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NOTES SUR TRAMAYES

un essai historique présenté le 8 novembre 1951 à la séance de l'Académie de Mâcon
par Monsieur le Comte Amaury DE CHANSIERGUES D'ORNANO (1896-1967)


Le bourg de Tramayes est très ancien. D'après la préface du Cartulaire de Saint-Vincent de Mâcon, il existait à Tramayes, au lieudit La Rolle, au IVe siècle, un château qui servait de rendez-vous de chasse aux rois de Provence et de Bourgogne.
Le nom de Tramayes viendrait d'une route romaine ou d'un chemin de traverse, tramaculum, qui passait à travers les monts et raccourcissait la voie de Lyon à Autun. Il en reste des traces à Germolles.
Il est certain que Tramayes est un très vieux passage et qu'il y existait une piste préhistorique avant les Gallo-Romains, d'après M. Laurent Champier, doyen de la Faculté des Lettres à l'Université de la Sarre.
A Tramayes, la montagne de Vannas est un véritable site stratégique où il serait intéressant de faire des fouilles, et le hameau du nom de La Garde indique qu'il y a eu là un poste important. Il y reste quelques ruines fortifiées (1). Il y a un Nogent-sous-Vannas et il y a également un Nogent-sous-Brancion; le nom viendrait d'un novientum, c.-à-d. un point d'habitation moins élevé, qui succéda aux oppida avant la conquête de César.
Le Mâconnais a été habité très tôt. Mâcon, sur sa hauteur, commandant la vallée de la Petite Grosne, est un carrefour préhistorique, un départ des grands itinéraires régionaux. C'est par cette vallée, à ce que croit Camille Jullian, que César aurait poursuivi l'armée des Helvètes, et c'est par Mâcon que fut construite la voie Agrippa le long de la Saône, alors que l'ancien chemin passait aux pieds des collines.
La Bussière, où convergent trois vallées, a pu être, comme Meulin, à l'époque préhistorique, un mediolanum, c.-à-d. un point d'habitation, de marché ou de défense et aussi sanctuaire religieux, de même que Brancion était un habitat fortifié sur la route de la Saône à la Loire.
On dit aussi que le nom de Tramayes viendrait d'une locution en dialecte du pays qui signifiait trois mailles ou trois gerbières de blé ou d'avoine ; mais cette explication est peu probable. Au 10e siècle, le nom s'orthographiait déjà : Tramaïe.
La même charte de Saint-Vincent de Mâcon indique qu'en l'an 958 l'église de Tramayes était sous le vocable de saint Germain ; elle fut ensuite sous le vocable de saint Jean-Baptiste. Elle relevait de l'évêque de Mâcon. Le clocher, dont les fenêtres sont à plein cintre et dont le linteau est sculpté de fleurs et de têtes d'hommes et d'animaux, remonte au moins au 12e siècle.
En 1831, on mit à jour au hameau de Chavannes, dans un lieu isolé, une grande quantité de tombeaux construits en pierres brutes, rangés symétriquement, recouverts de dalles et renfermant des ossements. Il semble que les sépultures datent des premiers siècles de notre ère.
Plus récemment, on découvrit au lieudit La Madone deux pierres de hache taillées et polies. On découvrit aussi des vestiges de constructions romaines et des débris antiques le long de la voie romaine. En 1686, on avait trouvé à Saint-Point plusieurs médailles de l'empereur Dioclétien.
Tramayes est construit sur un col dominant au sud la vallée du Clairon ou de Germolles et au nord la vallée de Saint-Point ; mais le vieux Tramayes, l'église et le château de la Rolle se trouvaient non pas sur le col mais sur le côté, comme pour surveiller et surprendre le passage.
Les points culminants sont : la montagne de la Mère Boitier, 761 m., la Tourière, 582 m., les Pierres de Justice, 576 m., et le Bourg, 465 m.
Les archives du château de Tramayes contiennent des lettres de sauvegarde rédigées en latin et datées du mois d'août 1529, données à Claude et Jean Bullion frères, de Lyon, marchands à Mâcon, par Pierre de La Guiche, «chevalier seigneur de La Guiche et de Chaumont, Conseiller et Chambellan de notre Seigneur le Roy, Bailly et Juge Royal du Mâconnais », pour maintenir et confirmer lesdits Bullion en la possession de différentes terres à Tramayes joignant Claude et Michel de la Garde, et Guillaume de la Charme, et d'une terre située en Bataillard, sur le col, qui deviendra en partie l'emplacement du château, et qui est « confrontée d'orient par le chemin allant du Bois-Sainte-Marie à Mâcon, d'occident par le chemin allant de Mâcon à Saint-Antoine-d'Ouroux, au nord par le chemin allant de Cluny audit Saint-Antoine et de vent par le chemin tendant de Tramayes à Mâcon ».
Cet acte précieux donne la liste des chemins traversant Tramayes au début du 16e siècle et qui tous se croisaient au col.
C'est dans les prés qui entourent le château que naît la rivière de la Valouze, que Lamartine a appelée : « un des plus beaux décors du drame de la vie heureuse », et c'est du sommet de la Mère Boitier, face au Mont Blanc doré par le soleil, qu'il a parlé de ce « panorama de Dieu » !
Au moyen âge, la région de Tramayes était fortement défendue ; le château de La Bussière (aujourd'hui en ruines) défendait trois vallées qui aboutissaient à ses pieds, les vallées de Clermain, de Trambly et de Saint-Léger (2). Le château de Pierreclos était posté en sentinelle à l'est et au pied de la montagne de la Mère Boitier ; les seigneurs de Corcelles à Bourgvilain pouvaient prendre en embuscade ceux qui auraient tenté de marcher sur Saint-Point, et les seigneurs de Gorze faisaient le guet dans la vallée de Germolles.
La seigneurie de Tramayes fut constituée le 8 juin 1380 à Antoine Isabeau de Villion par Marguerite de Mailly. Le 4 avril 1475, Jacques d'Amanzé acheta une partie de cette seigneurie (3).
Le 18 décembre 1510, son fils. François d'Amanzé acheta l'autre partie.
Le 8 juillet 1542, Jehan de Bullion, seigneur de Châtenay, achète une moitié de la terre et seigneurie de Tramayes à Messire Jean d'Amanzé, comte et chanoine de l'église cathédrale de Lyon, à François d'Amanzé son frère et à Damoiselle Françoise de Trane, femme dudit François. L'acte stipule que la seigneurie appartient aux vendeurs avec toutes justices, haute, moyenne et basse. Il acquiert en même temps des droits seigneuriaux sur Germolles, Saint-Sorlin, Saint-Léger-sous-la-Bussière, Saint-Point, Pouilly et autres lieux. En 1589, Jean d'Amanzé était un des chefs royalistes dans le Brionnais. Cette vieille famille féodale est actuellement éteinte (4).
En décembre 1556, des lettres patentes du roi Henri II, signées à Saint-Germain-en-Laye, transfèrent à Tramayes, sur la demande de Guillaume de Saint-Point, les quatre foires annuelles et les marchés de chaque vendredi que le feu roi Louis XII avait concédés en 1503 à Jean de Saint-Point, aïeul dudit seigneur. Elles auront lieu dorénavant, pour plus de commodité, autour de l'église, « sur le grand chemin public et royal ». Ce transfert des foires et marchés à Tramayes, où Guillaume de Saint-Point possédait quelques droits, donne un grand essor au bourg.
Plus tard, le 26 mai 1672, Claude Bullion, seigneur de Tramayes, achètera pour la somme de 23.544 livres les droits revendiqués par les seigneurs de Saint-Point.
En 1572, le roi Charles IX, qui se rendait à Lyon chez le Primat des Gaules, emprunta la voie romaine d'Autun à Belleville et passa à Tramayes. Le souvenir de cette visite royale s'est conservé et confirme ce fait ; au siècle dernier une grande cavalcade représenta à Tramayes et à Ouroux l'entrée du roi Charles IX.
C'est donc à l'occasion de ce passage que le roi accorda à la dame de Tramayes, Constance de la Vernée, veuve de noble Étienne Guilhot (co-seigneur de Tramayes par achat aux d'Amanzé), des lettres patentes datées du 18 juin et du 26 août 1572, reconnais- sant les droits de ladite dame de haute, moyenne et basse justice, lui permettant de faire ériger par ses officiers un signe patibulaire pour la punition des coupables et un pilori pour l'exécution des sentences.
Le 30 juin 1574, le signe patibulaire à deux piliers fut érigé à la montagne de Foulle ou de Pouge, dite aujourd'hui des Pierres Blanches ; c'est là que l'on pendait les criminels. Et le pilier avec carcan fut dressé devant la maison seigneuriale de la Rolle, « sur le chemin de Tramayes à Pontcharra ». On voit par les documents que le village vivait en confiantes relations avec les seigneurs; les bonnes gens venaient demander des conseils pour leurs enfants, pour leurs bêtes et pour leurs affaires aussi. Le dimanche,, après vêpres, les « Prud'hommes » viennent au château « délibérer », et lorsque des routiers sans aveu sont signalés dans la région, ou des gens de guerre, comme en 1594 au moment des guerres de religion, on entasse les principales récoltes dans les grandes caves du château pour les mettre à l'abri, et des pigeons du seigneur sont lancés pour demander du secours.
Le 9 mars 1596, Jacques Lerte, citoyen de Genève, comme père et légitime administrateur de ses enfants et de défunte Esther-Chrétienne Guilhot, sa femme, vendit à noble Mathurin de Bullion, fils de Jehan, seigneur en partie de Tramayes et de Serrières, la portion de la seigneurie appartenant à la défunte dame son épouse, comprenant entre-autres la justice haute, moyenne et basse. Ces biens avaient été saccagés par le passage des gens de guerre.
En effet, sur la fin des hostilités entre ligueurs et royalistes, le 17 juin 1594, le colonel Alphonse d'Ornano, lieutenant du roi, qui fut créé maréchal de France l'année suivante, après avoir pris la ville de Lyon, arrivait à Mâcon avec 400 gendarmes, 800 arquebusiers et 600 Suisses. Le 21 juin, il s'emparait du bourg de Brancion « par pétards et escalades », mais, abandonné par les troupes du comte de Tavannes, il ne fit pas le siège du château qui ne fut pris que quelques jours plus tard. L'annuaire de Saône-et-Loire de 1856, qui donne l'historique des communes, indique que dans la nuit du 2 au 3 mars 1594, la cavalerie du colonel d'Ornano, qui luttait pour le roi et était campée devant Thoissey, avait passé la Saône et fait une offensive à Chevagny-les-Chevrières, où elle surprit les cavaliers du duc de Mayenne qui occupait le Mâconnais et avait son quartier général à Mâcon. Les cavaliers furent battus et laissèrent un grand nombre de prisonniers et de chevaux aux mains de l'armée du colonel d'Ornano. Celle-ci occupa également Lourdon, le château des moines de Cluny, et Ornano installa des officiers pour commander les châteaux qu'il avait replacés sous l'autorité du roi. Nous savons par le testament de la dame de Tramayes que ce pays avait été également occupé.
Le 15 juin 1596, noble Claude de Bullion, seigneur de Layé (oncle du surintendant des Finances, garde des Sceaux, qui fit frapper le premier louis d'or), s'obligea, conjointement avec Mathurin de Bullion, à payer son acquisition. Celui-ci fit à la Chambre des Comptes de Dijon l'aveu et dénombrement de la seigneurie de Tramayes, qu'il déclara tenir du roi en toute justice haute, moyenne et basse. Il abandonna le vieux château de La Rolle et fit construire, avec la permission d'Henri IV (lettres patentes datées de Fontainebleau du 6 novembre 1599) et malgré les vives protestations du baron de La Bussière, un château fortifié au sommet du col de Tramayes, « entouré de fossés et de tours », de façon à commander les vallées de Saint-Point et de Germolles.
La vieille maison seigneuriale de La Rolle, qui avait peut-être vu dans ses murs les rois de Provence et de Bourgogne, fut abandonnée. Une famille Delafond, venue de Thizy et enrichie dans le notariat, s'installa à La Rolle au 18e siècle, mais la Révolution détruisit définitivement ce qu'il en restait, sauf les grandes caves voûtées.
Le nouveau château seigneurial des Bullion avait été terminé en 1598, avant les lettres patentes du roi ; cette date figure sur la porte du pont-levis, qui est d'un travail remarquable. Les pieds-droits sont taillés en bossage vermiculé ; au-dessus règne un fronton circulaire, dont le tympan est décoré des armes des Bullion et de fleurs de lys stylisées.
Une longue et large rainure, pratiquée pour le service des chaînes du pont-levis, coupe ce fronton au centre. Des mâchicoulis de pierre protègent encore cette entrée. Le château fut construit sur un plan que Vauban reproduira plus tard pour ses fortifications bastionnées. Trois grosses tours avancent un angle aigu dans les fossés, tandis que les côtés sont défendus par des meurtrières qui prennent en enfilade les talus qui longent les murs. L'une des tours, plus haute que les autres, sert de donjon. Elle est surmontée d'une chambre de guet ayant fenêtre aux quatre points cardinaux. Le quatrième angle est orné d'une tour en échauguette. Le château et la cour étaient entourés d'un mur fortifié aujourd'hui disparu, dont il reste deux tours.
L'origine des Bullion est peu connue. Les armoriaux font commencer leur filiation à Claude Bullion, mort en 1576, voiturier par terre et par eau. En réalité, ce Claude Bullion fut seigneur de Sennecé et de Layé, capitaine de Mâcon en 1557, et il affermait sans doute une entreprise de transport par terre et par eau. Il était frère de Mathurin Bullion et fils de noble Jehan Bullion, seigneur de Châtenay en 1529, co-seigneur de Tramayes en 1542, capitaine de Mâcon en 1577. Son grand-père François Bullion, capitaine de Mâcon en 1542, était lui-même fils de Claude Bullion dit le Bon, marchand, qui en 1538 possédait le fief de la Tour de Veyle, et dont le frère, Jean Bullion, alla aux guerres d'Italie comme capitaine en 1509 dans les armées de Louis XII. La descendance de Claude Bullion (deuxième du nom), encore aujourd'hui existante en Autriche, fut brillante ; son petit-fils Claude de Bullion, marquis de Gallardon, seigneur de Bonnelles, fils d'une Lamoignon, fut surintendant des Finances en 1632 et Garde des Sceaux de France.
« Lorsque Claude de Bullion et le père du président de Lamoignon, enfants, allaient en campagne, on les portait tous les deux sur un même âne dans des paniers, l'un d'un côté, l'autre de l'autre, et l'on mettait un pain du côté de Lamoignon parce qu'il était plus léger que son camarade, pour faire le contre-poids ». (Mémoires du président de Lamoignon, cité par Chateaubriand.)
Henri IV le chargea de mission en deux fois auprès du duc de Savoie, en 1626 et 1629.
Il fit rebâtir le château de Layé et fit déposer dans les fondations, enfermés dans une boîte de plomb à ses armes, six premiers louis d'or frappés en France. Il lui arriva quelquefois d'en servir comme dessert à ses invités. Ayant donné à dîner au maréchal de Gramont, au marquis de Souvré et au comte d'Hautefeuille, il fit servir après les entremets trois bassins remplis de louis dont il les engagea à prendre ce qu'ils voudraient. Ils ne se firent pas trop prier et s'en retournèrent les poches si pleines qu'ils avaient de la peine à marcher, ce qui faisait beaucoup rire Bullion. Le roi Louis XIII lui témoignant un jour son étonnement de la grande dépense qui se faisait dans l'État, il répondit qu'il y avait trois gouffres où il n'y voyait goutte : la marine, l'artillerie et la maison du Cardinal (de Richelieu).
Quant à Mathurin de Bullion, il testa le 16 janvier 1605 et élut sa sépulture en l'église Saint-Pierre de Mâcon au tombeau de ses prédécesseurs. Sa descendance se perpétua à Tramayes par Thomas, son fils, capitaine de Mâcon en 1649, qui était présent à l'ar- rivée de Louis XIII dans cette ville le 12 septembre 1638, et s'éteignit par Claude de Bullion, son petit-fils, seigneur de Tramayes et de Flacé en 1684. Le 22 novembre 1658,le roi Louis XIV, venant de Tournus et allant à Villefranche, vint coucher à Mâcon. Claude de Bullion lui aussi assistait à cette arrivée royale. Le dimanche 13 novembre 1659, revenant de Tramayes sur les neuf heures du soir et se retirant dans sa maison près des halles par la rue Tannerie, il fut attaqué et blessé à coups de pierres, bâtons et autres armes, par deux compagnons du Jeu de Paume de la Barre, dans l'intention de le tuer et de le voler. Il fut terrassé, frappé et son épée brisée. Ces malfaiteurs s'apprêtaient à lui voler sa bourse pleine d'or et à lui ôter du doigt un diamant de grande valeur, quand, au bruit, plusieurs personnes accoururent et le dégagèrent. Il se retira ensanglanté et dut se mettre au lit. Il n'était pas bien méchant, car les choses en restèrent là.
Au mois de juin 1670 il se plaint de dévastations opérées dans ses bois et forêts dépendant de Tramayes. Ayant surpris un voleur, il se contenta de lui administrer une correction et de le déshabiller, ne lui laissant pour cette fois que sa culotte. A cette époque, les montagnes avoisinantes étaient très boisées.
Il testa en faveur de l'hôpital de Mâcon et fit hériter de la seigneurie de Tramayes Charles de Rymon, seigneur de la Moussière, son cousin.
La famille de Rymon remontait à Hugues de Rymon, capitaine de la ville et du château de Saint-Gengoux en 1573, dont le fils Aimé de Rymon, seigneur de Champgrenon et de la Moussière, fut père à son tour de Charles, le seigneur de Tramayes. A cette époque, la Moussière était une île et un jardin sur lesquels est maintenant construit l'hôpital de Mâcon. Mais le neveu de Claude Bullion, Aimé Seyvert, Conseiller du Roi, seigneur du Pin, ayant contesté cette donation, réclama et obtint la seigneurie de Tramayes en 1687.
Il en fit l'aveu et le dénombrement à la Chambre des Comptes de Dijon, déclarant avoir haute, moyenne et basse justice à Tramayes et dans les hameaux qui en dépendent: Chaume, Romagne, les Roches, Chavannes, les Seyves, les Ciberts, le Peyret, La Garde et Montillet-sous-la-Bussière. En 1696 la seigneurie compren le château de Tramayes, deux maisons au bourg, les deux domaines des Seyves, celui de Chavannes, celui des Bouquins, le petit et le grand pré Gourmont et 300 coupées de bois.
A la mort de Aimé Seyvert, son frère Antoine, par acte du 12 septembre 1703, vendit la terre et la seigneurie de Tramayes à Claude Hyppolyte de Damas, chevalier, seigneur de Dompierre, Audour, La Motte, pour la somme de 62.000 livres.
La maison de Damas posséda Tramayes jusqu'à la Révolution; mais trouvant le château trop antique et étroit, Mathieu de Damas, en 1735, fit reconstruire grandiosement par l'architecte Caristie le château d'Audour, près de Dompierre, et y transporta sa résidence. A la même époque, en 1756, le comte Gilbert de Drée, officier aux gardes françaises, confia à Caristie l'aménagement du magnifique château de Drée, près de La Clayette, qui avait été reconstruit sous Louis XIV par le duc de Lesdiguières ; cet architecte en fit un palais à la manière de Versailles.
Dans une longue énumération de titres seigneuriaux produits en la Chambre des Comptes de Dijon par Jean Léonor de Damas, seigneur haut-justicier de Tramayes, pour revendiquer les droits que lui contestait le seigneur de Gorze, ledit Damas déclare que les premiers seigneurs ont été les premiers fondateurs et constructeurs du village et par conséquent de l'église ; et une sentence des Requêtes du Palais à Paris le maintient dans ses droits seigneuriaux le 15 avril 1707. Le château eut à souffrir pendant la Révolution ; un atelier de fabrication de poudre y avait été établi et il y avait une huilerie dans les dépendances. On mentionne encore, rez-de-chaussée au nord, la salle de Bullion avec pour mobilier un lit à colonnes, et au premier étage la chambre de Damas. A cette époque, le château appartenait au marquis de Mailly. Antoine marquis de Mailly de Chateaurenaud était né à Vesoul en 1742 ; il mourut à Francheville (Haute-Saône) le 12 juin 1819. Il fut conseiller général de Saône-et-Loire et président de 1791 à 1792. Il avait été secrétaire de Voltaire à Ferney, député aux États Généraux en 1789, puis à l'Assemblée Nationale, député de Saône-et-Loire à la Convention (1792 à 1798).
D'Alexandrine de Damas d'Audour, morte en 1788, il eut sept enfants (six garçons et une fille), puis d'un second mariage avec Anne Rosalie Receveur, il en eut encore quatorze. Aucun garçon ne laissa de postérité. Charles Axiopiste fut tué au siège de Mayence en 1793. Aristide fut décapité par le pacha Achmet-Djazzet; Minerve, également décapité par les Musulmans; Phénix Mailly, exécuté aussi. Une des filles, Mirja Louhans d'Arc (car elle était filleule du Jeu de l'Arc de Louhans) et une autre, Verveine Mailly, se marièrent et eurent une nombreuse postérité dans le Louhannais.
Le 23 novembre 1807, le marquis de Mailly de Chateaurenaud qui, pendant les sombres années de la Terreur, avait embrassé les idées révolutionnaires, veuf d'Alexandrine de Damas d'Audour, vendit le château de Tramayes à. Antoine de Lacharme, de Matour, et à ses associés, (acte passé devant Farges, notaire à Saint-Nizier-d'Azergues).Le 28 janvier 1808, par-devant le notaire Tarlet de Saint-Pierre-le-Vieux, le château fut revendu à Claude Bruys, maire de Tramayes et conseiller général, un ami de Lamartine.
La marquise de Tenay de Saint-Christophe, née Damas, et les héritiers d'Eléonore Jacqueline de Reclesne de Digoine, fille d'une Damas, et veuve du comte de La Coste Messelière, brigadier des armées du roi, vendirent aussi leur part le 9 août 1821.
Claude Bruys, issu d'un fermier général de l'abbaye de Cluny au début du 18e siècle, était d'une famille de la région qui donna un conseiller d'Etat sous Louis XVI, un officier aux Gardes Ecossaises et qui compta, au début du 19e siècle, un préfet et deux députés de Saône-et-Loire. Ils eurent les seigneuries d'Ouilly, de Vaudran et de Charly au 18e siècle, et furent anoblis par Louis XVIII. Apparenté aux Tenay de Saint-Christophe, Claude Bruys restaura le château, rasa les murs d'enceinte, l'entoura d'un parc et put recueillir les documents et terriers de la seigneurie qui avaient échappé au feu. Malheureusement il combla les fossés et détruisit les petites fenêtres anciennes, pour avoir plus de jour. Après sa mort, survenue en 1822, le château et la terre de Tramayes passèrent à son fils Elie-Jean Bruys, maire de Tramayes et conseiller général, qui fut membre de la Haute Cour de Justice réunie à Versailles en 1849 pour juger les accusés de juin 1848. Il mourut célibataire en 1849. Le château passa à sa soeur, Anne Bruys, qui avait épousé en 1825 Augustin Lacroix, maire de La Clayette et député de Saône-et-Loire, frère de Julien Lacroix, député du Rhône, tous deux amis de Lamartine. Plusieurs lettres du poète Alphonse de Lamartine prouvent combien ce dernier s'intéressait au pays : « Monsieur le Préfet m'ayant demandé », écrivait-il le 10 février 1830 à Elie-Jean Bruys, « quelle personne du canton de Tramayes je pensais la plus apte à remplir au « Conseil d'Arrondissement la place de M. le comte de Pierreclau, j'ai pris la liberté de vous proposer, et le préfet vous a présenté en conséquence au ministre. Je vous demande pardon de ne pas vous avoir consulté avant, mais il n'y avait pas le temps matériel. Si par hasard vous étiez dans l'intention de ne pas accepter, je vous prierais de me le faire savoir, mais j'aime à croire qu'il n'en sera pas ainsi et que vous jugerez comme moi que le fils du respectable M. Bruys, membre du Conseil d'Arrondissement, était la personne la plus propre à le remplacer dans notre canton. » En 1839, alors que les ingénieurs venaient établir la nouvelle route de Saint-Point à Tramayes il écrivait encore : « M. Vinsac vient demain pour dessinerla route ; si M. Bruys se propose de descendre à Saint-Point, il ferait le plus grand plaisir à M. de Lamartine s'il voulait accepter à dîner... » ; et dans une autre lettre non datée : « M. le Préfet vient demain à trois heures déjeuner sans façon avec nous. Voulez-vous venir aussi ? Vous ne trouverez que quelques amis et un jeune médecin dont je vous ai parlé pour Tramayes et que je vous présenterai. Mille affectueux sentiments. Lamartine. Saint-Point, vendredi soir 4 novembre. »
En 1804, Bonaparte étant Premier Consul, Claude Bruys, en échange d'un domaine qu'il avait vendu à Vergisson, avait acheté de Jean-Baptiste Dauphin, propriétaire à Mâcon (acte passé devant Me Barlet, notaire à Saint-Pierre-le-Vieux), un domaine, situé sur la commune de Saint-Point, qui était l'antique demeure de cette famille, mais qu'un fermier occupait depuis plusieurs années. Il en reste des salles voûtées, un vieil escalier et des débris de fenêtres et portes sculptées au moment de la Renaissance.
La famille Dauphin était fort ancienne. Antoine Dauphin était échevin de Mâcon en 1467 et Nicolas Dauphin, Procureur du Roi en l'élection de Mâcon en 1483. Cette charge se transmit dans la famille jusqu'en 1789. Les Dauphin étaient possessionnés à Saint-Point dès le 16e siècle. Ils s'allièrent aux Bernard de Marbé en 1595, aux Descrivieux de Charbonnières (1626), aux Chesnard de Mercey (1661), aux Desvignes de Davayé (1755), aux Bernard de La Vernette. A Saint-Point, ils régissaient les biens des seigneurs. Lors des émeutes de 1789, les girouettes de leurs domaines furent abattues et les meubles brisés. Jean-Baptiste-Marie Dauphin, dernier de son nom, reçut des lettres de noblesse de Louis XVIII en 1814. Sa mère, Jeanne Desvignes de Davayé, avait eu trois frères : Pierre-Abel, Claude-Charles-Joseph, capitaine au régiment de Belsunce, tué en 1761, et Antoine-Louis, qui fut le dernier abbé de La Ferté.
Le blason des Dauphin se voit encore sur deux belles cheminées de leur demeure de Saint-Point. Le territoire de Tramayes possède des carrières de marbre noir et gris qui étaient encore exploitées au début du siècle ; il y avait aussi, dit-on, des carrières de porphyre et de grès. Le costume des femmes se composait jadis d'une jupe courte, d'un tablier, d'un corsage élevé et d'une coiffe de dentelles qui demandait des boucles de cheveux à tire-bouchon, de chaque côté des tempes. Les hommes portaient un pantalon, un gilet et une veste en droguet. Le cimetière, qui se trouvait autour de l'église, a été transporté en 1836 à la Montagne des Pierres Blanches, au-dessous de Vannas.
L'église elle-même a été reconstruite en 1845 ; c'est une vaste et belle construction voûtée, à trois nefs soutenues par des colonnes de granit. Elle avait été dévastée en 1793 par des bandes étrangères au pays. Le clocher qui était au-dessus de l'autel, et qui a été conservé, sert maintenant d'entrée, l'orientation ayant été changée. En 1851, la population était de 2.625 habitants.
Le soir à la veillée, on racontait des légendes et des histoires terrifiantes, entre autres celle de la Bête Pharamine, sorte de loup-garou qui avait dévoré des enfants et entraîné des jeunes femmes dans des gouffres ; ce monstre prenait également la forme d'un oiseau de proie. Aussi le lendemain, bien des femmes (et des hommes aussi) pouvaient dire à voix basse qu'ils avaient aperçu la fameuse Bête Pharamine et que, par un miracle ou par leur courage, ils avaient échappé à ce monstre. Vous savez tous comment cette fameuse bête fut capturée à la Roche de Vergisson et comment, une fois plumée, on s aperçut que ce n'était qu'un misérable volatile.
Montillet, le hameau le plus éloigné de Tramayes, à 4 km. à l'ouest, s'étend jusque vers la Grosne. En amont de Montravant, tout près de la rivière, on voit de la route un petit monticule formé de terre rougeâtre et de pierres, le tout couvert de végétation ; on l'appelle le château de La Motte. On croit que ce château était celui qui fut bâti par Pierre de Montboissier, dit Pierre le Vénérable (1121-1156), abbé de Cluny, pour tenir en échec un autre château que Hugues de Lachaux, seigneur de La Bussière, avait fait construire au Fournay, paroisse de Montagny. On ignore l'époque où il fut détruit. Son emplacement, les propriétés et les rentes nobles qui en dépendaient furent achetés 1576 par Philibert de Fautrières, seigneur d'Audour, à Claude de Guise, abbé de Cluny. Il était défendu par un ravin artificiel d'une dizaine de mètres de profondeur sur 150 mètres de long, qui aboutissait à la Grosne.
A l'extrémité sud-ouest de Tramayes, sur un éperon, se trouve le hameau de Nay, actuellement composé d'une ferme. C'était un petit château où les habitants de la seigneurie de Gorze portaient leur dîme. Aux 12e et 13e siècles, une famille en portait le nom : plusieurs de ses membres habitaient Mâcon. Les seigneurs furent ensuite : Henri de Moles en 1459 ; Claude de Chantemerle, baron de La Clayette en 1610 ; Jacques de Dyo en 1630 ; Roland de Foudras, seigneur de Château Thiers et Matour en 1675 ; enfin les Berthet de Gorze en 1678.
Le bourg de Tramayes est aujourd'hui encore un centre agricole et commercial important. Les marchés et surtout les foires des vendredis ont gardé leur réputation et sont toujours très fréquentés. Au point de vue touristique, la localité attire de nombreux estivants, charmés par son site reposant et son air vif et sain. L'adduction d'eau et les égouts ont amélioré les conditions de vie, tant chez les particuliers que dans les hôtels de la localité.

Ainsi au cours des âges, au cours des jours, s'est écoulée l'histoire de ce coin privilégié de France, chanté par Lamartine :

Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer!...
Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance,
Un asile d'un jour pour attendre la mort.

Comte Amaury DE CHANSIERGUES D'ORNANO

Notes:
(1). En 1590, La Garde était un poste fortifié dépendant du baron de La Bussière.
(2). Le château de la Bussière, entouré de terrasses, avait 3 enceintes et 7 tours ; le donjon était placé sur une haute plate-forme. Le 24 septembre 1424, il fut saccagé par les Bourguignons, et occupé dix ans plus tard, 1434, par le duc de Bourgogne à la tête de troupes amenées de Flandres et de Picardie. Les troupes de Louis XI en 1471 reprirent Lourdon, Bout-à-Vent, Saint-Point et probablement Tramayes, mais après le départ des Français, le duc de Bourgogne parvint à réoccuper momentanément ces châteaux et à les faire démanteler.
(Dom Plancher, Histoire de Bourgogne, et Relation d'Henri Dupré, échevin de Mâcon, 1465.)
(3). Au 14e siècle,Jeand'Amanzé avait épousé Marguerite,fille de Jean de La Bussière,chevalier,seigneur de La Motte, dont l'ancêtre Pons de La Bussière avait assisté à la prise de Constantinople en 1204.
(4). La filiation des d'Amanzé est la suivante :
Jean chevalier, sire d'Amanzé. ép. Marguerite de La Bussière.
Guillaume, chevalier, sire d'Amanzé, ép. Marguerite de Busseul.
Jean, chevalier, sire d'Amanzé, ép. Antoinette de Villon, probablement fille d'Antoine, seigneur de Tramayes, 1380.
Guillaume, chevalier, sire d'Amanzé, ép. Marguerite de Semur.

Jacques, chevalier, sire d'Amanzé, et seigneur de Tramayes, 1475, ép.: 1° 1468 Etiennette de Chantemerle; 2° 14??, Philippine de Damas-Digoine, d'où:
- Jean d'Amanzé, ép. Béatrix Mitte de Chevrières
- Jean, comte et chanoine de l'Eglise cathédrale de Lyon
- François d'Amanzé, seigneur de Tramayes, 1510, sire de Chauffailles, ép.: 1° Catherine de Semur; 2° Françoise de Trane, 1542.