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Ouroux un village tel qu'on pouvait le voir vers 1850

en bleu texte tiré de l'ouvrage "L'ANCIEN CANTON DE MONSOL" écrit par Théodore OGIER vers 1850
réédité en 1996 par les EDITIONS DE LA GRANDE FONTAINE


en vert commentaires et ajouts

une contribution de Marie Claude et Gérard BAUER souscripteurs de l'exemplaire n° 86

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Population 1 089 habitants (1 110 au recensement de 1851)
Au sud-est du canton
Superficie : 2 071 HECT.
Distances judiciaires : de Monsol, 6 kil. ; de Villefranche, 34 kil. ; de Lyon, 58 kil.


Saint Antoine d'Ouroux est situé dans un vallon étroit, formé par la Grosne, qui prend sa source sur les limites d'Ouroux et d'Avenas dans une fontaine du même nom, et coule au nord, où après avoir reçu la rivière de Monsol, qui porte le même nom, elle va se jeter dans la Saône, un peu au dessous de Chalons, apportant un affluent considérable. Le bourg d'Ouroux occupe les deux rives de la Grosne, lesquelles sont unies par un pont, mais il s'étend principalement sur la rive gauche ; puis s'élève légèrement en amphithéâtre, sur le pied d'un monticule qui abrite le bourg au couchant, et forme une pente brusque et rapide dans l'endroit où il est coupé par la rue principale ; de sorte que les maisons de cette rue, appuyées contre cette montagne, sont humides et incommodes. Il y a une jolie place légèrement inclinée, entourée de maisons et sur laquelle se trouve l'église. Une autre place formant un parallélogramme, et nouvellement ouverte à l'entrée nord du bourg, est encore dépourvue de constructions. En général, les maisons sont hautes, bien bâties, et assez bien alignées. Les rues pourraient être tenues plus proprement.

On croit que l'étymologie d'Ouroux vient d'Oratorium, à cause d'une des chapelles de l'église de cette paroisse, laquelle chapelle, dédiée à Saint Antoine, était le but de nombreux pélerinages. Du moins Oratorium est-il le nom que les anciens titres latins donnent à Ouroux.

Une tradition, répandue dans toutes les paroisses environnantes, assure qu'Ouroux était une ville à une époque reculée, que rien ne désigne précisément. Ce qui vient à l'appui de cette tradition, ce sont les inombrables débris que l'on trouve de tous les côtés dans le bourg et même assez au loin dans les alentours, pour peu que l'on creuse la terre : des fondations de maisons, de tours, des bases de colonnes, des pavés de rues, quantité de puits, divers instruments de cuisine, des statues, des pièces de monnaie carrées, dont le millésime est illisible.
Il paraît aussi que deux aqueducs en tuyaux de terre amenaient jadis les eaux à Ouroux des montagnes qui l'avoisinent de chaque côté. L'un d'eux existe encore, et conduit l'eau dans la cour de M. Duligier-Testenoire ; quelques personnes, je ne sais sur quel fondement, lui font l'honneur d'être une fontaine romaine.

Ce qui prouverait qu'Ouroux a été une cité romaine, ce sont les débris de tuiles romaines, dont quelques fragments portent le nom du facteur Licivius ou Licinius, et le grand nombres d'urnes funéraires trouvées dans un puits qui était comblé. Il paraîtrait que le nombre de ces urnes aurait été de plus de soixante ; que plusieurs étaient jolies et ornées de figures. On a trouvé aussi une coupe antique en bronze doré, elle a été vendue, comme vieux cuivre, par son possesseur, à un chaudronnier ambulant.

Ces richesses archéologiques sont tombées entre des mains qui n'ont pas su les conserver, faute d'en apprécier la valeur. Beaucoup de gens ont eu de ces antiquités en leur possession et ne les ont plus aujourd'hui. M. de la Roche Lacarelle n'habite que rarement Ouroux, il n'a pu recueillir que quelques uns de ces débris. Enfin, en construisant le pont jeté sur la Grosne, on a trouvé les débris d'un pont romain jeté au même endroit. Tout récemment, en déblayant un des côtés de la voie romaine, on a trouvé plusieurs objets antiques, entre autres un anneau plat et très grand, portant une inscription gravée tout autour. Eh bien ! ces objets ont été brisés pour juger de leur force et de leur solidité ! Le presbytère est pourtant assez vaste pour qu'on l'utilisât à servir d'entrepôt aux antiquités. On s'est avisé de songer à cet expédient ; mais c'est seulement depuis que l'on a cessé de trouver des objets, par suite de la discontinuation des fouilles. Lors de la réparation de l'église, on trouva, en creusant les fondations, à deux mètres de profondeur, une statue mutilée, que les maçons ont arrangée à leur guise, en pierre angulaire ; ils l'ont mise dans les fondations, la tête tournée en dedans.
Une autre statue, découverte en 1838, dans le cimetière, par un fossoyeur, au pied des murs de l'église, à peu de profondeur, aurait eu dans doute un sort pareil, si quelqu'un ne l'avait emportée sous prétexte de la réparer : j'ai eu beaucoup de peine à la retrouver. On la voit maintenant au presbytère : c'est une statue en pierre, de près d'un mètre de haut, revêtue d'un manteau romain : super nudum. Les doigts de la main gauche et de la main droite sont mutilés ; son manteau, sa barbe et ses cheveux étaient dorés ; la doublure du manteau était couleur d'azur. Cette figure est d'une exécution parfaite ; la pose a quelque chose de mystique et de religieux ; du reste, rien n'indique et ne peut faire reconnaître quel personnage elle représentait. Il y a lieu de croire que c'est une figure de saint, qu'elle appartient au XIVème ou XVème siècle, et que, brisée par les huguenots au temps des guerres de religion, elle aura été enfouie dans le cimetière.

La même tradition, qui assure qu'Ouroux était une ville, dit aussi que cette ville a été détruite par une inondation causée par la rupture soudaine de la chaussée d'un grand étang. On voit, en effet, un peu au dessus du bourg, les restes d'une chaussée, allant d'une montagne à l'autre, dans l'endroit le plus étroit du vallon, et dont le parapet opposé aux flots était muni d'une forte muraille en ciment, dont on voit encore les ruines. Cette chaussée, élevée encore aujourd'hui de près de dix mètres, aurait été emportée dans une largeur de 50 mètres ; ce qui, en y ajoutant une crue subite de la rivière, a dû former une masse d'eau capable de tout renverser ; cependant le haut du bourg a dû être épargné. Ce qui tendrait à prouver qu'un cataclysme semblable a eu lieu, c'est que en creusant les fondations, on a trouvé enfoui dans la terre un meuble rempli de linge, lequel paraissait en bon état, mais tombait en poussière dès qu'on y touchait. L'inondation aurait enseveli ce meuble sous les décombres d'une maison, sous la vase et sous les graviers. Ouroux aurait été, en outre, dans un autre temps, victime d'un incendie : on trouve des débris de charbon et de cendres, des pièces de bois à moitié consumées, des vases d'airain et autres ustensiles à moitié fondus. A une époque, qui ne doit pas remonter au dessus du XIIIème siècle, il se fabriquait à Ouroux des objets et ustensiles de métal, qui se poinçonnaient ; on a retrouvé trois de ces poinçons, formant un ovale rempli de quelques figures et de lettres ; sur l'un d'eux étaient gravées les armes d'une famille inconnue.
Quoi qu'il en soit, il paraît y avoir eu, sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le presbytère, des fourneaux à métaux, chauffés avec du bois ; car, en creusant des fondations, il y a quelques années, on a trouvé une immense quantité de cendres, mêlées de scories de métaux, et des pierres fondues, vitrifiées et tordues par l'ardeur du feu. Les poinçons dont j'ai parlé servaient peut-être à marquer ces métaux. On trouve, à une grande distance du bourg, des décombres et des ruines, qui donneraient à penser qu'Ouroux aurait eu jadis quelque importance. Il est à présumer que ce lieu servait de halte ou de station aux soldats romains, pendant les marches, soit après avoir franchi la montagne, soit avant de la gravir.
M. de la Roche Lacarelle a plusieurs documents sur l'itinéraire tenu par les troupes dans le moyen-âge ; ils portent que les troupes couchaient à Cluny, à Ouroux et à Belleville.
Ce qui confirmerait cette opinion sur le passé d'Ouroux, c'est que il y a quelques années, en déracinant un vieux arbre, on a trouvé, dans une enceinte circulaire, qui paraissait être une ancienne tour, cinq fours, dont l'un était fort grand, et les autres avaient plus ou moins d'étendue. On croit que ces fours auraient servi aux troupes romaines. Non loin de là, on a découvert une forge presque entière, avec ses soufflets et autres ustensiles.
Il est vraisemblable que les ravages causés par la rupture de la chaussée, et dont on a parlé plus haut, seraient plus récents que la destruction de la ville : car l'étang ne semble pas d'une aussi haute antiquité. On peut donc s'arrêter à cette opinion : que la ville a été détruite dans quelque guerre, au temps de l'invasion des Barbares, ou de celle des Sarrasins ; que longtemps après, l'étang ayant occasionné un nouveau désastre, la tradition s'est après tant de siècles, embrouillée dans les faits, et n'a plus mentionné que l'inondation ; ce qui est positif, c'est qu'Ouroux ne fit que des progrès très lents après sa destruction. Les anciens du pays racontent qu'au temps de leurs pères, le bourg ne renfermait que six foyers ; maintenant, il forme une agglomération de 350 personnes. Le peu de division des propriétés, lesquelles se composent presque que de grosses fermes, est cause que la population générale de la commune n'augmente pas, et l'excédent énorme des naissances sur les décès s'anihile par les migrations.
La même tradition, que nous venons de citer, ajoute qu'Ouroux était ville, alors que Beaujeu n'était encore qu'un bourg. Or, au XIIème siècle, Beaujeu était déjà plus considérable qu'Ouroux ; on peut en juger par la comparaison des deux églises, qui sont toutes deux du XIIème siècle ; ce qui ferait remonter l'existence d'Ouroux, comme ville, à une époque bien antérieure.
Ouroux se trouvait jadis sur la voie romaine de Lyon à Autun ; on en trouve encore le pavé en différents endroits. Une route qui suit la même direction, c'est-à-dire la vallée de la Grosne, et souvent le même tracé que la route romaine, est déjà ouverte sur Ouroux et les communes voisines. A quelque distance, au nord de cette commune, cette route se divise par un embranchement sur Beaujeu, en suivant la vallée de Lacarelle. Ouroux sera bientôt doté d'une autre route de grande communication se dirigeant sur Fleury.
L'église d'Ouroux, sous le vocable de Saint Antoine, était autrefois sous celui de Saint Barthélémy ; Saint Antoine n'avait qu'une chapelle qui formait un des transepts au midi. Peu à peu, on s'accoutuma à nommer indifféremment l'église Saint Barthélémy ou Saint Antoine, et c'est ainsi que la désigne un vieux titre latin de 1449. Enfin, St Antoine fut adopté définitivement pour patron, quelques années avant la révolution. De tout temps, il y a eu grand concours de pélerins à la chapelle de St-Antoine, pour demander à Dieu, par l'intermédiaire du saint, qu'il répande sa bénédiction sur les animaux, et principalement sur l'espèce porcine. Autrefois même,les pélerins venaient déposer sur l'autel, comme offrande, grand nombre de pieds de porc, souvent, jusqu'à des jambons. Cet usage qui, depuis quelques années, était tombé en désuétude, a totalement cessé depuis dix ans ; cependant, tous les jours de l'année, on voit des pélerins à St-Antoine-d'Ouroux ; mais à la fête patronale, l'affluence est plus grande que de coutume, et ce jour-là, l'église se remplit deux fois.
Si l'on en juge par son architecture, l'église d'Ouroux serait du douzième siècle ; primitivement, elle n'avait qu'une seule nef. Les transepts de la croix latine forment deux chapelles. Le noeud de la croix latine se compose de quatre belles ouvertures ogivales, au-dessus desquelles s'élève le clocher dont l'intérieur renferme une sorte de coupole. L'abside, semi-circulaire, était ornée de 4 colonnes à chapiteaux fantastiques, supportant cinq arcs à plein cintre et donnant ouverture à trois fenêtres. Ce beau morceau d'architecture, qui, bien que défiguré aujourd'hui, produit encore le plus gracieux effet, surtout vu du fond de l'église, a été gravement endommagé par le vandalisme. Il paraît que dans l'origine, l'autel était placé à peu près où on le voit maintenant, c'est-à-dire sous la coupole ; mais, à une époque dont on ne peut fixer la date, un curé, sans doute pour agrandir son église à bon marché, entreprit de joindre l'autel au fond de l'abside, et comme les bases des colonnes gênaient ces dispositions, le marteau fit tomber ce qui s'opposait à l'alignement.
Une fois l'autel ainsi placé, la fenêtre du milieu devenait inutile : elle fut murée. Mais pour éclairer cet autel, on donna plus de biais à la fenêtre du midi, et une des colonnes fut abattue ; les deux cintres réunis n'en firent plus qu'un. On voulut aussi, probablement, faire ou agrandir la sacristie, et l'autre fenêtre fut murée. On mutila encore un des chapiteaux pour placer un tableau assez mauvais. Depuis, en 1818, par les soins de M. Polosse, curé actuel, l'autel a été replacé sous la coupole ; malheureusement, on n'a pu réparer le mal que le vandalisme a causé.
Bien que pour remettre les choses dans leur état, soit quant à la maçonnerie, soit quant à la sculpture, il n'en coutât qu'une petite dépense, l'administration ne s'y décidera peut-être pas aisément.

La nef était lambrissée à compartiments, selon l'usage du temps. Depuis la révolution, un plafond a remplacé ce lambris. Trois chapelles seigneuriales vinrent à diverses époques, s'ajouter le long de la nef ; elles contenaient des caveaux dont deux renferment la dépouille mortelle des membres de ces familles. La seule de ces chapelles dont on possède le titre de fondation, est celle de Sainte Croix, fondée l'an 1446 comme ex-voto, par Thomas de Bacot, notaire royal à Ouroux, pour lui servir de sépulture ; ainsi qu'il résulte de son testament, d'après lequel il a dû être inhumé dans un caveau placé au dessous de cette chapelle. Il la meubla de tous les ornements nécessaires au service divin, et assigna une rente annuelle de 12 livres à la célébration de trois messes pour le repos de l'âme du donateur, de ses parents et amis.
En face de cette chapelle, qui n'avait du reste rien de remarquable dans son architecture, et dont l'entrée ainsi que la voûte étaient de style ogival, on construisit, plus tard (on ne sait précisément à quelle époque), la chapelle de la maison Duligier Testenoire, laquelle n'avait rien non plus de remarquable ; sa voûte était à plein cintre ainsi que l'entrée. On y voyait un tableau représentant Saint Roch, Saint Sébastien, et la Sainte-Vierge, portée sur un nuage, et tenant l'enfant Jésus. Au bas du tableau, sont les armes de la maison Duligier. Ce tableau, et probablement la chapelle, sont un ex voto de cette famille, dans un temps de peste. Les restes mortels des Duligier, reposent dans les caveaux situés au dessous de cette chapelle.
Enfin, la troisième chapelle, celle de la maison de Gorze, et des trois la plus digne d'attention, était voûtée en ogive, avec arceaux pendentifs, supportant les arceaux historiés. Elle avait une belle fenêtre ogivale à compartiments de l'époque, et ornée de vitraux, dont il ne reste que deux petits fragments. Trois autres chapelles avaient été ajoutées à celle dont nous venons de parler, antérieurement à la révolution, par M. Guillin, alors curé. Elles étaient peu remarquables, leur voûte massive était à plein cintre, et sans fracture. Le tout, malgré l'irrégularité des ouvertures dont les unes étaient à plein cintre, et les autres à ogive, présentait néanmoins un aspect grave et imposant.

L'église étant devenue insuffisante pour la population, il fallut songer à l'agrandir. Le premier moyen qui s'offrait était de faire encore deux chapelles au fond de l'église ; mais l'entretien de deux autels ajoutés aux neuf que renfermait déjà l'église, serait devenu une grande dépense. D'ailleurs ces autels tenaient trop de place dans les chapelles. Ensuite, comme on aime voir le prêtre à l'autel, les chapelles qui existaient déjà étaient peu fréquentées, tandis que la nef était pleine ; à quoi bon faire encore des chapelles ? Il fallut adopter un autre moyen que quelques personnes désapprouvèrent, parce qu'on a détruit, en partie, en l'employant l'aspect monumental de l'édifice. Il consistait à faire disparaître les chapelles, en supprimant les murs énormes qui les séparaient, à supposer des colonnes, à transformer, en un mot, l'église en un monument à trois nefs. Cette transformation s'opéra en 1830, sans abattre les murs ni le toit ; et l'église est maintenant supportée par six colonnes sans compter les pilastres surmontés d'arcs cintrés : le tout est assez dégagé. Les basses nefs de l'église sont, comme la grande, plafonnées ; le choeur seul est voûté.
L'église est bien entretenue et bien ornée. Plus de 20 tableaux, d'une belle grandeur, dissimulent presque partout la nudité des murailles. Grand nombre d'entr'eux pourraient bien être presque aussi anciens que l'église, et la manière dont ils ont été traités, se ressent de l'enfance de l'art. On en remarque plusieurs qui sont autant de légendes de la vie de Saint Antoine.
L'autel est de marbre ; il est simple, mais d'un assez bon effet. La sacristie est bien meublée et assez bien fournie.
L'église possédait autrefois de beaux chandeliers en argent qui lui ont été enlevés avec trois de ses cloches, pendant la révolution. Son intérieur est d'un assez bel aspect, mais son extérieur n'est pas aussi favorable. La masse de son clocher l'écrase ; toutes les maisons la dominent ; le haut de la place semble au niveau du toit, et il semble qu'on n'aurait qu'à avancer un pied pour le poser sur le toit. Tous ces désavantages disparaîtraient par l'élévation de la grande nef qui ne fait qu'un toit avec ses latérales ; et l'intérieur, comme l'extérieur de l'édifice, gagneraient à cette modification.
Le clocher, quoique posé dans la partie basse du bourg, et par conséquent peu favorablement, domine majestueusement les plus hautes maisons ; il se pose même avantageusement vis-à-vis des coteaux qui longent la vallée, et qui forment, pour ainsi dire, le premier degré de la montagne. Il est orné sur chaque face de trois fenêtres à plein cintre, distribuées en deux étages et divisées chacune en deux compartiments, par deux colonnes posées et surmontées de chapiteaux à feuillage. La flèche pyramidale quadrangulaire était naguère couverte de tuiles creuses.
La façade de cet édifice était très simple, le portail mesquin et formé de pierres mal taillées. En revanche, les murs étaient chargés de peintures à fresques, représentant le passage des Huguenots. Un petit toit en avant, formant une espèce de porche, était soutenu par deux colonnes, sur l'une desquelles on lisait cette sentence en caractère gothique En tot ce que te feiras regarde la fin. En 1837, le porche disparut avec une tour placée au midi, qui portait le nom de tour de l'Horloge, et avait été remplacée par le petit clocher, qui surmonte le portail de l'église. L'ancien portail disparut aussi pour faire place à un plus beau, mais qui malheureusement, n'est pas en rapport avec l'architecture de l'église. Enfin, on ouvrit deux portes pour les nefs latérales.

On voit dans la cour du presbytère un grand bassin plat, taillé à facettes en dehors, lequel, suivant la tradition, aurait servi de bénitier ou de baptistaire à l'église, mais qui, profané par les huguenots, qui y firent boire leurs chevaux, lors de leur passage à Ouroux, fut depuis lors banni du sanctuaire. Pour rappeler ce fait aux générations futures, on exécuta sur la façade de l'église et sous le porche, des peintures représentant les huguenots abreuvant leurs chevaux dans ce bénitier, entrant à cheval et tout armés dans l'église, et commettant toutes sortes de profanations. M. Trouilloux, curé d'Ouroux, avant, pendant et après la révolution, fit cacher sous un enduit ces figures, sous prétexte qu'elles étaient inconvenantes.
Ouroux, bien qu'il paraisse avoir fait partie du territoire de l'ancien peuple des Eduens, a été du diocèse de Mâcon jusqu'au Concordat, qui supprima ce diocèse.On retrouve dans le chant quelques réminiscences du chant romain, qui était usité d'après le rite de Mâcon. Le chapitre de Saint-Vincent nommait à la cure. On sait qu'il y a eu jadis à Ouroux des moines de Saint-Bernard. Mais l'emplacement qu'occupait leur monastère est inconnu. Autrefois le droit de justice sur Ouroux était en partie à la duchesse d'Orléans, et s'exerçait par les officiers de Beaujeu. Le seigneur d'Arcis avait droit de justice dans une partie de la paroisse, et celui de Ney dans une autre. Enfin le curé avait droit de justice dans le bourg, dans la paroisse de Saint-Jacques-des-Arrêts, et ensuite dans celles du Bois-Sainte-Marie et du Colombier (actuellement du département de Saône-et-Loire).

Ouroux semble avoir été la terre de féodalité : cinq châteaux seigneuriaux se trouvaient sur cette commune, sans compter deux autres maisons encore existantes, dont la noblesse n'est peut-être pas aussi ancienne.
A l'est d'Ouroux, dans un lieu appelé Arcis, on voit des décombres provenant d'un vieux château entouré de fossés maintenant comblés de débris de tours renversées et dont les murs paraissent très solides. On ignore quand et comment ce château a péri ; il y a lieu de supposer que c'est par un incendie ; car on trouve à travers les décombres des morceaux de bois réduits en charbon. Ce château appartenait, au XVIème siècle, à Raguy de la Magdeleine. De ses ruines, on construisit alors une maison dans laquelle se rendit la justice jusqu'à la révolution. Les dépendances de ce château appartiennent aujourd'hui aux enfants de M. de Vernas, ancien adjoint de Lyon, lequel fit bâtir, il y a quelques années, une maison de campagne. On peut voir encore dans la vieille construction, les armoiries des anciens seigneurs.
Un autre château, portant autrefois le nom de château de Laye, s'élevait au midi de la paroisse, sur une petite éminence environnée de montagnes plus élevées, dont elle est séparée, hormis au couchant, par de profonds ravins. Ce lieu est maintenant éloigné de toute habitation, et couvert de bois taillis.

Les débris que l'on trouve à travers les broussailles peuvent faire juger approximativement des dimensions de ce château et des bâtiments de sa dépendance. Aussi, pour retracer aux siècles futurs une grandeur qui n'est plus, sommes-nous obligés d'interroger des tas de pierre cachés dans les broussailles ; ce lieu se nomme aujourd'hui Brousselaye ; c'est-à-dire Broussailles de Laye. On croit que ce château a été détruit par la guerre, et même que les seigneurs auxquels il appartenait ont été ensevelis sous ses ruines. Ce qui fait penser et dire aux gens de la campagne que : « des trésors considérables que les châtelains n'ont pu emporter, sont restés enfouis sous les décombres ». La richesse de ces seigneurs a sans doute aussi donné lieu à cette croyance populaire ; que l'on battait monnaie dans ce château. Il y a quelques années, trois personnes d'une paroisse voisine vinrent chercher ces prétendus trésors, munies de tous les instruments nécessaires ; et chacune d'elles portait de plus un grand sac destiné à emporter les trésors. La baguette devineresse fut promenée partout sur les ruines ; elle tourna, dit-on, dans deux endroits ; d'énormes buis furent déracinés pour livrer passage à l'or que la baguette avait indiqué sous les ruines. Les décombres roulaient sur les voûtes des caves souterraines, aux deux endroits désignés, lorsque le garde, averti par le bruit, arrive, et mes trois hommes, trop heureux déviter un procès, emportent leurs sacs vides, et abandonnent le trésor qui est resté dans sa cachette, en supposant qu'il y ait jamais été.

On ne sait pas à quelle époque ce château a cessé d'exister. Toutefois, nous trouvons que, par lettres patentes du 5 janvier 1549, le roi fut mis en possession des terres et seigneuries de Laye, d'Ouroux et Chamelet.
Au nord, et à quelque distance de ce dernier château, mais toujours au midi du bourg d'Ouroux, et sur le sommet d'une montagne formant un vaste plateau, on voyait naguère les ruines imposantes du château Mont-au-Lieu, vulgairement nommé château du Bois ; lequel, avec ses quatre tours, commandait tout le pays. Ce château avait une avenue bordée de tilleuls, qui ont servi plus tard à faire une boiserie à l'église d'Ouroux. Aujourd'hui, cet emplacement est occupé par des masures construites avec les débris de l'antique manoir, et qui se parent du titre fastueux de château de Bois. Le seigneur était le M. le comte de Fautrière de Corceval, qui constitua toutes ses propriétés en rentes perpétuelles. Ces rentes grèvent encore beaucoup de propriétés. On prétend que la famine de 1709, ayant enlevé beaucoup de bras à l'agriculture, on fut obligé de constituer ces rentes pour faire valoir les propriétés. Il est peut-être plus probable que ce fut la coutume de cette époque, plutôt que le manque de bras. Ce château paraît être tombé de vétusté.

Un autre château, qui a donné naissance à la célèbre et puissante famille des Nagüe, et qui portait son nom se trouvait encore à Ouroux. On ne sait pas positivement où était ce château ; la tradition parmi le peuple en est entièrement effacée. Ce qui peut cependant nous mettre sur la trace du lieu qu'il occupait ; c'est une tour qui existe au bourg, derrière les maisons de la rue principale, et tout-à-fait au pied de la montagne à laquelle les maisons sont adossées. Cette tour, qui porte le nom de Tour de Nagüe, servait à trois usages : au milieu était une prison ; au bas, un noir cachot où l'on descendait la victime par une ouverture placée à la voûte ; le haut, maintenant démoli, était un appartement carré en dedans et en dehors, et dont les angles faisaient saillie sur le rond de la tour. Cet édifice pourrait bien avoir été une des tours préposées à la garde de l'entrée du château, lequel aurait occupé le sommet de la petite montagne, appelée Sur-la-Ville. On a abattu récemment des fondations de murailles, qui paraissaient avoir appartenu à quelque château du XIIème siècle. L'ancien chanoine de Gros-Bois, mort à Ouroux, en 1763, dans le château de son nom, a laissé des notes portant qu'il avait ouï dire à ses ancêtres, que c'était l'emplacement occupé par le château de Nagüe. Cet endroit est d'ailleurs très propice pour les constructions, telles que les exigeait le moyen-âge, avec ses mille petits tyrans toujours en guerre. Il serait même probable que, s'il est vrai qu'Ouroux ait eu quelque importance sous les Romains, ce lieu devait être la forteresse de la petite cité montagnarde. Ce château fut érigé en marquisat dans le XVème siècle. Les seigneurs de Nagüe, étant devenus puissants et riches, abandonnèrent ce château, qui avait été le berceau de leur famille, et allèrent se fixer dans de plus beaux pays. Ce château, comme ceux de Laye et d'Arcis, aurait bien pû être victime de la fureur des religionnaires au XVIème siècle.

La maison Duligier, quoique la famille soit très ancienne, ne représente aucun des caractères de construction féodale ; il est vrai qu'elle aurait pu être rebâtie au commencementdu XVIIème siècle, sur les ruines du vieux manoir. Cette famille Duligier, très ancienne à Ouroux, était jadis une branche de la famille Bacot de Saint-Christophe, qui tenait une grande partie des terres d'Ouroux et de Saint-Christophe. On gardait encore, il y a quelques années, les armes des anciens chevaliers de cette maison : un bouclier, une lance, une cuirasse, un casque de bronze. Le surnom de Teste-Noire, que portent les Duligier, leur vient d'une circonstance qui mérite d'être relatée. Jean de Bacot, homme d'une taille colossale, d'une force athlétique, et faisant partie de la maison du roi, se trouvait en 1572 à une bataille où était le roi. Ce prince, remarquant ce chevalier qui faisait des prodiges de valeur, et que sa haute taille faisait distinguer aisément, car il surpassait ses compagnons d'armes de toute la tête, demanda quel était cette grande Teste-Noire, qui semblait un autre dieu Mars. Cette parole du roi aurait engagé, dit-on, les de Bacot à prendre le surnom de Teste-Noire ; mais on ignore d'où est venu le nom de Duligier, que les membres de cette famille, portent depuis un temps immémorial.
Le château de Lacarelle est au couchant d'Ouroux, et dans la vallée à laquelle il donne son nom. Ce n'était autrefois qu'un pavillon de chasse des sires de Beaujeu qui le donnèrent avec ses dépendances au MM. De la Roche, dont l'un des descendants, M. Ferdinand de la Roche-Lacarelle, en est possesseur aujourd'hui. Les MM. de la Roche-Lacarelle y viennent passer les beaux jours d'été. Flanqué de cinq pavillons, le vieux castel est pittoresquement situé au sein d'une riche vallée, en face de montagnes couvertes de sapins. Sa construction est antérieure au XVIIème siècle.

Le château de Gros-Bois, résidence des seigneurs de ce nom, n'a rien de remarquable que sa position pittoresque ; il est adossé à une grande forêt de sapins. Ce castel rappelle toujours les souvenirs les plus précieux de la révolution ; les jours où une troupe fidèle, persécutée pour sa foi et obligée de se cacher pour offrir à Dieu le Saint-Sacrifice, se retirait, commes les chrétiens des premiers siècles, dans les asiles les plus secrets. La sainte Messe a été dite à Gros-Bois pendant presque toute la révolution. Le château appartient maintenant à un lyonnais, M. Berloty, notaire, lequel y fait exécuter de grands travaux qui doubleront son étendue ; il aura quatre pavillons avec cour intérieure.
Puisque nous en sommes à la révolution, je ne peux me refuser à vous tracer l'histoire de cette paroisse, pendant cette époque de mémoire terrible pour nos ancêtres.
Ouroux reçut alors le nom de Valle civique. Ce fut peut-être le seul endroit en France où le tocsin ne fut pas sonné. M. Trouilloux, curé, en empêcha par ces paroles si dignes du bon pasteur : « laissez faire, rien n'arrivera que ce qu'il plaira à Dieu ». Lorsque les jours furent devenus plus mauvais, ce prêtre fut obligé d'émigrer ; il faillit être surpris à l'autel par les brigands.
Cependant, averti à temps, il put revêtir des habits de paysan. Chargé d'une pioche, et mêlé à une troupe de manoeuvres, il gravit la montagne sans être reconnu, et s'achemina vers la terre d'exil, et demeura 4 ans en Suisse. M. Audin, vicaire, décédé, curé à Saint Nizier d'Azergues, resta toujours dans la paroisse , où il se tint caché pendant la tourmente révolutionnaire, tantôt dans une maison tantôt dans l'autre.

Des brigands, émissaires des impies qui ne voulaient pas plus de religion constitutionnelle que de religion catholique, s'emparèrent du curé de Saint-Jacques-des-Arrêts, quoiqu'il eût prêté serment à la constitution civile du clergé, brûlèrent devant lui le grand christ d'Ouroux, à leur passage dans cette commune. (Ce prêtre fut exécuté à Lyon, en confessant la foi catholique).
Presque toutes les maisons de la paroisse avaient des asiles cachés pour recevoir les prêtres, et un grand nombre d'entr'eux y traversa les temps orageux de la révolution ; un seul, Don Rollet, prieur de Cluny, surnommé Philippe, eut le malheur d'être pris à Gros-Bois ; poursuivi dans la forêt, il fut atteint, emmené prisonnier, et périt dans les noyades de Nantes.
L'esprit de religion a toujours été profondément gravé dans l'esprit et dans le coeur des habitants de cette paroisse ; et même après la révolution. On pouvait dire des habitants d'Ouroux ce que disait César de toute la nation gauloise : « Natio et omnis Gallorum ad modum dedita religionibus. (Lib. 6.) » .
Si de nos jours, le sentiment religieux s'est un peu affaibli, il conserve encore assez d'empire sur le coeur des habitants d'Ouroux, et les choses saintes y sont toujours en grande vénération.
Une circonstance qui mérite d'être citée, c'est que, sans parler du temps qu'ils y ont passé comme vicaires, les trois derniers curés d'Ouroux ont réuni ensemble 117 ans d'exercice des fonctions pastorales. Le dernier des trois est encore curé et peut vivre de longues années ; ses deux prédécesseurs comptent à peu près chacun le même nombre d'années d'administration.

Il paraît certain que Saint Louis a traversé Ouroux avec son armée, lorsqu'il allait à la Croisade. C'est peut être en mémoire de cet événement que l'on érigea, dans l'église paroissiale, une statue à ce roi, lorsque Rome l'eut canonisé. Cette statue y est encore ; elle est très mal faite, et maintenant que les fleurs de lys ont disparu sous une couleur épaisse, on reconnaît difficilement l'effigie de Saint Louis.
La commune d'Ouroux est divisée en deux vallées principales, celle de la Grône et celle de Lacarelle ; cette dernière rivière est la plus large et la plus utile pour la fertilisation des terres. Elle tombe dans la Grône, à l'extrémité nord de la paroisse. La commune s'étend sur trois chaînes de montagne dont l'une, celle qui se trouve au centre, est couverte en partie de bois taillis et de belles forêts de sapins dont on vient de faire une grande exploitation. Le terrain est généralement bon ; la roche se transforme presque partout en une espèce d'argile très propre à la culture et à la production, surtout du froment. Le terrain est granitique, ses nuances sont variées et présentent aussi tous les degrés de solidité ; mais la plus belle pierre, et peut-être la plus résistante que l'on puisse trouver dans le département, se rencontre sur la montagne située entre Ouroux et Veaux-Renard. Cette montagne n'est pas exploitée, on se borne à prendre les blocs que l'on trouve à la surface.

Depuis la révolution, Ouroux a fait un pas immense dans la voie des améliorations et des embellissements, au point de vue matériel ; on y a jeté plusieurs ponts, ouvert deux routes nouvelles et deux places publiques dans le bourg. L'agriculture y a fait un progrès sensible ; mais pas autant que le comporterait le pays. Ce qui nuit à son développement tient à ce que les domaines sont en général très vastes, que chacun cultive seulement les meilleurs fonds, laissant le reste en jachère pendant de longues années. Il faudrait miner ces terrains inutiles, pendant la saison d'hiver, et faire croître de bonnes moissons, où l'on ne voit maintenant que des genêts et des fougères.

On trouve peu de maisons aisées dans la paroisse, composée en partie de fermiers payant des prix de ferme très élevés et de propriétaires dont les biens sont grevés de pensions et de rentes perpétuelles. Il y a dans la paroisse un bureau de bienfaisance qui suffit aux besoins des indigents. Les pauvres d'Ouroux ont droit à un lit à l'hôpital de Beaujeu ; ce lit a été fondé par M. Guillin, curé d'Ouroux, le 2 janvier 1754.
L'industrie de la paroisse consiste en deux teintureries, une tuilerie, quatre scieries à eau, des foulons à étoffe, six moulins et deux huileries. Les productions du sol sont : le froment, le seigle, l'avoine, les pommes de terre, le blé noir, le chanvre et un peu de vin qui est de qualité inférieure à celui que produit le reste du Beaujolais.
M. le curé Trouilloux, mort en 1818, laissant de précieux souvenirs, a fait un legs pour l'acquisition d'une maison destinée à servir d'école pour les filles de la paroisse. Cette école est dirigée par les soeurs de Saint-Joseph de Lyon.

Administrations : Civile, 1 Maire (Pierre GELIN) , 1 Adjoint, 10 Conseillers municipaux - Religieuse, 1 Curé (Pierre POLOSSE 63 ans) , 1 Vicaire (Jean Marie MORETAIN 33 ans) .

Boîte aux lettres, bureau de Beaujeu.

Nous avons emprunté les documents historiques, statistiques et autres qui précèdent, à un manuscrit qui nous a été communiqué. A notre grand regret, et resserrés par les bornes du cadre que nous nous sommes tracé, nous avons dû nous abstenir de reproduire quelques uns des détails qui se trouvaient dans cet écrit. Nous n'en savons pas moins bon gré à l'auteur de nous avoir aidé dans nos recherches, et notre reconnaissance lui devait et lui paye un juste tribut.