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la maison CHUZEVILLE
cabaret, épicerie, forge, mairie occulte...
son dernier forgeron Roger CHUZEVILLE alias 'Roger à Mile' alias 'ptit Mile'
son registre historique redécouvert

une chronique inspirée par Marie Claude BAUER

la maison CHUZEVILLE à Saint-Mamert la maison CHUZEVILLE

SAINT-MAMERT N'A PAS DE MAIRIE ... TOUS AU CABARET !!

Renaud GRATIER DE SAINT LOUIS, dans son ouvrage 'Auberges et cabarets dans le Haut-Beaujolais avant la grande guerre' publie une lettre que le député GUYOT adresse le 10 mars 1877 au sous-préfet de Villefranche-sur Saône:

Le maire de Saint-Mamert (un dénommé CHUZEVILLE) est un cabaretier qui tient dans son cabaret les séances du conseil municipal; les élections ont lieu de la même façon et au même endroit. Il s'était du reste absolument opposé à laisser poser les affiches de mon comité. On l'accuse même de malversations graves ...

et dans une seconde lettre datée du 15 avril 1877:

(la salle de mairie) est au-dessus du cabaret et sert probablement de chambre à coucher car elle contient deux lits. Les archives sont dans une armoire assez convenable du reste, mais le registre de décès et celui de l'armée territoriale sont à Saint-Jacques-des Arrêts, chez le secrétaire à plusieurs kilomètres de là (...) Il est important que les élections n'aient plus lieu dans la maison du maire. C'est un scandale que nous avons reproché à l'Empire; il ne faut pas qu'on puisse nous le reprocher ...


Sommé de se conformer aux lois, le maire refuse et se fait démissionner. C'est le jeune Jean Marie JONCHIER, aubergiste au Razay qui lui succède... et qui, dans une réponse qu'il adresse le 2 février 1878 au même sous-préfet, affirme que M. Philibert CHUZEVILLE loue la pièce de son auberge à la mairie au tarif de 15 francs par an.

AU CABARET, LES GENERATIONS DE CHUZEVILLE SE SUCCEDENT
le tableau d'ascendance de Roger CHUZEVILLE
le tableau d'ascendance de Roger CHUZEVILLE à Philibert CHUZEVILLE

Redonnons la parole à Renaud GRATIER DE SAINT LOUIS déjà cité:

Dans le cadre de la pluriactivité, la profession de forgeron-maréchal ferrant semble très pratiquée par les débitants de boissons. L'atelier, d'où émane l'odeur âcre de la corne brûlée, jouxte souvent le bâtiment d'auberge. Les clients du village viennent y faire réparer leurs outils, tandis que les voyageurs et voituriers de passage profitent des talents de forgeur de leur hôte pour remettre en état les fers défectueux de leurs bêtes.

Parallèlement à cette activité de forgeron, le débitant dispose d'écuries. Comme il assure le couvert à ses clients, l'aubergiste offre également l'entretien de leur monture ou de leur attelage.


Tels étaient ainsi si bien décrits ces quatre générations de CHUZEVILLE, qui faisaient chanter l'enclume dans toute la vallée, c'était jour de semaine et le forgeron forgeait ...

Roger CHUZEVILLE le dernier forgeron de Saint-Mamert .
C'est à croire que tous ces CHUZEVILLE avaient la forge en eux, dans le corps, durs comme le métal... L'avant-dernier, Antoine Emile, Mile pour tout le pays, homme ombrageux faisant peur aux enfants, sa combinaison et sa casquette de forge tachés de graisse, ses grosses paluches noircies et calleuses sous la caresse des manches. Son épouse Marie, autrement dénommée Marie à Mile, excusez du peu, qui tient l'épicerie, et qui glisse un bonbon au caramel de plus en cachette de son mari ...

Et le dernier de la lignée, Roger, forcément qualifié de 'p'tit Mile', ou autrement 'Roger à Mile', élevé dans l'ombre de la forge et du père, héritier de la malice de sa mère, un mélange narquois du pire et du meilleur dans le civil.

Jeune, il écumait les truites de la rivière, et sillonnait les routes sur son scooter, duo motorisé qu'il formait avec Jean JANIN, des Balvays, de deux ans son cadet ...

Sur ce scooter, peu de femmes devaient grimper, et le célibat vint endurcir un caractère déjà fortement trempé...

Puis vinrent les cheveux gris sous la casquette, le temps des fréquentations exotiques dont il avait choisi d'éclairer sa solitude.

Il ne mâchait pas ses mots, méfiant des institutions bancaires, à l'image de son père, ne faisant confiance qu'à lui-même et au coffre-fort qui contenait ses économies ... ce fut à ce défaut de sa cuirasse que le destin vint frapper, ce jour où des inconnus s'en emparèrent...




A ce coup du sort, il ne devait pas longtemps survivre, et la dévastation de ses parcelles de bois par la grande tempête vint lui porter le coup fatal au seuil du deuxième millénaire.

LE REGISTRE ÉGARÉ

Notre 'Roger à Mile' parti, plus de forge, enfin plus exactement plus d'atelier de mécanique, plus de bistro mal ou bien famé, qu'une grande bâtisse triste aux volets fermés à laquelle aucun héritier ne semblait s'intéresser..

La municipalité ne voulant pas voir cette maison devenir une banale résidence secondaire, elle fit le projet de l'acquérir et de la transformer.. en salle municipale et en locaux professionnels orientés vers le numérique et le multimédia .. un pari audacieux au milieu des près et des vaches !

Evoquant plus haut des protestations datant du début de la 3ème République, le maire qui était chez lui ayant pris habitude d'y réunir son conseil municipal, on pouvait même aller jusqu'à considérer ce projet comme une sorte de 'retour au bercail' ..

D'autant qu'en vidant le bâtiment de son contenu, un étrange cahier relié est mis à jour:
le manuscrit de la maison CHUZEVILLE à Saint-Mamert
le manuscrit


sous la couverture de couleur bleue d'origine, aujourd'hui très usée, une page de garde des plus explicite:

Registres de la Municipalité
de la paroisse
de St mammès en Beaujolois
à datter du 8 mars 1790
jour de la formation
de la municipalité
de la ditte paroisse
de St mammès
le manuscrit de la maison CHUZEVILLE à Saint-Mamert
la page de garde


suivent plus de deux cent pages d'une écriture serrée
le manuscrit de la maison CHUZEVILLE à Saint-Mamert
la première page


délibération paroissiale du 8 mars 1790

faisant suite à une première réunion infructueuse du 14 février 1790, après de nouvelles proclamations et de nouveau affichages, le bourgeois Claude Montel ne pouvant se déclarer avoir été tenu dans l'ignorance car prévenu par son fermier Benoit LARGE

élections successives:

- du maire: Claude LARGE, fermier au domaine des Saignes, imposé pour 97 livres 15 sols
- du procureur: Benoit MICHON imposé pour 16 livres 6 sols
- de huit autres membres composant la municipalité: Benoit BAIZET fermier (97 livres 15 sols) - François BELICARD (32 livres 16 sols) - Claude MONTEL (167 livres 14 sols) - Jean LARGE fermier (70 livres 10 sols) - Philippe GOBET (16 livres 10 sols) - Benoit LARGE fermier de la marquise de Valadous (97 livres 15 sols) - Benoit LARGE fermier de Claude Montel (15 livres 7 sols) - Philibert DUCROUX fermier (69 livres 10 sols)

Ainsi plus de 200 ans après, les délibérations et procès-verbaux des premiers conseils municipaux de la commune, nés de la Révolution, transcrits du 8 mars1790 au 30 mars 1797 (10 germinal an V) dormaient toujours quelque part dans cette maison, sous les draps brodés au fond d'une armoire de la chambre au-dessus de la salle de l'auberge ? parmi le fatras entassé des vieux outils dont tant de CHUZEVILLE se sont servis pour forger ?