives départementales de Saône et Loire).
Cahiers paroissiaux d'Ouroux, Jullié, Saint Mamert (Archives départementales du Rhône).
Cahiers paroissiaux de Saint Mamert (Mairie).
Cartulaire de Saint Vincent de Mâcon, chartes 594 et 596.
Dictionnaire illustré des communes du Rhône : Ouroux, fiefs de Grobois et Nagu, page 295.
Dossier de l'affaire Robinet: B 1305 Archives départementales de Saône et Loire.
Erection de la terre et fief de Gorze en marquisat : F 64 Archives départementales de Saône et Loire.
Inventaire après le décès d'Isabeau Dethibeaud dame de Gorze du 20 mai 1681 : 3 E 3822 Archives Départementales de Saône et Loire.
Inventaire après le décès d'Elisabeth Joubert dame de Gorze du 7 avril 1750 : B 1307 Archives Départementales de Saône et Loire.
Matrice cadastrale moderne de Germolles (Archives Départementales de Saône et Loire).
Plan cadastral ancien (1839) et matrice cadastrale ancienne de Germolles sur Grosne (Archives Départementales de Saône et Loire et mairie de Germolles).
Série 0 : Germolles sur Grosne (Archives Départementales de Saône et Loire).