bannire publicitaire haute Haut-Clunysois banniere1
menu de navigation principal vertical du site Voyageur de Mémoire
menu navigation horizontal commune

DU CHATEAU DE LA ROLLE AU CHATEAU ACTUEL
INTINERAIRE DES SEIGNEURS DE TRAMAYES

Qui furent les seigneurs de Tramayes du 14ème au 18ème siècle, où tenaient-ils résidence, quels souvenirs ont-ils laissés?

C'est à ces questions que se sont attachés à répondre Monsieur le Comte Amaury DE CHANSIERGUES D'ORNANO dans une communication du 8 novembre 1951 devant l'Académie de Mâcon, puis Maître Pierre ROHMER, notaire à Tramayes durant 34 ans de 1941 à 1977, et rédacteur d'une Histoire de Tramayes publiée en 1984.

Durant au moins 7 siècles, les seigneurs de Tramayes occupèrent le château de la Rolle, aujourd'hui disparu, qu'ils abandonnèrent au temps du roi Henri IV pour le château actuel qui s'élève au coeur du bourg. Le plan ci-dessous précise les emplacements exacts de ces châteaux respectifs.

les châteaux de Tramayes
le site du château disparu de la Rolle et celui du château actuel

Dans ses précieuses 'notes sur Tramayes', publiées par l’Académie de Mâcon, le comte Amaury de Chansiergues, propriétaire du château de Tramayes, retrace l’histoire de la seigneurie et des seigneurs de Tramayes. ...

La seigneurie de Tramayes fut constituée le 8 juin 1380 à Antoine Isabeau de Villion par Marguerite de Mailly.

Le 4 avril 1475, une partie de la seigneurie est achetée par Messire Jacques d’Amanze. Le 18 décembre 1510, son fils François d’Amanze acheta l’autre partie.

C'est le 8 juillet 1542 que Jehan de Bullion (*), seigneur de Chatenay, bourgeois de Mâcon, achète une moitié de la terre et la seigneurie de Tramayes à Messire Jean d’Amanzé, comte et chanoine de l’église cathédrale de Lyon, à François d’Amanzé, seigneur de Chauffailles, son frère, et à Damoiselle Françoise de Tranc, femme dudit François. L’acte stipule que la seigneurie appartient aux vendeurs avec toutes justices, haute, moyenne et basse. Il acquiert en même temps les droits seigneuriaux sur Germolles, Saint-Sorlin, Saint-Léger-sous-la-Bussière, Saint-Point, Pouilly et autres lieux, moyennant 2.000 livres tournois.

Par lettres patentes de Henri II, signées à Saint-Germain-en-Laye en décembre 1556, sur la demande de Guillaume de Saint-Point, les quatre foires et marchés du vendredi que le feu roi Louis XII avait concédés en 1503, à Jean de Saint-Point, aïeul dudit seigneur, sont transférés à Tramayes. Il est stipulé qu’elles auront lieu autour de l’église « sur le grand chemin public et royal ».

En 1572, le roi Charles IX qui se rendait à Lyon, chez le primat des Gaules, passa à Tramayes et à l’occasion de ce passage, il accorda à Dame Constance de la Vernée, veuve de noble Etienne Guiïlhot, co-seigneur de Tramayes, des lettres patentes datées du 18 juin et du 26 août 1572, reconnaissant les droits de ladite Dame « d'exercer, comme ses ancêtres les droits de haute, moyenne et basse justice », lui permettant de faire ériger par ses officiers, un signe patibulaire pour la punition des coupables et un pilori pour l'exécution des sentences.

Le 30 juin 1574, le signe patibulaire (gibet) à deux piliers fut érigé à la montagne de Foulle ou de Pouge, dite aujourd’hui des Pierres Blanches, c’est là qu’on pendait les criminels. Et le pilori ou pilier avec carcan fut dressé devant la maison seigneuriale de la Rolle.

Ces documents confirment l'importance du château de la Rolle, avant la construction de l’actuel château.

LE CHATEAU DE LA ROLLE

Lorsqu’en 1572 Charles IX, roi de France, se rendit à Lyon pour y voir le primat des Gaules, il s'arrêta à Tramayes, au château de la Rolle.

IL nous a semblé d’autant plus important d'étudier d’un peu plus près l’histoire de ce château, que les rumeurs les plus extraordinaires circulaient parmi les « anciens Tramayons » : existence de souterrains fantastiques et de caves impressionnantes.

Pour les uns, ces souterrains aboutissaient soit vers l'étang, soit à Fayolle, soit encore dans le bourg ou aux Pierres Blanches ; pour les autres, ils étaient de si grande taille qu’ils permettaient d’y faire passer des chevaux pour les abreuver à l’étang.

Comme la plupart des châteaux celui de la Rolle devait peut-être cacher un trésor.

Les conclusions de nos récherches dussent-elles décevoir les amateurs de mystères et de poésie, nous allons quand même les relater.

L'emplacement et l'existence de ce manoir nous sont certifiés dans le Cartulaire de Saint Vincent dès le Xème siècle et il est fait mention de la Rolle, en juillet 1789, à l’occasion des premiers troubles révolutionnaires de Bourgogne : on y relate le pillage du château et la destruction de ses girouettes.

On sait également avec certitude que vers 1530, le château fut la propriété d’une famille Delafont, originaire de Tizy (Rhône) qui s'était fixée à Tramayes.

Des membres de cette famille furent, l’un notaire et un autre curé de 1626 à 1661, dans notre localité.

Leurs descendants se firent appeler « de Lafont de la Rolle » et nous en retrouvons propriétaires du fief de Chasselas par acquisition en 1756 et à Fuissé en 1759.

Le 15 novembre 1757, Laurent de La Fond de la Rolle, seigneur de Chasselas est présent à l’assemblée de la Noblesse du Mâconnais.

Dans l’Armorial du Mâconnais, le blason de cette famille est relaté comme suit : De sinople, à la fasce ondée d'argent, accompagné de trois rouest de même, deux en chef et une en pointe.

Nous relatons ces armoiries car elles revêtiront une grande importance pour la suite de notre récit.

Il nous a semblé intéressant d'indiquer ici qu’un descendant de cette famille, officier de marine, accompagna le célèbre navigateur et explorateur Dumont d’Urville dans son voyage autour du monde qui se déroula de 1822 à 1825.

N'ayant trouvé que peu d'éléments manuscrits dans des documents, livres et archives tant départementales que municipales, nous avons tenté de « faire parler les pierres », en explorant et visitant soigneusement les bâtiments et vestiges du château de la Rolle.

Grâce à l’obligeance de la famille Quelin de Saint-Point, propriétaires actuels des deux-tiers du château, nous avons pu visiter en détail tous les lieux.

A l'origine la Rolle était composée d’une habitation d’une longueur de 34 mètres, d’une largeur de 9 mètres et d’une hauteur d’environ 8 à 10 mètres, devant lequel et à l’est existe une terrasse d’environ 10 mètres de largeur, sur toute la longueur du bâtiment. A chaque extrémité de cette dernière, deux petites tours carrées formaient angles. Celle du sud-est s’est effondrée vers 1960 et celle du nord-est en grande partie en ruine.

Cette terrasse est soutenue par des murs et contreforts très importants.

Du côté ouest l'habitation donne sur une cour et une remise qui la clôture au sud.

L'ensemble des bâtiments a subi, à travers les années, des transformations telles qu’il est difficile de rendre compte de ce que pouvaient être les aménagements initiaux.

Le logement seigneurial occupait un seul étage, dont les pièces très vastes et très hautes à l’origine ont été divisées en de nombreuses petites chambres. Dans une pièce subsiste un très beau plafond à la française, dans une autre, une voûte en croisée d’ogives et dans cette dernière, un carrelage ancien.

Pour accéder à ce logement il existe plusieurs portes dont trois ont attiré plus spécialement notre attention : l’une donnant sur la cour et deux autres sur la terrasse.

Chacune de ces portes est surmontée d’un linteau dans lequel a été sculpté un blason qui est celui de la famille de Lafond de la Rolle, dont nous avons donné la description. Il n’est évidemment pas possible d’identifier les émaux ou couleurs puisqu'ils sont gravés dans la pierre et usés par le temps.

Les greniers sont très vastes et hauts avec une charpente en grande partie d’origine. De petites ouvertures murées ressemblant à des meurtrières sont visibles sur les différentes façades à l’est et au sud.

Mais les parties les plus anciennes et les plus curieuses de ces importants bâtiments sont, sans conteste, les sous-sols.

Sous l'habitation et la terrasse existent plusieurs caves et galeries qu’on peut dans l’ensemble classer comme antérieures au XIIème siècle.

On y trouve d’abord une cave recouverte d’une voûte en croisée d’ogives et des galeries d’accès à de petites caves avec des voûtes romanes.

Ces galeries, formant un vrai dédale, sont partiellement envahies de caillasse et pierres. Leur aspect fait facilement penser à des souterrains. Les propriétaires actuels, voyant une de ces galeries semblant s’enfoncer dans le sol, ont commencé à la dégager mais ont vite constaté qu'il s'agissait d’un ancien passage d'accès à une cave existante.

Dans les caves ont peut voir des passages donnant accès à des meurtrières situées au bout de la terrasse, dominant la vallée et le bourg.

Il existe en outre : une petite cave à laquelle on accède par l'extérieur sud du bâtiment. On y pénètre par une porte voûtée qui était surmontée d’un blason malheureusement indéchiffrable, probablement martelé à la Révolution.

Un peu plus bas, sous la terrasse, se trouve une autre grande cave, également voûtée, avec accès par une petite porte.

Nous pensons avoir tout dit sur le château de la Rolle qui est certainement la plus vieille demeure de Tramayes. Dans ses notes sur Tramayes, le comte Amaury de Chansiergues émet l'opinion qu'avant de construire et occuper l’actuel château, les de Bullion habitèrent le château de la Rolle. Nous avons seulement la certitude qu’en 1542 Jean de Bullion, bourgeois de Mâcon a acquis «partie de la Seigneurie de Tramayes ». Cet acte ne fait aucune mention d’un château. Par contre des documents établissent qu’en 1530, La Rolle appartenait à la famille citée précédemment, les Delafont.



Damoiselle Esther Chrestienne Guilhot, fille et héritière universelle de feu Etienne Guilhot et Constance de la Vernée, s'étant vu contester ses droits, une enquête eut lieu et des lettres patentes les lui confirmèrent. Parmi les témoins cités, figure un Sieur Laurent Delafont, natif de Tizy et demeurant à Tramayes, dont un frère était notaire.

Cette Damoiselle Guilhot épousa en seconde noce Jacques Lerte, docteur en droit, conseiller de la ville de Genève. Par son testament du 15 novembre 1595, elle ordonne que ses biens soient vendus au profit de ses héritiers pour acheter des terres près de Genève. Elle indique que « lesdits bâtiments fort ruinés, même l’une des fermes dudit Tramayes, dite des Seyves, la plus belle, brûlée et toute démolie par le passage des gens de guerre. Dans ce document, elle spécifie que dans le meilleur temps, la propriété rapportait deux cents écus par an, sur lesquels il fallait payer quatre-vingts écus pour les tailles ordinaires, les réparations et entretiens nécessaires aux bâtiments et les servitudes annuelles.

En conséquence, le Sieur Lerte, du consentement des héritiers, vend le 9 mars 1596 à noble Mathurin de Bullion, fils de Jehan, seigneur en partie de Tramayes et de Serrières, la portion de la seigneurie appartenant à sa défunte épouse, comprenant entre autres la justice haute, moyenne et basse, moyennant le prix de six mille six cent soixante six livres.

Des lettres de sauvegarde rédigées en latin et datées du mois d’août 1529, conservées dans les archives du château, et données à Jean et Claude Bullion, frères, de Lyon, marchands à Mâcon, par Pierre de la Guiche, chevalier et seigneur de la Guiche et de Chaumont, conseiller et chambellan de notre Seigneur le Roy, bailly et juge royal du Mâconnais, confirment lesdits Bullion en la possession de différentes terres à Tramayes. On y cite une terre située « en Bataillard » sur le col, qui deviendra l'emplacement du château. Cet acte est très précieux car il donne la liste des chemins traversant Tramayes au début du XVI: siècle en précisant que cette terre «est confrontée d’orient par le chemin allant du bois Sainte-Marie à Mâcon, d’occident par le chemin allant de Mâcon à Saint-Antoine d’Ouroux, au nord par le chemin allant de Cluny audit Saint-Antoine et de vent par le chemin tenant de Tramayes à Mâcon ».

Le 15 juin 1596, noble Claude Bullion, seigneur de Loyé, s’obligea conjointement avec Mathurin de Bullion, à payer son acquisition, Celui-ci fit à la chambre des comptes de Dijon, l’aveu et dénombrement de la seigneurie de Tramayes, qu’il déclara tenir du roi en toute justice, haute, moyenne et basse.

En 1598, il abandonna le vieux château de la Rolle et fit construire l’actuel château, avec la permission du roi Henri IV.

Voici les termes de cette autorisation :

Permission de Henri IV à Monsieur de Saint-Angelle, gouverneur de notre ville et chasteau de Mascon.
En considération des services que Mathurin de Bullion, seigneur de Tramayes, m’a accordé la permission de faussoyer sa maison, pour la sûreté de sa personne et de sa famille, et d'autant que je désire qu’il jouisse de cette grâce, j'aurai agréable que vous y teniez la main, à ce qu’il ne reçoive aucun trouble ny empêchement, ce que me promettant, je prie Dieu, Monsieur de Saint-Angelle, vous avoir en sa sainte garde.
Escript à Saint-Germain-en-Laye ce sixième jour de novembre 1599.
Signé Henry


le château actuel de Tramayes
le château de Tramayes tel qu'a pu le voir LAMARTINE


La construction du nouveau château avait été achevée avant la délivrance des lettres de patentes susmentionnées puisque la date de 1598 figure sur la porte du pont-levis.

Le château fut construit selon un plan que reproduira plus tard Vauban, pour ses fortifications bastionnées. Trois grosses tours avancent un angle aigu dans les fossés, tandis que les côtés sont défendus par des meurtrières qui prennent en enfilade les talus qui longent les murs. L'une des tours, plus haute que les autres, sert de donjon. Elle est surmontée d’une chambre de guet, ayant fenêtres aux quatre points cardinaux. Le quatrième angle est formé d'une tour en échauguette. La porte du pont-levis est d’un travail remarquable. Les pieds droits sont taillés en bossage vermiculé, au-dessus règne un fronton circulaire dont le tympan est décoré des armes des Bullion et de fleurs de lys stylisées. Une longue rainure pratiquée pour le service des chaînes du pont-levis, coupe ce fronton au centre. Des mâchicoulis de pierre protègent encore cette entrée.

Un mur fortifié servant de première enceinte et aujourd’hui disparu, entourait la cour et les dépendances. Il en reste deux tours.

Le baron de la Bussière, propriétaire du château qui dominait Saint-Léger, tenta de former opposition à la construction du château de Tramayes. Il intenta une action contre de Bullion, mais fut débouté de sa demande le 17 décembre 1602, et en même temps fut confirmé l’aveu et le dénombrement de la terre de Tramayes.

La confirmation de Mathurin de Bullion comme seigneur de Tramayes, en date du 6 mars 1603, nous donne la liste de ses domaines ci-après littéralement transcrite :
« Une maison forte qu’il avait de nouveau fait construire, située au bourg de Tramayes, avec la basse-cour, au bas de laquelle sont les granges et écuries, le tout couvert de tuiles creuses et plates, ensemble le jardin et le verger qui est du côté de bize, avec les aisances et appartements, contenant en tout, s’il se semait, douze coupées de semence environ. Que jouxte les terres du dict Sieur, estant de son domaine et grangerie sur l'église du dict lieu de matin, le chemin tendant d’Ouroux à Cluny de soir, un aultre chemin rendant de l’église de Tramayes à la Grange-du-Bois-de-Vent, et un autre chemin de la dicte église au pertuis de Chanvant de bize. « De cette terre dépendent : « 1) le domaine qui est sur l’église, 2) le gros domaine de Seyves, 3) le petit domaine du bourg, 4) le gros domaine du bourg, 5) la petite grange des Seyves, 6) la grange de Chavannes, 7) le domaine du Perray, 8) des bois situés aux Roches : bois d’Amanzé, de Fratry, de Fontaine à la Dame, de Gelly.
« Et en outre, appartient audict Sieur Bullion, la moitié du grand dixme due, en cette paroisse, et l’autre moitié appartient aux nobles prêtres et chanoines de l’esglise de Saint-Pierre de Mascon, laquelle moitié par communes années, ils ont en amodiée trente cinq années de tous bleds, quelquefois plus, quelque fois moings, et encore la recepte cens et servis dépendant de la seigneurie ».

Mathurin de Bullion testa le 16 janvier 1605 et élit sa sépulture en l’église Saint-Pierre de Mâcon, au tombeau de ses prédécesseurs.

Sa descendance se perpétua à Tramayes par Thomas de Bullion, son fils, capitaine à Mâcon en 1649, qui était présent à l’arrivée du roi Louis XII dans cette ville, le 12 septembre 1638, et s’éteignit par Claude de Bullion, son petit-fils, seigneur de Tramayes et de Flacé en 1684. Lorsque le Roi Soleil (Louis XIV), venant de Tournus et allant à Villefranche, vint coucher à Mâcon le 22 novembre 1658, Claude de Bullion assistait à cette arrivée royale.

Claude de Bullion testa en faveur de l'hôpital de Mâcon et fit héritier de la seigneurie de Tramayes : Charles de Rymon, écuyer, Sieur de la Moussière, son cousin.

Mais le neveu de Claude de Bullion, Aimé Seyvert (**), conseiller du roi, seigneur du Pin, ayant contesté cette donation, réclama et obtint la seigneurie de Tramayes en 1687.

Le 19 avril 1688 fut donc dressé le partage des biens de la succession de Claude Bullion, entre : Dame Antoinette de Pize, veuve de Messire Emiliaud Tuppinier, ancien lieutenant criminel au bailliage et siège présidial de Mâcon, d’une part ; et Messire Aymé Seyvert, écuyer et secrétaire du roy et Messire Antoine François Seyvert“*, avocat au parlement, d’autre part.

On fit trois lots de ses biens et le premier lot, composé de la terre et seigneurie de Tramayes, avec toutes ses dépendances, échut à Messire Aïmé Seyvert, à la charge par lui de donner seize mille livres à l’'Hôtel-Dieu de Mâcon et vingt-trois mille six cent dix sept livres à diverses personnes.

Ce dernier rendit foi et hommage au roi, en qualité de seigneur de Tramayes, le 26 mai 1696 et présenta son aveu et dénombrement à la Cour des Comptes de Dijon, le 17 juillet suivant.

À la mort d’Aïmé Sevyvert, son frère Antoine vendit, par acte du 12 septembre 1703, à Claude de Damas (***), chevalier et seigneur de Dompierre, la terre et la seigneurie de Tramayes, pour la somme de soixante deux mille livres.

Le 15 avril 1707, une sentence de la Première Chambre des Requêtes du Palais de Paris, rend un arrêt définitif maintenant le seigneur de Damas dans ses droits honorifiques en l’église de Tramayes qui lui étaient contestés par Jean Joseph Berthet, seigneur de Gorze qui prétendait jouir des honneurs de l’église en sa qualité de seigneur haut justicier de Nay, possédant des terrains qui touchent le cimetière entourant ladite église.

La famille de Damas posséda la seigneurie de Tramayes jusqu’à la Révolution, mais trouvant le château trop ancien et étroit, Mathieu de Damas fit construire en 1735, par l'architecte Caristie, le château d’Audour à Dompierre-les-Ormes et y transporta sa résidence.

L’aveu et dénombrement du comte de Damas pour la seigneurie de Tramayes nous donne une énumération très complète des domaines et droits dudit seigneur. Il date de 12 octobre 1784, peu d'années avant la disparition de ces droits seigneuriaux, aussi nous semble-t-il intéressant de les relater en détail.

Dans ce document il est indiqué :

«Le château ou maison seigneuriale de Tramayes, situé au bourg et village de ce nom, bâti à l’antique, flanqué de quatre tours, composé de plusieurs appartements, les écuries, remises, cours, volières, jardins et vergers, le tout clos en murs avec la place des anciens fossés autour du château, celle du côté occident et celle du midi dépendantes aussi dudit pourpris, appartient au seigneur Vassal, la justice haulte, moyenne et basse, dans ladite terre de Tramayes, dans tous ses territoires et étendue, ainsi que sur les hommes et sujets des mêmes lieux, et sur les hameaux dépendants : Montillet, le bourg de Tramayes, Chanvant, Romagne, Les Roches, Chavannes, Les Seyves, Les Ciberts, Tully, Le Perray, La Garde, Les Branches, par tout ce qui est de ses terriers et dont il est en possession.

« Que pour l'exercice de la dicte justice, le seigneur a le droit de pouvoir, et est en usage de créer, nommer et destituer tous officiers, tels que juge, lieutenant, procureurs fiscaux et d’offices, procureurs postulants, greffiers, sergents, huissiers, gardes forestiers ; pour l’exercice de ladicte justice pour les sujets et les justiciables du dict seigneur se tient et se fait au bourg de la paroisse de Tramayes, dans l'auditoire du dict lieu, appartenant au dict seigneur.

« Q'en signe de la dicte justice, le dict seigneur a le droit de tenir et élever des signes patibulaires. Les deux de la paroisse de Tramayes étant à deux piliers seulement sont situés l’un sur la montagne de Puigeys, l’autre sur celle de la Garenne appelée la Condemine des Fourches. Comme aussi un carcan tel qu’il existe à présent à la place de la Foire du dict Tramayes, avec faculté au dict seigneur de relever et réédifier le tout quand besoin est.

« Qu'en qualité de seigneur haut justicier, il lui appartient tous droits d’amendes, d’épaves, de confiscations, d’espérances, de biens et de recousse. Pareillement lui appartient le droit de jauge et dégaudillage dans l'étendue de la dicte seigneurie, et justice soit pour les vins, soit pour les grains, les mesures agraires et à vins étant pareilles à celles dont on use à Mascon.

« Que les officiers de ladite justice ont le droit de condamner à l’amende, suivant l'exigence des cas, tout délinquant, dans le ressort de ladite justice.

« Qu'en vertu du droit de justice, le seigneur a le droit de faire tenir par ses officiers, les assises au jour de la justice dans l'étendue de ladite seigneurie et ses dépendances, toutes les fois que bon lui semblera, et auxquelles assises sont tenus les justiciables de comparaître pour ouïr la lecture des ordonnances du seigneur, et s’y conformer à peine d’amende.

« Appartient au dit seigneur et en sa qualité de haut justicier tous droits honorifiques tant en dedans qu’au dehors de l’église paroissiale de Tramayes, tels que les litres et ceintures funèbres, l'eau bénite, l’encens, les prières nominales, le pain bénit, le banc seigneurial à côté de l'autel, le droit de sépulture dans les caveaux de l’église.

« Item appartient au seigneur en sa qualité de haut justicier, à lui seul, exclusivement tout droit de chasse et de pêche en toute l’étendue de ladite justice et territoire de Tramayes, en quelque manière que ce soit et dans tous les temps convenables, avec pouvoir d’en accorder la permission quand bon lui semble.

« Item, a le dit seigneur, le droit de foire et marché qui se tiennent sous les halles et dans la place à lui appartenant au bourg du dit Tramayes, les dites foires au nombre de huit : 2 janvier, 1er février, 15 mars, 21 avril, 25 mai, 23 juin, 7 août, 9 septembre et 26 novembre de chaque année, les marchés se faisant tous les vendredis.

« À raison des quelles foires et marchés étant dûs au dit seigneur plusieurs droits qu’il affranchit gratis, s'étant réservé seulement ceux qui lui sont payés pour l'entretien des bancs de ses halles, et ceux qui se perçoivent par les occupants.

« Item appartient au dit Vassal à cause de la dite seigneurie de Tramayes et des hameaux en dépendant, nombre de cens, rentes et servis portant tous droits de rentes et autres profits seigneuriaux, lesquelles rentes et redevances soient payables et portables par les dénommés et terriers au dit Vassal au terme de la Saint Martin de chaque année et consistant en les denrées cy-après : savoir en argent, dix livres, en froment soixante coupes, en seigle, soixante coupes, en avoine, cent coupes, vingt en poules, en poulets quatre, lesdits grains et denrées payables en la coupe de Mascon ».

« Item, appartient encore au dit seigneur de Tramayes différentes autres cens et redevances, lesquelles consistent, savoir : 80 quarterons d’avoine, en argent 21 livres, en froment 45 quarterons, en seigle 38 quarterons, le tout en la mesure de la Bussière, et poulets 20, le tout payable et portable au château de Tramayes en terme de la Saint Martin annuellement ».

Le 15 mai 1785, les justiciables de Tramayes déclarent que le seigneur de Damas a, sur la seigneurie du dit lieu, tous les droits énumérés en l’aveu de 1784, en qualité de seigneur de Tramayes, et que les droits de dixmes des Roches, ont été par lui remis, avec plusieurs domaines dépendant de la dite terre, à Madame la Comtesse de la Coste, sa nièce pour tous droits légitimaires.

Par la suite la seigneurie et les terres de Tramayes revinrent aux enfants d’Alexandrine de Damas d’Audour, épouse du marquis Antoine de Mailly de Chateaurenaud, savoir :
la marquise de Tenay de Saint Christophe née Damas, et les héritiers d’Eléonore Jacqline de Recleme, veuve du comte de la Coste-Messelière, brigadier des armées du roi.

Faits et évènements concernant Tramayes et sa seigneurie :

Le 28 mai 1672, le seigneur Claude de Bullion acquiert de Messire Jean-Baptiste de Rochefort d’Aïlly, chevalier, comte de Montferrand, seigneur de Saint-Point, tous les droits honorifiques et seigneuriaux appartenant audit seigneur de Saint-Point, dedans et autour de l’église de Tramayes, droits de justice haulte, moyenne et basse, cens, servis, surcens, laods, milaods et dixmes, situés dans les hameaux des Roches, Romagne et aultres endroits de la dicte paroisse, droits dans les halles, foires et marchés du dict lieu ; la dicte vente est faite moyennant le prix de vingt trois mille cinq cent quarante quatre livres (23.544 livres), savoir : onze mille huitante trois livres, dix sols pour le cens, servis et aultres redevances, et onze mille cinq cent soixante livres, dix sols pour les dixmes.

Pour les seigneurs de Tramayes et pour ce bourg, l'acquisition des droits dans les halles, foires et marchés eut une influence considérable, elle assura l'essor de la localité.

Le 1er juillet 1674 se tinrent des assises, sous les halles de Tramayes.

Tous les justiciables de la seigneurie, tant des paroisses de Tramayes, Saint-Léger-sous-la-Bussière, que Germolles, sont invités à comparaitre et à rendre les devoirs et recognaistre la justice du seigneur de Tramayes. On s’est, à la manière accoutumée, transporté sur le cimetière et après avoir fait faire aux habitants le tour et enceinte de l’église et cimetière du dict Tramayes, lecture a été faite des ordonnances enjoignant aux justicia- bles de les garder aux peines portées par les ordonnances.

anecdotes concernant Claude de Bullion :

Revenant de Tramayes, le dimanche 13 novembre 1659, sur les neuf heures du soir et se retirant dans sa maison près des halles par la rue Tannerie à Mâcon, il fut attaqué et blessé à coups de pierres, bâtons et autres armes, par deux compagnons du Jeu de Paume de la Barre, dans l'intention de le tuer et voler. Il fut terrassé, frappé et son épée brisée. Ces malfaiteurs s’apprêtaient à lui voler sa bourse pleine d’or et lui ôter du doigt un diamant de grande valeur, quand, au bruit, plusieurs personnes accoururent et le dégagèrent. Il se retira ensanglanté et dut se mettre au lit. Il n’était pas bien méchant car les choses en restèrent là.

Au mois de juin 1670, il se plaint de dévastations opérées dans ses bois de Tramayes. Ayant surpris un voleur, il se contenta de lui administrer une correction et de le déshabiller, ne lui laissant pour cette fois que sa culotte.

la dîme due au Clergé à l'époque de la seigneurie :

Deux baux à ferme de dîme méritent d’être relatés car ils nous donnent des noms de fermiers dont les familles se sont perpétuées à Tramayes et à cause des détails qu’ils donnent sur la consistance des fermages.

Le 10 juin 1767, Jean Eléonor Leclerc, curé de Tramayes consent un bail à ferme des dixmes en faveur de Dame Benoît Buat, veuve de Claude Bolland, en son vivant boulanger à Tramayes, pour six années, dans le bourg et les hameaux de Champvent, Les Roches, Romagne et les Morats. Le fermage est fixé à cent livres, payables à la Saint Jean et à Noël, et qui sera perçu en blé, froment, avoine, orge et chanvre.

Le 9 juin 1772, le même curé Leclerc consent un bail à ferme de même durée, au Sieur Pierre Barraud, bourgeois au bourg, et Jean Dussauge, habitant de Montillet « de toutes les dixmes à lui appartenant, comme desservant de la cure de Tramayes et qui se perçoivent dans le hameau de Montillet. Le fermage consiste en blé, froment, avoine, chanvre et vigne, et ce moyennant la somme de soixante douze livres, trois livres de sucres, avec la paille de douze gerbes, moitié froment et moitié seigle pour chaque année en deux paiements égaux à la Saint Jean et à la Saint Martin ».

catastrophe naturelle au milieu du 18ème siècle :

Un procès-verbal dressé par Me Gabriel Aymé Verset, notaire royal à Tramayes, le 1er août 1756, à la requête des habitants de Matour et de la région, relate que les 16 et 29 juin précédents, un orage très violent de grêle, avait détruit toutes les récoltes, et qu’un troisième orage de grêle est tombé encore le 17 juillet suivant, et qu’enfin, par suite des longues et froides pluies qui ont suivi, les torrents et rivières débordèrent, puis dans la nuit du 22 au 23 juillet, l’orage fut si violent et les pluies si abondantes que toutes les terres labourées ont été entraînées dans les prés, de sorte que toutes les récoltes en céréales et en foin furent perdues, non seulement pour l’année en cours mais aussi pour les années suivantes, le rocher ayant été mis à nu à beaucoup d’endroits.

le château :

Jusqu’à la Révolution de 1789, l’histoire du château restera intimement liée à celle de Tramayes.

Il n’est pas possible de faire l’historique de la localité, sans faire celui de cette belle demeure et de ses propriétaires jusqu’à nos jours.

Les héritiers de Damas ne résidant plus au château, celui-ci fut laissé presque totalement à l’abandon et les domaines de la seigneurie furent morcelés et vendus en détail, soit à des marchands de biens (acquéreurs de biens nationaux) soit à des particuliers.

Pendant la Révolulion on avait établi un atelier de fabrication de poudre dans l'habitation et un nommé Chevalier exploitait une huilerie dans les dépendances.

Le château fut vendu le 23 novembre 1807 par le marquis Antoine de Mailly du Chateaurenaud, veuf d’Alexandrine de Damas d’Audour, à Antoine Delacharme de Matour.

Ce marquis s'était rallié aux idées révolutionnaires dès 1789, ayant été fortement influencé par Voltaire, dont il fut secrétaire. Il fut député aux Etats-Généraux, puis à l’Assemblée Nationale, puis à la Convention de 1792.

Antoine Delacharme revendit la propriété à Claude Bruys (****), notaire et maire de Tramayes, suivant acte reçu par Me Tarlet, notaire à Saint-Pierre-le-Vieux, du 28 janvier 1808.

Ce Claude Bruys descendait d’une famille de la région dont un membre fut fermier général de l’abbaye de Cluny au début du 18e siècle.

Le nouveau propriétaire transforma considérablement le château : il rasa les murs de la première enceinte, dont il ne laissa subsister que deux tours, combla les fossés, fit disparaître le pont-levis qu’il remplaça par une petite terrasse. Il remplaça les petites fenêtres par de plus grandes pour donner plus de jour aux pièces et entoura la demeure d’un parc que nous voyons encore de nos jours.

le château actuel de Tramayes
plan du château après les transformations de Claude BRUYS


le château actuel de Tramayes
façade du château après les transformations de Claude BRUYS


À la mort de Claude Bruys en 1822, le domaine revint à son fils Elie Jean Bruys, également notaire, maire et conseiller général de Tramayes. Celui-ci mourut célibataire en 1849.

La propriété passa alors à sa sœur Anna Bruys qui avait épousé en 1825 Augustin Lacroix, maire de la Clayette et député de Saône-et-Loire. Ce dernier mourut à La Clayette, le 20 septembre 1875, laissant le château à Elie Pierre Auguste Lacroix, son fils unique.

En 1860, Elie Pierre Auguste Lacroix épousa Agathe Marie Camille Hélène Mutin et de cette union sont issus trois enfants :
— Rosa Augusta Emilia Lacroix, décédée célibataire, à Avignon, le 3 avril 1906 ;
— Anne-Marie Julie Lacroix qui épousa Albert Paul Alfred Marie Jules Georges comte de Chansiergues d’Ornano, d'Avignon ;
— Et Ferdinand Pierre Auguste dit Augustin Lacroix, né à Tramayes, le 26 octobre 1873.

Ce dernier hérita du château de Tramayes et l’habita durant toute sa vie.

Nous ne saurions parler du château sans évoquer le souvenir d’Augustin Lacroix avec lequel nous entretenions des relations amicales.

C'était le type du gentilhomme campagnard, simple et sympathique, d’un abord facile, mais semblant vivre un peu hors du temps.

Sa façon de vivre le faisait passer pour un original chez la plupart des gens du pays. En effet, durant une grande partie de sa vie, il alla se coucher au lever du jour et ne se leva qu’en fin d’après-midi. Ce mode de vie s’accentua avec l’âge et pour son personnel créa des problèmes.

A la tombée de la nuit, on le voyait traverser son parc, soit pour se rendre à l'hôtel du Commerce, bavarder avec les uns et les autres en prenant un café, soit pour rendre visite à des connaissances du voisinage. Dans les deux cas cela se terminait rarement avant 2 ou 3 heures du matin. Ensuite ou pouvait le voir circuler dans le parc avec une lampe de poche, pour porter un sucre ou un gâteau à ses chevaux dans les écuries ou dans les prés.

Ayant participé à de nombreux concours hippiques dans sa jeunesse, il était resté grand amateur et amoureux des chevaux.

Augustin Lacroix décéda, célibataire, en son château natal, le 14 février 1956 et fut inhumé à La Clayette, dans le caveau familial.

À sa mort, le domaine devint la propriété de son neveu, Adrien Henri Marie François Amaury, comte de Chansiergues d’Ornano (fils de sa sœur Anne-Marie, susnommée) qui vint habiter le château en 1956. Il épousa cette année-là Gersende, fille du duc de Sabran-Pontèves qui devint propriétaire du château de Tramayes lors de son décès survenu en 1967.

Cette dernière, élue maire de Tramayes en 1971, épousa le 20 avril 1976, en secondes noces, Monsieur Christian, comte de Quatrebarbes (*****).

ANNEXES:

(*) la famille de Bullion était noble dès 1572 et était composée de plusieurs branches. Celle de Tramayes s’est éteinte à la fin du XVII siècle. Dans l’Armorial du Mâconnais, ses armoiries sont décrites comme suit : D’azur, au lion naissant d’or, soutenu de trois fasces ondées d’argent.

(**) les Seyvert étaient originaires du Beaujolais. La branche Mâconnaise se serait éteinte au XVIIIe siècle. Leurs armoiries étaient : D’argent, à quatre cœurs appointés de gueules, au chef d’or à trois bandes de sinople.

(***) les de Damas se composaient de deux branches : l’une de Damas d’Audour et l’autre de Damas d’Ouilly. Leurs armoiries sont : D'or, à la croix ancrée et nilée de gueules.

(****) les Bruys qui devinrent propriétaires du château de Tramayes en 1808. Cette famille était composée de plusieurs branches, toutes issues de François Bruys et Marguerite Paissau de Serrières. Une Branche était les Bruys des Gardes et l’autre Bruys d’Ouilly. Les Bruys ont été anoblis le 25 février 1815.

(*****) les de Quatrebarbes dont le nom d’origine était Montmorillon étaient originaires de l’Anjou. C’est le roi Alphonse VI de Castille qui lui donna le surnom de Quatrebarbes à la suite d’une bataille contre les Maures en Espagne, en 1060.
Bernard de Montmorillon ayant défié le même jour, quatre émirs en combat régulier, les vainquit, leur coupa la tête et attacha par la barbe, au fer de sa lance ces sanglants trophées. C’est ce fait d'armes qui lui valut ce surnom.
Les armoiries des de Quatrebarbes sont : De sable à la bande d’argent, accostée de deux cotices du même.
Des membres de cette famille participèrent à la 1ère, 3ème, 5ème, 6ème, 7ème croisade.

le château de Tramayes