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guide historique
de l'église romane Saint Donat de Saint-Point

en noir texte du Guide de visite (1950) par l'abbé Ch. SAUTEUR curé de Saint-Point
en bleu ajouts tirés de l'Histoire de Saint-Point par Léonce LEX archiviste du département de Saône-et-Loire
en vert ajouts tirés de l'Inventaire Départemental des Monuments et Richesses d'Art
réédition photographique actualisée 08/2010


l'église romane de Saint-Point

L'église romane Saint Donat de Saint-Point

plan de l'église romane de Saint-Point


Elle est bien orientée, c'est à dire que le choeur est placé vers l'orient, et se compose: d'une nef plafonnée, flanquée de collatéraux plafonnés également; d'un transept terminé par des chapelles à ses extrémités et couvert au centre par une coupole sur trompes au-dessus de laquelle s'élève le clocher; d'une abside et de deux absidioles voûtées en cul-de-four à plein cintre.
La chapelle de gauche est voûtée en berceau à cintre surbaissé: la chapelle de droite l'est en berceau à cintre brisé.
L'église a, dans oeuvre, 24 mètres de long sur 10 de large; la chapelle de gauche a 2 mètres de long sur 2 de large, celle de droite 4 mètres de long sur 2 de large.

Les précisions manquent sur ses origines, mais son style roman semble indiquer qu'elle fut construite au XIème siècle (ou au début du XIIème siècle), probablement par le châtelain du lieu avec la participation ou sous la direction des moines de Cluny. En effet, elle se trouve à proximité du château, sur le même mamelon, et fait corps avec la chapelle seigneuriale signalée en 1675 comme appartenant à Monsieur de Saint-Point (procès-verbal de la visite canonique du 18 juillet 1675). D'autre part, l'abbaye de Cluny possèdait dès avant l'an 1000, et surtout au XIème siècle, des biens variés et nombreux dans tout le vallon de Saint-Point-Bourgvilain, et l'on peut supposer que ses moines n'ont pas été étrangers à la construction de l'église.



clocher de l'église romane de Saint-Point

Le clocher, couronné par une pyramide à quatre pans, creusés de lucarnes à frontons triangulaires, s'élève sur deux étages. L'inférieur est ajouré sur ses quatre faces de deux baies en plein cintre, très simples. L'étage supérieur, légèrement en retrait, est scandé sur chaque face par trois demi-colonnes, entre lesquelles courent deux festons de trois cintres chacun. Dans l'intervalle des colonnes s'ouvrent deux paires de baies jumelles comprises sous des archivoltes enveloppantes, et dont les retombées communes s'opèrent sur des colonnettes à base et chapiteau sculptés. Au-dessus de lucarnes qui portent un épi fleuronné, une tête humaine sculptée orne chacune des arêtes du clocher

Ce clocher a subi des réparations (intérieures plutôt qu'extérieures) en 1765, en 1826 et 1843. En 1922, les piliers qui le supportent du côté de la nef ont été refaits et consolidés par les soins du Ministère des Beaux-Arts. Ces deux piliers se lézardaient et menaçaient de s'écraser. On s'aperçut qu'ils étaient constitués d'un encadrement de pierres grossièrement taillées, à l'intérieur duquel avaient été entassé n'importe comment un amalgame peu solide de pierres et de grès. On découvrit même, au milieu du plilier de droite, à une certaine hauteur, une espèce de trou avec des cendres au fond, comme si les ouvriers s'étaient amusés à faire du feu là au cours de leur travail. La même année 1922, on refit entièrement les boiseries intérieures du clocher: charpente, escalier et plate-forme et l'on brûla les vieux bois. Les deux cloches actuelles sont datées de 1810 et 1824.

L'église elle-même a été réparée plus d'une fois, et surtout en 1765. A l'occasion de la confirmation et de la visite de l'Evêque en l'an 1746, un projet de réparation fut établi, concernant en particulier: quatre piliers au milieu de la nef, la couverture de laves à refaire ainsi que le grand portail, une sacristie à construire 'à côté de la petite chapelle du côté de bise', le beffroi (charpente) à 'faire tout à neuf pour mettre les quatre cloches qui sont dans le choeur'.

Les réparations furent faites entre 1760 et 1765; et les frais supportés, non pas par la commune, mais uniquement par Claude-Gabriel-Amédée de Rochefort d'Ally, 'marquis de Saint-Point', qui fit sculpter ses armes sur le linteau de la porte latérale, en guise de signature. Cette porte latérale fut donc faite, ou refaite, par ses soins; et c'est lui sans doute qui fit tailler la petite fenêtre carrée située actuellement en haut de la façade, qui fit décorer le choeur de panneaux de plâtre, et remplacer par une grille en fer forgé la balustrade signalée en 1675 comme servant de table de communion.

Mais entrons à l'intérieur de l'église pour examiner plus attentivement les détails intéressants.

travée centrale et piliers de l'église romane de Saint-Point


Ce qui frappe d'abord les regards, ce sont ces 'énormes piliers' carrés ou rectangulaires, qui masquent complètement la vue du choeur à ceux qui se placent dans les nefs latérales. Ces piliers, à part ceux du transept, n'ont probablement jamais supporté de voûtes, mais seulement la toiture très lourde. Peut-être étaient-ils primitivement destinés à soutenir des voûtes, mais celles-ci n'ont pas dû être construites car il est invraisemblable de supposer qu'elles aient pu s'effondrer avec des supports aussi gros et aussi rapprochés.

Les bas côtés sont aussi hauts que la nef centrale que, par conséquent, ils éclairent. Une seule toiture à deux rampants, chargée de laves, couvre les trois nefs.
A l'intérieur, les piliers sont bâtis sur plan rectangulaire. Ceux de la croisée du transept ont les faces qui regardent la nef arrondies.

Les nefs sont donc plafonnées. Mais le transept possède une coupole sous le clocher, et de chaque côté une voûte romane en berceau plein cintre. Il se prolonge par deux chapelles: une à gauche, plus basse, avec voûte en cintre surbaissé; et une à droite, plus élevée, avec voûte en berceau brisé.

Cette chapelle de droite, perpendiculaire à l'axe de la nef, et dédiée à Sainte Catherine, était la chapelle seigneuriale. Elle avait son chapelain, et ses revenus particuliers, distincts de ceux de l'église. Monsieur L. Lex, dans son 'Histoire de Saint-Point', la fait remonter au XIème siècle. Mais sa situation à l'extrémité du mamelon du château, sur le domaine seigneurial primitif, avec entrée dirigée vers le château, fait supposer avec assez de vraisemblance qu'elle a dû exister seule, comme chapelle privée, avant la construction de l'église, et que l'église ensuite fut combinée avec elle. Son style ne contredit pas cette hypothèse.

Sous le revêtement de plâtre de la voûte, au-dessus de la porte de la sacristie actuelle, on aperçoit d'anciennes peintures qu'il aurait peut-être mieux valu conserver ou restaurer.

plan du caveau de l'église romane de Saint-Point


Sous le carrelage de cette chapelle, fermé par une grosse dalle au milieu de la partie antérieure, se trouve le caveau des seigneurs d'avant la Révolution. Pour ne citer que deux noms, on y descendit vers 1632 Claire de Saint-Point, et en 1773 Claude-Gabriel-Amédée de Rochefort d'Ally, le restaurateur de l'église.

Il nous a été permis de l'explorer et nous y avons reconnu sur trois tables de pierres, dont l'une est ornée d'une grande croix gravée en creux, les débris de trois cercueils et de trois squelettes...
Or, nous savons qu'on y a descendu: Claire de Saint-Point vers 1632; Jean-Antoine-Claude de Rochefort d'Ally en 1695; Catherine-Françoise Brûlart de Sillery en 1750; Anne-Félicité Allemand de Montmartin en 1751; Augustin-Ancelin de Belloy en 1766; Gabrielle-Joachime-Emmanuelle de Rochefort d'Ally en 1767; Claude-Gabriel-Amédée de Rochefort d'Ally en 1773

A ce caveau se rattache un fait dont l'authenticité semble au moins douteuse, et que Lamartine lui-même raconte, dans le 'Manuscrit de Ma Mère'. Voici ce qu'il dit:
'Une jeune marquise de Saint-Point, dont on avait pris l'évanouissement prolongé pour la mort, venait d'être ensevelie dans un cercueil ouvert sous la voûte du caveau, et la pierre qui le ferme sous les pieds du prêtre dans le choeur était scellée sur son sépulcre. Le soir de son enterrement, le sonneur de cloches, en venant tinter l'angélus, entendit des gémissements sous les dalles. Il s'enfuit éperdu et alla raconter au château sa terreur. Le mari et les serviteurs éplorés accoururent. La voix souterraine frappa leurs oreilles: on enleva la pierre scellée, on descendit dans le caveau, on trouva la morte vivante. On la rapporta dans les bras des siens à sa demeure; jeune et belle, elle donna de longues années de félicité à son mari avant de redescendre pleine de jours dans son sépulcre. J'avais souvent entendu dans mon enfance le sonneur lui-même et sa vieille femme raconter ce miracle, dont ils avaient été les témoins, et dont les anciens du village se souvenaient comme eux'.

La sacristie actuelle, accolée à la chapelle seigneuriale, et couverte en tuiles fut construite en 1852. On y conserve 'le calice de Lamartine', ainsi dénommé parce qu'il appartenait jadis à la chapelle du château de Monceau, à Prissé, propriété de Lamartine. Ce calice fut donné à Mr de Montherot pour l'église de Saint-Point entre 1895 et 1900, au temps de l'abbé Buttet.

La chapelle basse qui prolonge le transept à gauche n'est pas très ancienne, en dépit de son air vétuste dû à l'humidité. Lors de la visite canonique du 18 juillet 1675, elle n'existait pas. On signale seulement dans le procès-verbal, avec les deux chapelles des absidioles, deux armoires au choeur servant à ranger les objets du culte (donc, il n'y avait pas de sacristie), et un autel 'dans la nef de gauche, devant le premier pilier'. (cet autel aurait été dans la chapelle si celle-ci avait existé). En 1746, on projette de construire une sacristie 'qu'il y manque', 'du côté de bize'. Cette chapelle basse est sans doute la sacristie en question, bâtie au cours des réparations générales qui se terminèrent en 1765.

Le sol fut d'abord garni de dalles, mais en 1841 on remplaça les dalles par un plancher pour cause d'insalubrité. En 1845, on parle de pratiquer une ouverture dans la voûte pour installer un poêle destiné à lutter contre l'humidité. Enfin, en 1852, on abandonna cette sacristie pour en contruire une nouvelle de l'autre côté.

L'abside et les deux absidioles, aux murs très épais, sont couvertes de voûtes en cul-de-four. Ces voûtes, ainsi que les murs inférieurs dans les absidioles ont été vers 1765 décorées de moulures en plâtre encadrant des panneaux de couleur bleue. Les vitraux du choeur représentent, à gauche l'Archange de l'Annonciation, et à droite Saint Hélène découvrant la vraie croix; ils ont été donnés à l'église en 1899, respectivement par Gabrielle et Hélène de Montherot peties-nièces de Lamartine, à l'occasion de leur première communion; et ils portent les armes des familles de Montherot (aigle) et de Lamartine (feuille de trêfle). Le maître-autel actuel doit provenir de l'ancienne église Saint-Nizier de Mâcon; il aurait été acheté en 1792 par la municipalité de Saint-Point. Vers 1895, l'abbé Buttet, curé de la paroisse, remplaça les dalles du choeur par un carrelage en céramique. Quant à la grille de communion elle porte sur son petit médaillon central la date 1765.

L'absidiole de droite constitue la chapelle de la Sainte Vierge, et contient dans une niche, au-dessus de l'autel, une Vierge à l'Enfant que l'on croyait en plâtre doré, mais qui, en réalité, est en bois plâtré et doré.

L'absidiole de gauche renferme une vieille statue en bois aux mains curieuses qui font penser à des râteaux: c'est celle de Saint Amable, personnage probablement identique à Saint Amateur ou Saint Amour, premier évêque d'Autun. Il est invoqué, paraît-il, par les jeunes filles prolongées qui désirent se marier!.. En 1765, cette chapelle était appelée 'chapelle du Rosaire', bien que dédiée à Saint Jean, parce qu'elle abritait un vieux tableau du Rosaire. Saint Amable, probablement apporté d'ailleurs, a dû y être installé postérieurement à cette date.

Une autre statue ancienne est celle de Saint Donat Patron de la paroisse. Elle est en bois doré, et se trouve fixée au pilier gauche du transept, sur la face qui regarde la grand'nef. (Avant le XVIème siècle, le Patron de la paroisse était Sanctus Pontius.)

le banc de Lamartine dans l'église romane de Saint-Point


Contre ce pilier, du côté du choeur, s'appuie le banc du château ou 'banc de Lamartine'. C'est une stalle très simple, à trois places, qui a été occupée règulièrement par les châtelains successifs. C'est là que se mettait Lamartine pour assister aux offices religieux, avec les membres de sa famille. Mais de son temps, les curieuses barres de bois cintrées destinées à rendre le dossier plus confortable (?) n'existaient pas. Lamartine, dit-on, ne s'agenouillait pas dans cette stalle, mais s'y tenait debout dans les moments où l'assistance était à genoux; et comme il était de haute stature, sa tête alors dépassait la hauteur du dossier.

Nous ne parlerons pas ici de la religion de Lamartine mais nous signalerons en passant qu'il invitait à sa table son curé chaque dimanche, coûtume qu'il avait héritée de sa mère et que ses successeurs ont conservée comme une tradition familiale.

Dans les nefs latérales de l'église, on peut voir deux tableaux peints par Madame de Lamartine, femme du poète, et représentant, à gauche, Sainte Geneviève, et à droite, Sainte Elisabeth reine du Portugal.

Une autre toile intéressante est celle que l'on aperçoit en haut de la nef centrale, au-dessus de l'arcade du transept. C'est la 'Vierge aux Quatre Saints', peinte par Armand Leleux d'après Il Pinturrichio. Elle est ainsi datée: 'Sainte Marie du Peuple, à Rome 1837'. Au sommet, une plaque porte l'inscription 'Donné par l'Etat, en 1870'; et Lamartine, directement ou indirectement, n'est sans doute pas étranger à cette donation (il est mort en 1869).

prie-Dieu du XVIIème église de Saint-Point


Au fond de l'église, à gauche de la porte d'entrée, se trouve encore une antiquité intéressante: une petite stalle armoriée que certaines gens appellent par erreur 'fauteuil de Lamartine'. C'est un prie-Dieu du XVIIème siècle, en bois sculpté, orné d'un écusson dont la figure a été effacée par le temps ... et les frottements! Avant 1895, il se trouvait dans le choeur de l'église et devait servir au curé de la paroisse. Primitivement, c'était peut-être la stalle du châtelain.

Le portail gothique est un souvenir direct de Lamartine. En 1840, l'église fut agrandie de la travée du fond (Le raccord de cette travée avec le reste de l'église se voit bien à l'extérieur sur les murs et sur le toit, et même à l'intérieur au-dessus des deux piliers intéressés), et Lamartine y apporta sa contribution financière, mais voulut donner à son église une porte ogivale, en accord avec le style du tombeau (pas avec celui de l'église !). En effet, en 1847, l'abbé Bouton, curé, note à la fin de son registre paroissial: 'Cette année a été couverte la portion ajoutée à l'église commencée dès l'année précédente. La taille de la porte est un don de Mr Alphonse de Lamartine Prix 300 fr.' En haut de la façade, au-dessus de la fenêtre ronde qui surmonte l'entrée gothique, on remarque une petite fenêtre carrée dont l'encadrement en pierre porte sur son linteau l'insription 'Per ardua virtus', (la vertu sui des chemins ardus). Cet encadrement, daté 1761-1840, provient d'une fenêtre ancienne et a été placé là lors de l'agrandissement de l'église.

Faisons maintenant le tour extérieur de l'église. Du côté du château et autour de l'abside et des absidioles, le crépissage dessine, à mi-hauteur du mur, une large bande horizontale appelée 'litre'. Elle est en léger relief derrière le choeur; sur le mur latéral, elle se distingue par sa couleur plus foncée. Cette bande seigneuriale marquait, paraît-il, les droits particuliers des châtelains sur l'église qu'ils avaient fait bâtir ou restaurer.

Sur les murs de l'abside et des absidioles, on devine l'emplacement et la forme des fenêtres primitives, remplacées depuis par d'autres: il y en avait trois au choeur et une au centre de chaque chapelle. L'abside a deux contreforts, et chaque absidiole en a un, placé sur le côté et non au centre.

modillon sculpté inconnu


Les trois toitures semi-circulaires en lave reposent sur une corniche portée par des modillons sculptés aux figures diverses: les trois premières du côté du château, représentent un diable, un objet curieux et indéterminé, un bucrane (ou crâne de boeuf); les trois derniers, à côté de la nouvelle sacristie, un oiseau aux ailes étendues, un masque humain, un autre bucrane. Ceux du milieu sont pour la plupart simplement décorés de cannelures. Le contrefort de la chapelle de la Sainte Vierge porte un cadran solaire bien visible, mais dont l'aiguille n'existe plus.


La porte latérale d'entrée a un linteau en arc surbaissé sur lequel sont sculptées les armes conjuguées des familles de Saint-Point (un lion) et de Rochefort d'Ally (six merlettes), surmontées d'une couronne de marquis. Ce linteau a certainement été taillé au cours des réparations de 1765.

A droite de cette porte latérale, à l'extrémité des 2ème et 3ème marche de l'entrée et contre le mur de la chapelle Sainte Catherine, se dresse une pierre tombale portant l'inscription suivante: 'ICI REPOSE LE CORP DE M. VINCENT GENILLON ENCIENT CURE DE S.POIN AGE DE 91 (ans), 1848'. Ce prêtre (Vincent Génillon, bachelier de Sorbonne, né à Matour le 1er juillet 1757, de Claude Génillon et Louise Chevalier) était curé de Saint-Point au moment de la Révolution. Après avoir prêté le serment constitutionnel il fut pendant quelques années 'Président de l'Administration Municipale du Canton de Tramayes', puis fut déposé pour manque de zèle révolutionnaire: il manquait de sévérité à l'égard des ennemis de la Révolution et des prêtres réfractaires, et continuait d'exercer le culte !...

(ci-dessous sa signature apposée sur un acte d'état-civil de Tramayes en janvier 1792)
signature de Vincent Génillon janvier 1792 .
Entre temps, dès 1793, il s'était lancé dans le trafic des biens ecclésiastiques et autres biens confisqués par la Nation: il avait acheté, par exemple, la cure de Saint-Point (plus un domaine et une maison dans le bourg), la cure de Saint-Léger-sous-la-Bussière, un terrain appartenent à la cure de Tramayes. Et surtout avec deux associés, les citoyens Batonnard, marchand à Mâcon, et Vachier, il avait acheté l'abbaye de Cluny ! Pour tirer parti de cette dernière acquisition, un peu encombrante, le trio commença par vendre des meubles, décorations et objets d'art; puis ne trouva rien de mieux que de faire démolir la célèbre église abbatiale pour bâtir à la place une rue et des maisons ! (1800-1801).

On peut voir à Saint-Point quelques vestiges de l'abbaye de Cluny: la table de pierre placée sous les tilleuls du château, dite 'table d'Abélard'; la Vierge et la croix de pierre du XIème siècle situées au bas du jardin de la cure de 1840 (poste actuelle), et qui furent apportées à Saint-Point par Génillon.

stèle funéraire de l'abbé Vincent Génillon


Retiré à Saint-Point après la tourmente révolutionnaire, l'abbé Génillon passa ses dernières années dans une maison qu'il avait achetée, à 200 m environ du bourg, au lieudit Le Rocher: c'est la plus grosse des trois ou quatre maisons qu'on aperçoit, de la plate-forme de l'église, à gauche du petit chemin qui grimpe à l'est contre la montagne. Elle est habitée actuellement par M. Chambon. On peut y voir aussi quelques débris de Cluny notamment deux colonnes et des pierres sculptées décorant les angles de la toiture.
Vincent Genillon, assagi, rendit là le dernier soupir en 1848 (le 14 mai), muni des Sacrements de l'Eglise, après avoir légué 600 francs à l'église de Saint-Point et 800 francs à l'Hospice de Cluny, et après avoir demandé, en signe de repentir et de pénitence pour ses erreurs et ses mauvais exemples, d'être enterré sous les marches de la petite porte de l'église, de façon à être foulé aux pieds par ceux qui entrent. Ce repentir lui fait honneur, mais il est tout de même regrettable que l'abbaye de Cluny, monument unique au monde, ait été démolie par les ordres d'un ex-curé de Saint-Point.

le tombeau de Lamartine à Saint-Point
le tombeau de Lamartine à Saint-Point


Nous n'avons rien dit encore du tombeau de Lamartine, qui pourtant, bien placé près de la façade de l'église, attire aisément les premiers regards des visiteurs. Le fronton porte l'inscription biblique 'Speravit anima mea' (Mon âme a espéré). A l'intérieur, on voit sur un autel de pierre un buste du poète, et devant l'autel une statue funèbre de Mme de Lamartine. Sur le socle de cette statue sont écrits ces mots: 'Il est plus doux de s'associer aux deuils des grands hommes qu'à leurs gloires. Leurs douleurs sont à ceux qui les aiment, leurs gloires appartiennent à tous. Adam Salomon, 1864'.

Cette chapelle funéraire contient dans son caveau les corps d'Alphonse de Lamartine, le poète, de sa mère Mme des Roys, de sa belle-mère Mme Birch, de sa femme, de sa fille Julia, de son fils Alphonse mort à l'âge de 19 mois, et de sa nièce Valentine de Cessiat de Lamartine.
Un détail inédit: pendant les travaux de construction du tombeau, Lamartine, en le désignant d'un geste, aurait dit à un certain Geoffroy Myard, mort en 1913 à l'âge de 89 ans: 'Tu vois, Geoffroy, ici on viendra en pélerinage !'. Cette réflexion prophétique fut rapportée bien des fois par ledit Geoffroy à M. l'abbé Roiseau, curé de Saint-Point de 1902 à 1935 et actuellement archiprêtre de Tramayes. D'autres personnes qui ont connu G. Myard rapportent aussi le fait, avec quelques variantes.

A gauche de la chapelle funéraire de Lamartine se trouve le caveau des familles de Noblet et de Montherot, descendants directs de Suzanne de Lamartine, soeur du poète, qui épousa Jean Baptiste de Montherot. Hélène de Montherot, sa petite fille, épousa à son tour le Comte Jean de Noblet, et eut pour fils le Comte René de Noblet, propriétaire actuel du château.
Nous ne dirons rien ici du château, car les visiteurs y trouveront, avec d'aimables explications, des photographies ou cartes postales annotées qu'ils pourront emporter comme souvenirs.
Contentons-nous, dans cette plaquette, de parler de l'église et de ce qui s'y rapporte, de ce qui l'entoure ou de ce qu'on peut voir de sa plate-forme.

vieux cimetière autour de l'église romane de Saint-Point
vieux cimetière autour de l'église romane de Saint-Point


Cette plate-forme ou terrasse, c'est l'ancien cimetière. Il est considéré par les Beaux-Arts comme site classé, servant de cadre digne d'être conservé à l'église et au tombeau de Lamartine. Il a été utilisé comme cimetière jusqu'en 1896, et fut remplacé alors par un nouveau cimetière qu'on aperçoit en direction du sud, près de la route de Tramayes. On peut lire, sur les registres de sépulture, et signées par l'abbé Buttet, les annotations suivantes: 'Jean Baptiste Chuzeville, cultivateur, ancien jardinier de M. de Lamartine, inhumé le 18 juin 1896, dernier enterré dans le vieux cimetière, en face de la grande porte de l'église'. Et après 'Antoinette Chassagne, femme Mansiat, première personne à être enterrée dans le nouveau cimetière, au coin sud-est, le 14 octobre 1896'.

La cure qu'avait achetée l'abbé Génillon se trouvait derrière l'abside de l'église, en bas du vieux cimetière, sur la terrasse du parc du château. Il n'en reste pas trace, sauf le puits. En 1840-41, on construisit une nouvelle cure, qui est devenue la Poste depuis la loi de Séparation, en 1905. Située en bordure du vieux cimetière au sud de l'église, cette nouvelle cure de 1840 domine le bourg, et son emplacement est fort bien choisi. On peut dire que c'est à Lamartine surtout qu'on la doit.

Voici à ce sujet, comme au sujet de la situation des curés de 1800 à 1840, quelques notes consignées par l'abbé Bouton dans les registres paroissiaux:

1837 'Cette année, 25 janvier, arrivée d'un nouveau curé, nommé depuis le milieu de l'année précédente ....., Mr de Lamartine, qui avait reçu la visite du nouveau curé dans le courant de l'année 1836, avant son départ pour Paris, s'empressa à son retour de procurer un presbytère, mais les choses ne se firent que lentement. Il logea en attendant dans une maison de M. l'abbé Génillon située au milieu du bourg, autrefois auberge et qui le redevint après sa sortie.'

1840 'Cette année au mois de mai fut commencé le nouveau presbytère. Le curé plaça 4 francs sous la première pierre angulaire.'
Cette année au mois de septembre, le curé vint occuper la maison de M. de Lamartine dite l'ancienne cure.'

1841 'L'ancienne cure de Saint-Point, vendue à l'ancien curé d'alors, Vincent Génillon, est restée en son pouvoir jusqu'en 1834, époque à laquelle elle fut par cet Ecclésiastique vendue à M. de Lamartine, propriétaire du château de Saint-Point. La paroisse, ainsi spoliée de l'ancienne habitation de ses pasteurs, les logeait forcément, tant bien que mal, en maison de loyer, tant dans l'ancienne cure qu'en d'autres, dont la dernière située au milieu du village, ne convenaient nullement. En 1837, le changement de curé fut aussi l'occasion d'une amélioration du sort des prêtres à Saint-Point. M. de Lamartine, voulant procurer au nouveau curé, qu'il honorait de son estime, et même, selon son expression, de son amitié, un logement plus convenable, engagea les administrateurs municipaux à voter, sur leurs revenus communaux, une augmentation de fonds pour construire un presbytère, et non réparer seulement la maison qu'ils avaient achetée en bas du village. Il fallut toute l'influence du potecteur du curé pour déterminer les votants; ce ne fut même qu'après plusieurs réunions et délibérations, qu'offrant lui-même une somme de 1000 francs pour faire l'acquisition du local (terrain, emplacement), il détermina les votes dans son sens. L'adjudication, au bout de deux ans, fut tranchée au mois d'avril 1840; et Jean Lacondemine, charpentier-entrepreneur à Pierreclos, fut chargé de la construction du presbytère, sur l'emplacement de deux vieilles habitations appartenent, l'une à Claude Jacquet, acquise par la commune, et l'autre à Aimé Albert, achetée par M. de Lamartine, et cédée gratuitement pour augmenter l'emplacement et faire la cour du presbytère. Il fut commencé aux environs du 20 mai 1840, et ne fut terminé de manière à être habitable qu'à la fin de 1841. Ce fut dans le courant de novembre que le curé auteur de ce mémoire quittant l'ancienne cure qu'il avait occupée pendant un an, vint enfin se fixer dans le nouveau presbytère après l'avoir béni sans solennité.'

Lamartine donna donc pour cette cure le terrain, et les matériaux d'une vieille maison achetée de ses deniers; en compensation il demanda à la commune de se charger de l'entretien de son tombeau à perpétuité.

La vieille cure ne fut pas démolie tout de suite. Malgré sa vétusté elle était encore solide et elle servit d'école libre de filles, tenue par les Soeurs du Saint-Sacrement d'Autun, de 1861 à 1891. A cette date, Valentine de Lamartine, nièce et héritière du poète, qui a laissé dans le pays une grande réputation de bonté et de charité, fit bâtir une nouvelle école sur un terrain lui appartenant, dans le prolongement du jardin du château et à côté de la cure de 1840, dont le chemin seul la sépare. Aussitôt après, dans l'hiver 1891-92, elle fit démolir les anciens bâtiments d'école dont le puits, appelé 'puits des Soeurs' subsiste encore à l'extrémité de la terrasse du parc du côté du bourg.

Puis vinrent les années orageuses de la Loi de Séparation. L'école libre fut fermée en 1902 par ordre préfectoral. La cure, à la construction de laquelle avaient collaboré Lamartine, la commune, et la 'fabrique', fut définitivement considérée comme propriété communale et transformée en poste; et le curé, expulsé en 1905, s'installa dans l'école abandonnée par les Soeurs, et qui n'échappa à la loi de spoliation que parce qu'elle appartenait uniquement au château.

C'est cette école qui est restée la cure depuis. Elle est toujours mise gracieusement à la disposition des curés de Saint-Point par les chatelains qui ont à coeur de perpétuer ici le culte lamartinien et de conserver les bonnes traditions. Les anciennes salles de classe ont été transformées en salle de théâtre par M. l'abbé Loiseau vers 1910 puis munies de bancs en gradins par M. l'abbé Pouly au début de 1937.

Saint-Point et la vallée de Valouzain


Jetons maintenant un regard au loin sur le paysage. De la terrasse de l'église, la vue s'étend au sud sur tout le vallon de Saint-Point, qui prend naissance à Tramayes, chef-lieu de canton situé sur le col qui relie les deux montagnes.

Sur la chaîne de gauche, on aperçoit le sommet de la 'Mère Boitier', point culminant du département, altitude 761 mètres.

Devant la 'Mère Boitier', sur une croupe qui lui sert de contrefort, entre le hameau de la Chanalle et les quelques maisons de Gorze, un large chemin herbeux marque l'emplacement d'une ancienne voie romaine.

De l'église, on peut voir aussi, à peu près, l'endroit où habitait, selon l'opinion commune, le 'tailleur de pierres de Saint-Point'. C'était en direction nord-est, derrière le hameau de Joux, à mi-hauteur de la chaîne de montagnes, à l'angle gauche d'un grand mamelon triangulaire accolé à la chaîne et recouvert en partie de genêts; on aperçoit là un petit bosquet de sapins, et une maisonnette actuellement inhabitée; la cabane du tailleur de pierres se trouvait par derrière, à la naissance d'un petit vallonnement.
Le registre des sépultures de 1852 porte la mention suivante: '7 mars 1852, sépulture de Claude Matray, dit Claude des Huttes, tailleur de pierres de Saint-Point, âgé de 46 ans'. Sa tombe, malheureusement, n'a pas laissé de trace dans le vieux cimetière: on n'y planta sans doute qu'une simple croix de bois, qui n'a pas duré longtemps !

Tout le vallon de Saint-Point est fort pittoresque avec le petit bourg blotti au fond. Comme point final à cette brève description, permettez un hommage - quelque peu ironique ! - à la rivière qui coule dans notre vallon ... ou qui n'y coule pas, car un document de 1666 signale déjà qu'elle est 'à sec plus des deux tiers de l'année' !.
L'auteur de cette remarque y va sans doute un peu fort, en résumant ainsi ses impressions. Mais en tous cas, pendant une bonne partie de l'été 1950, son lit a été complètement asséché au point que la boue s'était durcie même dans les creux. C'était tout de même exceptionnel !

Un fleuve minuscule,
Le petit Valouzain.
Dans lequel une puce
Pourrait prendre son bain
S'efforce en vain
D'arroser tous les jardins:
Le résultat c'est rien !

autres évènements et restaurations

de 1952 à aujourd'hui

juillet 1952 - juin 1953 Les toitures de lave ont été refaites, sauf celle de la chapelle basse de gauche (côté nord)
mai 1953 Découverte de peintures anciennes fort abîmées sous les panneaux de plâtre de la voûte du choeur
1953 - 1954 Mise en place d'une installation électrique encastrée entièrement invisible
1955 découverte sous le plâtrage d'un pilier de la nef de l'écusson des Rochefort d'Ally, peint sur un badigeon jaune-ocre en 1765.
janvier & février 1957 Travaux de drainage des eaux en périphérie de l'église (mise en place de caniveaux avec drains) pour recueillir les eaux de pluie et de ruissellements et assécher la base des murs
octobre & novembre 1958 Réfection complète des plafonds des trois nefs
janvier & février 1960 Electrification des cloches - pose d'un carrelage ancien dans la chapelle basse de gauche en remplacement du plancher posé sur terre battue - aménagement et ameublement de cette chapelle pour les messes de semaine en hiver - réparation de la table de l'autel de Saint Amable - réparation du mur de soutènement de la terrasse de l'église
1961 Réparation intérieure de la sacristie (plafond, enduits, fenêtre, porte & boiseries)

fresques de l'abside de l'église romane de Saint-Point

1968 Mise au jour et restauration des fresques qui ornent l'abside

1988 Restauration du tombeau de Lamartine
1990 La foudre ayant endommagé la flèche de la pyramide du clocher, la pointe a été refaite, les pierres rejointoyées, un nouveau coq de cuivre placé au sommet. Un message a été enfermé dans un tube placé dans le coq, dont le teexte suit: 'MESSAGE: en l'an mil neuf cent quatre vingt dix, année du bicentenaire fastueusement célébré de la naissance d'Alphonse de Lamartine, le 12 août, jour de la fête patronale de Saint-Point, la foudre a frappé le clocher de l'église paroissiale. Les travaux de restauration du clocher ont été réalisés en juin mil neuf cent quatre vingt onze. La générosité des sampognards a permis d'offrir à leur église un nouveau coq de clocher en cuivre, placé ce dimanche 23 juin mil neuf cent quatre vingt onze sur la flèche du clocher, après la messe, lors d'une cérémonie d'inauguration. La marraine de ce coq a été Mme Alice DUSSAUGE, née MERCIER, du bourg, et son parrain a été Claude AVERLY, de la Collure. Fabriqué à Amanzé par M. BALLIGAND, ce coq a été mis en place par Jean Paul TOUTANT. Message à l'intention des générations futures, à Saint-Point le même jour, M. l'abbé SARRET de Trambly étant prêtre chargé de la paroisse de Saint-Point, M. Maurice DARGAUD étant maire de Saint-Point, et MM Jean QUELIN et Henri CHASSAGNE ses adjoints. Ad perpetuam rei memoriam'